Le peuple veut en savoir plus sur tous les dessous de ce drame, non pas tant pour punir les responsables - ils risquent d'être trop nombreux -, mais afin de trouver une solution. S'il existe une usine de traitement de déchets capable de fonctionner, qu'attend-on pour la mettre en marche demain plutôt qu'après-demain ? Le peuple réclame une réponse à cette question. S'il faut instituer le tri obligatoire des déchets dans les domiciles, qu'attend-on pour le faire ? Qu'attend-on pour lancer une campagne d'information appropriée ? Qu'attend-on pour démarrer un projet pilote dans un quartier de Beyrouth et mettre ensuite au point un projet à l'échelle nationale ?
Plus tard, la même attitude sera prise en ce qui concerne tous les problèmes criants auxquels nul politicien n'ose faire face, tels que la ligne de haute tension de Mansourieh, les prisons de Roumieh, l'augmentation déraisonnée du coût de l'essence, les carrières sauvages, les problèmes de la Sécurité sociale, ceux de la hausse du coût de la vie, le manque de débouchés pour les jeunes, l'absentéisme dans les écoles primaires, le mauvais état des routes et les accidents mortels qui en découlent, etc.
Des « cellules de crise » doivent être créées au sein de la population, auxquelles se joindront de véritables « responsables ». Non pas ceux qui passent leur temps dans les boîtes de nuit, voyagent aux frais de la princesse ou organisent chez eux des réceptions fastueuses, mais ceux qui sont prêts à travailler tous les jours, neuf heures d'affilée, pour le bien-être du peuple.
Le peuple veut « en savoir plus » ! Le peuple veut régler ses problèmes, tous ses problèmes, par lui-même s'il le faut.
Le peuple veut de l'ordre dans sa révolte. Tous les « machakel » doivent être abordés et résolus suivant un ordre de priorités. Ces primautés seront déterminées grâce à un plan national d'urgence que les cellules de crise se chargeront d'élaborer au plus tôt. J'estime qu'un tel travail ne devrait pas occuper plus de six mois. Le plan établira lesquels de nos multiples problèmes sont plus urgents que d'autres et les moyens de les résoudre. Les experts doivent être convoqués et sommés par les « comités révolutionnaires » de trouver les solutions appropriées dans les plus brefs délais.
Quand nous avons réclamé un tel plan, il nous a été répondu que rien au Liban ne pouvait se faire sans une « volonté politique ». Eh bien ! Nous en avons marre de nous en remettre à cette « volonté politique ». Nous allons la remplacer par la « volonté du peuple », à laquelle nos politiciens devront se plier dorénavant.
Le peuple a décidé d'instituer un moratoire temporaire pour toutes les questions qui ne relèvent pas de ses problèmes existentiels. Au Liban, nous voulons vivre d'abord et philosopher plus tard. Notre programme est clair. Nous voulons doubler notre Produit intérieur brut d'abord et libérer la Palestine quand nous en aurons les moyens. D'ailleurs, doubler notre PIB équitablement pour tous pourrait contribuer indirectement à régler ce problème, en ce sens qu'il augmentera notre potentiel économique, fortifiera notre cohésion interne et renforcera la position du Liban face à la communauté internationale.


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