Précisons-le tout de suite, nous sommes loin d'être, dans ce journal, des admirateurs de Mahmoud Ahmadinejad, l'homme par qui ne cesse d'arriver le scandale. Ni la profondeur légendaire de sa pensée, en effet, ni le puissant charisme qui se dégage de son élégante personne ne sont jamais arrivés à nous séduire. Et encore moins les dévastatrices ingérences de son pays dans les affaires du nôtre.
On ne voit pas très bien non plus quel bénéfice peuvent bien apporter à l'Iran toutes ces outrances verbales qu'affectionne tant son bouillant président. Car à s'obstiner à parler de rayer Israël de la carte à l'heure où les Arabes eux-mêmes n'y songent plus guère, et cela depuis des décennies, Ahmadinejad ne fait en réalité qu'accréditer vigoureusement la thèse du minuscule État juif invariablement menacé d'anéantissement : et donc en droit de défendre son existence par tous les moyens. Il va sans dire par ailleurs que cet objectif d'anéantissement, claironné avec une si admirable régularité, ne plaide pas trop auprès du monde pour l'accès de l'Iran à la technologie nucléaire.
Cet édifiant programme, Ahmadinejad vient de le déballer une fois de plus à la conférence internationale Durban II de Genève, consacrée à la lutte contre le racisme. Et c'est précisément l'accusation de racisme, lancée contre Israël par le président iranien, qui a le plus choqué les participants, au point de les pousser à se retirer par dizaines de la salle. Cette vertueuse indignation, on veut bien la tenir pour généralement sincère, encore qu'elle doit sans doute apaiser aussi la conscience de plus d'un de ces pays européens, impliqués jadis dans l'horreur de l'Holocauste, et que l'on a entendu pousser des cris de vierge effarouchée.
Là n'est pas cependant le propos de ces lignes. Car toute cette sainte colère s'avérerait, à son tour, improductive, si elle ne s'accompagnait pas d'un réel et effectif souci de justice pour les peuples de la planète. Pas raciste vraiment, Israël ? Que l'on commence, dans ce cas, par expliquer, ne serait-ce qu'au seul et vaste monde arabo-musulman, quel autre épithète il conviendrait de décerner à un État qui lui-même se veut juif et rien que juif. Qui s'entête à nier un fait national palestinien dont la réalité, pourtant, s'est imposée de longue date à la terre tout entière. Qui par la bouche de son Premier ministre pose comme première condition d'une négociation, régulièrement repoussée avec les Palestiniens, la reconnaissance de cette judaïté étatique. Qui traite en citoyens de seconde zone ses citoyens non juifs, dans le même temps qu'il se targue d'être la seule démocratie de la région. Qui, s'il écoutait son propre ministre des AÉ, expulserait volontiers tous ces Israéliens non juifs. Et on en passe, faute de place suffisante dans ces colonnes.
Ces explications faites, que la communauté internationale entreprenne de s'attaquer à tous les excès et abus, sans exception aucune, qui font obstacle à un règlement juste et équitable de la crise du Proche-Orient : le plus criant de ceux-ci étant la colonisation effrénée des terres arabes, menée au nom de fumeuses justifications religieuses et raciale, sinon... racistes. Bien plus concrètement en effet que la Déclaration finale de la conférence de Genève sur le racisme, adoptée hier et aussitôt saluée comme une cinglante réponse de l'ONU au président Ahmadinejad, seul un tel effort de paix pourra un jour faire un sort à toutes les dérives racistes écartelant la région.
Se borner à désavouer un Ahmadinejad à grands renforts de gesticulations, c'est seulement conforter l'État hébreu dans son rôle de prédilection, celui d'innocente victime d'attaques antisémites. En oubliant ou feignant d'oublier que depuis la Shoah, que l'on commémorait hier en Israël, la victime s'est parfaitement recyclée dans le rôle de bourreau.
Issa GORAIEB
On ne voit pas très bien non plus quel bénéfice peuvent bien apporter à l'Iran toutes ces outrances verbales qu'affectionne tant son bouillant président. Car à s'obstiner à parler de rayer Israël de la carte à l'heure où les Arabes eux-mêmes n'y songent plus guère, et cela...

