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Nos lecteurs ont la parole

« Liban, ma deuxième patrie » : quand la binationalité ouvre sur le monde

Par Fabienne BLINEAU-ABIRAMIA
Depuis quelques jours, Marine Le Pen, présidente du Front national, demande la fin de la binationalité. Nantaise d’origine, j’aurais pu me sentir bien loin de ce sujet si mon destin ne m’avait pas fait épouser un Libanais. J’ai eu envie de témoigner car si après ce coup de publicité lancé, la presse réagissait, elle choisirait comme par hasard des exemples de binationaux dont je n’ai pas besoin de vous rappeler le paradoxe permanent. Et moi par exemple ? Qu’en est-il ? Française naturalisée libanaise ?
Tout d’abord, mon expérience est double. Elle concerne en premier lieu mon choix de m’expatrier, de vivre au Liban : choix qui pourrait paraître difficile et qui a été chez moi tout naturel tant la France est présente au Liban. Présente dans la vie quotidienne, mais aussi présente dans le cœur des Libanais.
C’est en quittant mon pays que j’ai compris à quel point et avec quel orgueil j’étais fière d’appartenir à ma patrie, la France, et surtout d’appartenir à un pays dont les valeurs républicaines sont, je crois, les meilleures au monde. Liberté, égalité, fraternité : trois mots ancrés dans mon quotidien.
Plusieurs affiches s’encadrèrent naturellement chez moi : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la Marseillaise, puis le drapeau bleu-blanc-rouge et le buste de Marianne.
Oups ! Dois-je préciser que je partage évidemment toutes ces convictions avec mon mari libanais, naturalisé... français?...
Alors à quoi bon être naturalisée libanaise ? Eh bien, le Liban n’est pas pour moi un pays de passage, mais une deuxième patrie. Jusqu’à ma mort, je vivrai entre ma terre de naissance et ma terre d’adoption. L’une est en moi par les gènes, par ma culture, par mon sang, par ma famille et mes amis. L’autre s’est mêlée par l’amour, par l’enrichissement sans égal d’une autre culture, par ma belle-famille et par de nombreux autres amis.
L’une m’a apporté ces valeurs républicaines qui circulent au plus profond de moi comme mon sang et que personne ne me volera : la valeur de la citoyenneté et le respect de la différence. L’autre m’a appris à relativiser les vrais problèmes de la vie, à savoir apprécier chaque moment, chaque instant, à ouvrir ma maison sans crainte du prochain. L’une m’a fait un peu oublier les valeurs familiales, alors que l’autre me donne des leçons de bonheur tous les jours.
Et je pourrais continuer...
Mon ami, le sénateur des Français établis hors de France, Christophe-André Frassa, disait que la double nationalité est une des valeurs qui fondent la République française. D’ailleurs, sur les 2 500 000 Français de l’étranger, la moitié sont des binationaux. Quelle richesse pour la France !
Ma binationalité m’a ouverte sur le monde, et au lieu de monter les Français les uns contre les autres, au lieu de faire peur aux Français de métropole en stigmatisant toujours les mêmes étrangers, profitons de cette richesse de notre patrie. Cette double nationalité traduit peut-être une connaissance de deux cultures, de deux langues. Et alors ?
Pourquoi avoir peur ? Ne nous replions pas sur nous-mêmes. Cela n’empêche qu’il faut être le plus ferme possible sur les mesures de naturalisation, j’en suis clairement adepte.
Et puis, il y a le fruit le plus cher de ma binationalité : mes enfants ! Ils sont l’union de deux pays, deux cultures, deux terres, deux peuples, deux langues. Souvent, l’on pose cette question à mes enfants ou à moi-même : tu préfères la France ou le Liban ?
Eh bien, comme disait Jean-Pierre Raffarin lors de son dernier passage à Beyrouth, nous n’avons pas envie de répondre, tout cela fait partie de notre ADN !
Depuis quelques jours, Marine Le Pen, présidente du Front national, demande la fin de la binationalité. Nantaise d’origine, j’aurais pu me sentir bien loin de ce sujet si mon destin ne m’avait pas fait épouser un Libanais. J’ai eu envie de témoigner car si après ce coup de publicité lancé, la presse réagissait, elle choisirait comme par hasard des exemples de binationaux dont je n’ai pas besoin de vous rappeler le paradoxe permanent. Et moi par exemple ? Qu’en est-il ? Française naturalisée libanaise ? Tout d’abord, mon expérience est double. Elle concerne en premier lieu mon choix de m’expatrier, de vivre au Liban : choix qui pourrait paraître difficile et qui a été chez moi tout naturel tant la France est présente au Liban. Présente dans la vie quotidienne, mais aussi présente dans le cœur des...
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