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Nos lecteurs ont la parole

II.- Campagnes anticonfessionnelles : une bataille perdue d’avance

Dr Élie ABOUAOUN
Depuis bientôt un quart de siècle, ce sont les mêmes figures et/ou les mêmes associations qui montent au créneau avec une même approche archaïque et obsolète. N'est il pas temps de revoir cette stratégie, identifier les leçons des échecs antérieurs et innover ? Depuis la fin des années 1980, il fallait commencer par admettre que le problème n'est pas la classe politique mais plutôt les valeurs de la société elle-même. Si tout cet effort fut déployé pour cibler les « esprits » plutôt que les « textes » (pour reprendre ce malin jeu de mots en arabe), l'on aurait probablement avancé au moins d'un degré (voir L'Orient-Le Jour du vendredi 8 avril 2011).
En même temps, il aurait été pertinent par exemple d'étudier les possibilités juridiques et constitutionnelles. Dans le préambule de la Constitution, la clause « C » stipule que « le Liban est une république démocratique, parlementaire, fondée sur le respect des libertés publiques et en premier lieu la liberté d'opinion et de conscience, sur la justice sociale et l'égalité dans les droits et obligations entre tous les citoyens sans distinction ni préférence », alors que la clause « H » affirme que « la suppression du confessionnalisme politique constitue un but national essentiel pour la réalisation duquel il est nécessaire d'œuvrer suivant un plan par étapes ». L'article 7 de cette même Constitution confirme le principe d'égalité : « Tous les Libanais sont égaux devant la loi. Ils jouissent également des droits civils et politiques, et sont également assujettis aux charges et devoirs publics, sans distinction aucune. » Même l'honni (voire détesté), l'article 9 peut être en faveur d'un système égalitaire. Cet article affirme : « La liberté de conscience est absolue. En rendant hommage au Très-Haut, l'État respecte toutes les confessions et en garantit et protège le libre exercice à condition qu'il ne soit pas porté atteinte à l'ordre public. Il garantit également aux populations, à quelque rite qu'elles appartiennent, le respect de leur statut personnel et de leurs intérêts religieux. » Cet article confirme le respect absolu de la liberté de conscience, dont celle (éventuellement) de ne pas être un croyant ou de ne pas s'affilier à un rite.
Toujours au niveau des objectifs, je ne vois toujours pas la pertinence des requêtes soumises par les organisateurs aux autorités. Il y a là de tout, de l'abolition du « régime confessionnel » à l'environnement, à la gestion de l'eau, aux problèmes des réfugiés, aux abus contre les travailleurs étrangers, etc. Un réquisitoire digne d'une déclaration gouvernementale plutôt que d'une action spécifique et ciblée de la société civile. Les organisateurs essaient-ils de nous convaincre que le système électoral « confessionnel » est responsable des abus dont sont victimes les travailleurs étrangers ? Ou bien est-ce la répartition confessionnelle des trois présidences qui fait que l'eau est dilapidée et mal gérée au Liban ? Le monde arabe n'a régressé qu'à cause de cette stérilité intellectuelle qui a fait que tous les problèmes des sociétés arabes furent liés uniquement au conflit avec Israël. Nous nous sommes retrouvés, cinquante ans plus tard, avec des sociétés sous-développées à plus d'un niveau. Le fait de lier tous les problèmes au Liban au seul facteur du « confessionnalisme » relève de la même approche et mènera aux mêmes résultats. Il faut avoir le courage si l'on veut déterminer objectivement les tenants et les aboutissants réels de tous les problèmes et les traiter rationnellement. Maintenir cette unicité dans la pensée ainsi qu'une certaine perspective « révolutionnaire classique » ne rendra nullement service aux multiples volontés de changement qui existent actuellement au Liban.
Il faut sûrement beaucoup moins d'émotions et un brin de raison pour réussir une entreprise extrêmement compliquée; celle de concilier une bonne gestion de la diversité libanaise avec les impératifs de l'égalité et la non-discrimination.

Dr Élie ABOUAOUN
Chargé de cours à l'Université Saint-Joseph
Depuis bientôt un quart de siècle, ce sont les mêmes figures et/ou les mêmes associations qui montent au créneau avec une même approche archaïque et obsolète. N'est il pas temps de revoir cette stratégie, identifier les leçons des échecs antérieurs et innover ? Depuis la fin des années 1980, il fallait commencer par admettre que le problème n'est pas la classe politique mais plutôt les valeurs de la société elle-même. Si tout cet effort fut déployé pour cibler les « esprits » plutôt que les « textes » (pour reprendre ce malin jeu de mots en arabe), l'on aurait probablement avancé au moins d'un degré (voir L'Orient-Le Jour du vendredi 8 avril 2011). En même temps, il aurait été pertinent par exemple d'étudier les possibilités juridiques et constitutionnelles. Dans le préambule de la Constitution, la...
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