Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Les révolutions arabes, « ras-le-bol » ou « complots orchestrés » ?

Par Joseph W. ZOGHBI
La première révolution arabe qui a eu lieu à partir du Hejaz entre 1916 et 1920 et qui s'est répandue par la suite dans tout le Proche-Orient a été dirigée par le chérif Hussein el-Hachimi avec l'aide de son fils, l'émir Fayçal. Cette révolte a couronné la lutte arabe et proche-orientale qui avait commencé contre l'occupation ottomane plusieurs années auparavant. L'étincelle de cette révolte fut l'exécution de nationalistes arabes, 17 musulmans et 4 chrétiens, le 6 mai 1916 à Beyrouth et à Damas. Le chérif Hussein, qui avait menacé les Ottomans de choisir le camp des Alliés au cas où l'exécution des activistes aurait lieu, a mis sa menace à exécution.
Cette révolte a constitué le soulèvement nationaliste arabe contre la tyrannie des Ottomans exercée durant leur occupation qui a duré 400 ans.
Le chérif Hussein et l'émir Fayçal n'ont pas pu réaliser leur rêve de fonder la grande nation arabe, car forcément les grandes puissances d'alors, la France et la Grande-Bretagne, n'avaient pas du tout les mêmes intérêts. Cependant, malgré leurs insuffisances, les accords de Sykes-Picot ont quand même permis l'accès graduel à l'indépendance des États actuels et le nationalisme arabe s'est transformé en patriotisme des nouveaux États.
Il est certain que la révolte arabe n'aurait pas réussi si certaines données n'auraient pas été réunies ; principalement l'alliance avec les grandes puissances du moment et la faiblesse des forces armées ottomanes. Cette révolte, même si elle n'a pas conduit à une grande nation arabe, a abouti à la libération après une occupation qui a duré quatre siècles. Nous savons tous que les puissances d'alors (surtout l'Angleterre) n'ont pas été étrangères à certains « coups de pouce », notamment le rôle qu'a joué Lawrence d'Arabie et d'autres agents dans cette révolte, mais nous savons aussi que si les données de réussite et les volontés de se libérer chez les peuples n'avaient pas été réunies, la révolte n'aurait pas eu lieu, avec ou sans Lawrence et les autres.
Après près d'un siècle, la « seconde révolte » arabe a lieu et elle surprend le monde par son ampleur et la volonté des « révolutionnaires ». Les nostalgiques de l'ordre établi ont crié au complot étranger et régional ; d'autres, plus sensés, ont dit que c'est la résultante de la tyrannie et de la corruption qui sévissent chez les dirigeants et leurs acolytes. Mais si on avait appris les leçons de la première révolte arabe, on aurait réalisé que la révolte pouvait se répandre comme une traînée de poudre contre les agissements presque similaires des pouvoirs.
La plupart des dirigeants qui ont pris le pouvoir à un moment donné ont été encore plus tyrannique que les Ottomans. Ce n'était même pas des occupants, mais des gens du peuple. Ils ont profité à l'extrême de leur présence au pouvoir, surtout matériellement. Ils ont littéralement dévalisé les caisses des États à leur propre bénéfice et ils ont « semé » cette manne à tout vent dans les banques, les propriétés et les participations partout dans le monde comme prix de leur « service au peuple ». Ils ne se sont même pas arrêtés à ce stade, ils l'ont dépassé en étendant leur pouvoir absolu sur leurs peuples, étranglant leur liberté et jetant en prison tous ceux qui ont osé vouloir se libérer. Ils n'ont éprouvé aucun scrupule, allant même parfois jusqu'à l'assassinat pour écarter les « dangers » potentiels.
Serait-il alors exagéré de qualifier de ras-le-bol la réaction des peuples qui ont été soumis à cet esclavage et à cette tyrannie, non pas pendant 400 ans, mais pendant des périodes variant entre vingt et quarante ans ? Certains se sont interrogés sur les raisons pour lesquelles la rue ne s'est pas manifestée tout ce temps et n'a commencé à bouger que maintenant. Que s'est-il donc passé pour que tous ces peuples se révoltent de cette manière qui paraît programmée ?
Certains ont oublié que la patience a des limites et que la pression engendre l'explosion. Mais leur questionnement n'est pas dénué de sens quand ils se demandent comment une mobilisation aussi vaste a pu se produire. Ont-ils pensé que cette majorité « silencieuse et impuissante » a trouvé qu'elle pouvait interagir à travers les réseaux sociaux sur l'Internet et les téléphone mobiles pour programmer ses mouvements en vue de défendre ses intérêts spoliés ? La majorité, devenue tout d'un coup moins silencieuse, a trouvé « le chaînon manquant » : les réseaux sociaux au sein desquels les gens, qui sont devenus cultivés et familiers avec les conditions du monde extérieur, pouvaient interagir, communiquer et planifier des mouvements allant jusqu'à la révolution contre leur situation et dans l'aveuglement incroyable de leurs dirigeants qui vivent dans leur passé en croyant toujours que le monde est statique et n'a pas changé.
Tout ce dont ces peuples avaient besoin pour se révolter, c'était seulement de « communiquer » et ils n'avaient vraiment pas besoin d'un leader pour les conduire puisque chaque personne connaissait déjà les « mystères de la liberté ».
Un ras-le-bol donc et aussi l'absence d'autres voies que celle de la revendication des droits. Et celui qui considère ces revendications comme relevant peut-être d'un complot ne voit pas la vérité. Supposons un seul instant qu'il y ait complot. Comment ce complot aurait-il mobilisé des millions d'individus ? La seule réponse est la soif de ces peuples pour la liberté, une motivation qui les pousse à payer quand même le prix fort. Ces peuples ont besoin de liberté et de démocratie, et toutes les réformes qui ne prendraient pas en considération cette soif ne peuvent réussir, car l'interaction des peuples pour obtenir leurs droits ne s'arrêtera pas.
La première révolution arabe qui a eu lieu à partir du Hejaz entre 1916 et 1920 et qui s'est répandue par la suite dans tout le Proche-Orient a été dirigée par le chérif Hussein el-Hachimi avec l'aide de son fils, l'émir Fayçal. Cette révolte a couronné la lutte arabe et proche-orientale qui avait commencé contre l'occupation ottomane plusieurs années auparavant. L'étincelle de cette révolte fut l'exécution de nationalistes arabes, 17 musulmans et 4 chrétiens, le 6 mai 1916 à Beyrouth et à Damas. Le chérif Hussein, qui avait menacé les Ottomans de choisir le camp des Alliés au cas où l'exécution des activistes aurait lieu, a mis sa menace à exécution. Cette révolte a constitué le soulèvement nationaliste arabe contre la tyrannie des Ottomans exercée durant leur occupation qui a duré 400 ans. Le chérif...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut