Trompeurs, mensongers sont le plus souvent, en politique, les mots, appellations et autres labels : le cas le plus flagrant étant celui de cette démocratie dont se réclament effrontément même les plus odieuses des dictatures, les plus fascistes des partis. Notre pays n'est certes pas exempt de telles impostures. Tel parti se décline ainsi sous l'étiquette nationale, alors qu'il prône ouvertement la dilution du Liban, dans une Grande Syrie. Et tel autre courant se disant réformateur n'a visiblement d'autre ambition que de repenser, au goût et à la mesure de son chef, les formes de la présidence de la République.
Il est bien réconfortant, dès lors, de voir le bloc parlementaire le plus important au sein de la nouvelle Chambre des députés se décerner le nom de Liban d'abord. Soit dit sans angélisme ni candeur excessive, et avec toutes les précautions et réserves d'usage, il était grand temps en effet de voir s'affirmer enfin de la sorte ce simple et tant attendu d'abord. Depuis l'Antiquité en effet, les populations de cette terre se sont avérées particulièrement enclines à rechercher des alliances et protections étrangères : lesquelles alliances entraînaient inévitablement la domination du protecteur sur le protégé. Hier encore le soutien à la résistance armée palestinienne primait, aux yeux de nombre de Libanais, sur la sécurité la plus élémentaire du pays. Par la suite, il était devenu de règle que tout ce qui était bon pour l'occupant syrien l'était aussi pour l'occupé.
Pour salutaire qu'elle fût, la révolution du Cèdre n'a guère éliminé hélas toutes ces interférences étrangères. Bien au contraire, jamais les joueurs du dehors n'ont été aussi nombreux autour du tapis vert libanais. De nouveaux colosses sont apparus en effet, qui font pièce aux puissances traditionnelles. Et c'est au vu de tout ce fouillis, précisément, que devrait nous interpeller ce Liban d'abord.
Pourquoi ? Parce que cette saine, cette naturelle préoccupation nationale qui fut longtemps l'apanage des sensibilités chrétiennes est désormais choisie pour devise par un rassemblement d'élus de toutes obédiences spirituelles, sous la houlette d'un leader musulman. Parce que les citoyens qui ont porté cette majorité à l'Assemblée ont voté moins pour des personnes que pour des idées, ou alors contre d'autres idées : pour un Liban souverain, libéral, aspirant à entretenir de bons rapports avec l'Occident tout autant qu'avec son environnement ; et contre un retour à la tutelle syrienne, contre un alignement sur l'axe Téhéran-Damas, contre ce coup d'État rampant, qui, sous le couvert de la résistance à l'occupation israélienne, vise à l'instauration de modèles de société et de gouvernement médiévaux, incompatibles avec l'essence même du Liban.
Nabih Berry réélu haut la main, rencontre nocturne entre Saad Hariri et Hassan Nasrallah, la relative détente observée sur le front intérieur est évidemment la bienvenue, même s'il reste à asseoir l'amorce de retour à la normalité annoncée par le verdict des urnes. Liban d'abord, ce n'est certes pas la potion magique.
Il reste que, pour une opinion publique aux espérances trop souvent déçues, la formule de la majorité nouvelle revêt bel et bien valeur d'engagement.
Oui, fidélité à l'opinion d'abord. Après tout, et comme l'assure la pub, elle le vaut bien.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Il est bien réconfortant, dès lors, de voir le bloc parlementaire le plus important au sein de la nouvelle Chambre...

