L’édito de Abdo CHAKHTOURA

La planète des singes

02/12/2008
Enfin, un bol d’oxygène. Car respirer pour un journaliste, c’est écrire ! Écrire pour s’étonner cette fois-ci de l’impunité totale dont bénéficient jusqu’à présent les pirates somaliens qui font la loi depuis plusieurs mois au large de la Corne de l’Afrique. Sommes-nous en présence d’un nouveau triangle des Bermudes où les navires disparaissent corps et bien au grand dam des pays de la région et de la communauté internationale ? Que font les grandes puissances avec leur pléthore de satellites civils et militaires qui surveillent sans répit les trois mille kilomètres carrés de la zone incriminée ? Ne peuvent-ils pas donner l’alerte aux unités navales dépêchées sur les lieux avec autorisation de l’ONU quand les pirates croisent dans les parages des grandes lignes maritimes empruntées par les pétroliers et autres cargos remplis de cargaisons précieuses ? Près de seize mille navires sont ainsi concernés. Ils convoient chaque année trente pour cent du brut mondial et sont à la merci de ces flibustiers des temps modernes qui exigent des sommes faramineuses pour relâcher leurs proies ainsi capturées. Est-ce bien el-Qaëda, comme on le dit déjà, et d’autres réseaux extrémistes qui profitent de ces rançons pour financer leurs guerres terroristes ? Si tel est le cas sans que ces attaques ne soient jugulées, on risque de voir bientôt ce genre d’opérations se propager, non seulement en mer, mais bientôt dans les airs et même un peu partout sur terre, visant ainsi les réseaux ferroviaires et les convois de camions avec tout le chaos qui peut en résulter. Beaucoup de questions jusqu’ici sans réponse. Mais il ne faut pas s’en étonner car, sur notre planète, existent déjà différentes sortes de pirateries autrement plus graves et hautement condamnables. N’est-ce pas de la piraterie la capture, par Israël, de tout le territoire palestinien et la prise en otage de sa population par la force des armes depuis plus d’un demi-siècle ? Comment qualifier, sinon de pirates, certains pays qui mènent une guerre contre le terrorisme sans s’embarrasser des lois réglementant les libertés individuelles et la déclaration des droits de l’homme ? N’a-t-on pas ainsi assisté pendant des années à la capture de suspects en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, qui sont répartis ensuite sur des pays peu regardants sur les droits de l’homme pour y être invités à avouer des crimes sous l’effet de la torture ? N’a-t-on pas aménagé, très officiellement, une prison dans un non-territoire, Guantanamo, où aucune loi n’avait cours, érigeant ainsi la piraterie au rang de politique d’État ? N’est-ce pas de la piraterie internationale ce qui se passe dans la jungle des marchés financiers où les faibles sont aveuglément et inexorablement dépouillés et laminés, sans autre règle que la concurrence sauvage, par des sociétés occultes où l’anonymat est roi ? Quid du Liban ? Évidemment, la piraterie y est reine et à tous les niveaux de la vie publique et privée. Jugez-en par vous-même à travers ces quelques exemples connus pratiquement de tous ! N’est-ce pas de la piraterie ces guerres des autres – par Libanais interposés – sur notre territoire depuis plus de trois décennies, où des États rivaux dans la région veulent mettre la main sur notre pays ? N’est-ce pas aussi de la piraterie au quotidien les factures astronomiques (en attendant à la saint-glinglin la baisse promise par le ministre) du cellulaire où la seconde de conversation est facturée une minute au tarif de loin le plus élevé du monde ? Les doubles factures d’électricité et de générateur ne sont-elles pas de la piraterie ? Idem pour la facture de l’eau qui ne coule plus depuis très longtemps dans les canalisations rouillées. Itou pour le prix des médicaments et des produits de consommation, pour les frais d’écolage, les émoluments de nos chers élus, et j’en passe. En somme, de la piraterie banalisée sans que personne (surtout ceux que l’on paye pour gérer nos affaires publiques) ne s’en offusque. Au contraire même : quand nos édiles ne s’accusent pas mutuellement d’avoir pillé les finances publiques, certains d’entre eux ont même le culot de reconnaître à la télé s’être servis dans les caisses de l’État, comme tant d’autres responsables, tiennent-ils à préciser ! À ce train-là, la contagion pourrait gagner tous les Libanais et les transactions entre eux ne seraient plus réglées qu’en monnaie de singe. Allons-nous tous devenir des pirates somaliens ?

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