Le siège de ChangXin Memory Technologies (CXMT), à Hefei, dans la province orientale chinoise de l'Anhui, le 16 juillet 2026. Photo Hefei / AFP
Le champion chinois des puces mémoires CXMT a vu son titre flamber de plus de 500 % lors de sa première journée de cotation lundi à Shanghai, devenant la première entreprise de Chine continentale en capitalisation, nouvelle illustration de la fièvre autour de l'IA.
ChangXin Memory Technologies (CXMT), qui a levé selon l'agence Bloomberg 66,6 milliards de yuans (8,6 milliards d'euros) grâce à cette cotation record à la Bourse de Shanghai, entend rivaliser avec les sud-coréens SK hynix et Samsung Electronics et le géant Micron. CXMT, fondé en 2016 et basé dans l'Anhui (est), est ainsi le quatrième fabricant mondial de puces mémoire DRAM, avec près de 8 % de parts du marché mondial.
Le contexte est porteur: la course mondiale à la construction de centres de données capables d'entraîner et d'exécuter des technologies d'intelligence artificielle (IA) a engendré une pénurie des puces mémoires indispensables à leur fonctionnement, dopant les profits de ceux qui les fabriquent. Dès les premiers échanges lundi sur le marché STAR de Shanghai, dédié aux technologies, le titre de CXMT s'est envolé en flèche.
En cours d'échanges, il a flambé de plus de 500%, permettant à l'entreprise d'atteindre une capitalisation boursière de 3 500 milliards de yuans (453 milliards d'euros), dépassant la méga-banque chinoise ICBC et devenant l'entreprise la plus valorisée de Chine continentale. « Pour la première fois, la Chine prend place à la table (des champions mondiaux des puces mémoires), au lieu de se contenter d'un rôle d'observateur extérieur », indique à l'AFP Zhang Guobin, fondateur du site web spécialisé chinois eetrend.com. Pour lui, la cotation de CXMT représente un « tournant majeur dans le paysage mondial de l'industrie du stockage et dans la trajectoire de développement du secteur chinois des semi-conducteurs ».
Pénuries
De fait, cette introduction boursière en fanfare intervient à l'heure où Pékin veut doper les composants électroniques développés localement dans sa bataille avec les Etats-Unis sur l'IA. Témoignant de son vif succès, il s'agit de la plus importante entrée en Bourse jamais réalisée par une entreprise technologique en Chine continentale, dépassant les 46,3 milliards de yuans levés par le fabricant de semi-conducteurs SMIC en 2020.
Les puces mémoire de pointe sont en forte demande à l'échelle mondiale, car il s'agit de composants essentiels des serveurs d'IA, au même titre que d'autres semi-conducteurs puissants dédiés au traitement des données, comme ceux conçus par l'américain Nvidia. Cet appétit grandissant a engendré une pénurie importante de puces mémoire DRAM, aussi utilisées dans les ordinateurs, smartphones et autres appareils électroniques.
De quoi entretenir un intérêt pour les composants de CXMT bien au-delà du marché chinois: d'après la presse spécialisée, le mastodonte tech américain Apple, confronté à ces pénuries, testerait actuellement les puces DRAM de CXMT en vue d'une utilisation dans ses produits. CXMT figure sur la liste du Pentagone des entreprises chinoises soupçonnées d'entretenir des liens avec l'armée, ce qui n'empêche toutefois pas les entreprises américaines de faire affaire avec elle.
Les tensions sur l'offre de puces mémoires a fait flamber leurs prix et fait donc en parallèle exploser les profits --et les cours boursiers-- des fabricants, à commencer par Samsung et SK hynix. Ce mois-ci, SK hynix, déjà cotée à Séoul, a bondi de 13% dès son premier jour de cotation à Wall Street, signant ainsi l'une des plus importantes introductions en Bourse de l'histoire.
Sa capitalisation boursière sur l'indice sud-coréen Kospi avait dépassé le cap des 1.000 milliards de dollars en mai, un seuil déjà franchi récemment par Samsung Electronics et l'américain Micron: l'IA a propulsé ces trois fabricants de puces mémoire dans un cercle très fermé d'une douzaine de sociétés, presque toutes américaines.


