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Nos lecteurs ont la parole

À propos du ministre Baroud et du ministère de l’Intérieur

Par Pierre NAAYEM
L'homme est certes un légaliste convaincu. Issu de la société civile, relativement humble, il sait impressionner les citoyens habitués à une action politique qui, dans son ensemble, est pire que médiocre, souvent nuisible.
Cela dit, M. Baroud n'était pas à sa place. Alternativement, nous pourrions arguer que nombre des tâches dévolues au ministère de l'Intérieur devraient être assignées au ministère de la Justice.
Je pense à la réforme du fonctionnement des prisons, à l'organisation et au contrôle des élections municipales et législatives, et au contrôle constitutionnel de l'autorité et de l'action des forces de sécurité. M. Baroud s'est montré efficace dans ces domaines.
Pour ce qui concerne le ministère de l'Intérieur, le résultat est mitigé, ne serait-ce que parce que M. Baroud n'a pas su s'entourer des compétences requises.
Prenons le cas du trafic routier, qui constitue une plaie hémorragique du fonctionnement quotidien de la République. Un ingénieur civil, adéquatement formé à la mécanique des fluides, serait à même d'identifier rapidement les causes de l'encombrement du trafic.
À Beyrouth, elles sont évidentes, et le fléau n° 1 est la présence des valets parking sur la chaussée publique, ressources humaines et voitures, autant encombrants les uns que les autres. Deuxième cause, la tolérance pour le stationnement en double et triple files. Enfin, troisième cause : le non-respect le long des nombreuses chaussées étroites d'un stationnement sur côté alternatif, c'est-à-dire, l'autorisation de stationner sur un côté, mais pas simultanément sur les deux côtés de la chaussée. L'effet boule de neige de chacune de ces causes est terrible et très largement sous-estimé. Il suffirait qu'un modeste effectif de gendarmes applique strictement ces règles dans toute la ville pour que la nuisance du trafic routier et leurs effets s'améliorent de 300 %.
Au niveau du pays en général, il faut appliquer quelques règles simples. Primo, assigner des points d'arrêt fixes aux services, taxis et bus routiers, en dehors desquels ils leur est strictement interdit de prendre des passagers. Secundo, sur toutes les voies rapides, notamment sur la voie littorale de Beyrouth à Adma, il faut créer un diviseur séparant la chaussée routière d'une petite voie d'accès intérieure longeant les commerces et offrant, seulement tous les 500 mètres, une porte d'accès sur l'autoroute. La stricte application de ces deux mesures fluidifierait de manière dramatique le trafic routier dans l'ensemble du pays.
Dernier volet, la sécurité de la chaussée. Là encore, un plan global élaboré par le ministère de l'Intérieur sécuriserait l'ensemble de nos routes.
Tout d'abord, quelques mesures administratives, comme le transfert de la responsabilité juridique de la sécurité routière aux collectivités locales. Un trou dans la chaussée qui causerait un accident, et la victime assignerait en justice le chef de la municipalité en question. Pour appuyer ces derniers, créer un bureau de liaison avec le département des Travaux publics qui, lui, serait responsable d'envoyer une équipe réparer les dégâts signalés par la collectivité locale. Responsabilisations, sanctions, un train de mesures susceptible de réveiller les responsables de leur léthargie assassine.
Ne rêvons pas, nos politiques ne sont pas là pour être efficaces, mais pour se créer des passe-droits, pour eux-mêmes et pour leurs électeurs. À qui la faute ? Au citoyen grognon, mais peureux, ambivalent et non exigeant.

Pierre NAAYEM
Ingénieur
L'homme est certes un légaliste convaincu. Issu de la société civile, relativement humble, il sait impressionner les citoyens habitués à une action politique qui, dans son ensemble, est pire que médiocre, souvent nuisible.Cela dit, M. Baroud n'était pas à sa place. Alternativement, nous pourrions arguer que nombre des tâches dévolues au ministère de l'Intérieur devraient être assignées au ministère de la Justice. Je pense à la réforme du fonctionnement des prisons, à l'organisation et au contrôle des élections municipales et législatives, et au contrôle constitutionnel de l'autorité et de l'action des forces de sécurité. M. Baroud s'est montré efficace dans ces domaines.Pour ce qui concerne le ministère de l'Intérieur, le résultat est mitigé, ne serait-ce que parce que M. Baroud n'a pas su s'entourer des...
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