À Minamisanriku, ville ravagée par le séisme de vendredi, des secouristes tentaient encore hier de retrouver des survivants. Jiji Press/AFP
Par précaution, le Premier ministre Naoto Kan a élargi la zone de sécurité autour de la centrale en appelant les personnes habitant dans un rayon de 30 kilomètres à rester calfeutrées. « Restez à l'intérieur, fermez les fenêtres, n'allumez pas les ventilateurs et ne sortez pas votre linge », a demandé M. Edano. Ces mesures s'ajoutent à l'évacuation, ordonnée samedi, des plus de 200 000 personnes habitant à proximité de cette centrale située dans le nord-est, sur la côte de l'océan Pacifique.
En revanche, les 35 millions d'habitants de l'agglomération de Tokyo, la plus importante au monde, n'ont pas besoin de prendre des précautions particulières, selon le gouvernement. La tension est cependant montée dans la capitale lorsque la radioactivité a atteint un niveau dix fois supérieur à la normale. La municipalité a toutefois assuré que ce taux ne posait pas de problème santé. La confiance qu'inspire le gouvernement est toutefois ébranlée et beaucoup ont préféré ne pas prendre de risques. Femmes et enfants s'entassaient hier dans les salles des départs des aéroports alors que des supermarchés étaient à court de riz et d'autres produits. Habitants, touristes et expatriés restaient cloîtrés chez eux ou quittaient tout bonnement la ville.
Poussés par le vent, les rejets radioactifs sont consécutifs à l'explosion d'hydrogène qui s'est produite à l'aube dans le bâtiment qui abrite le réacteur 2. L'étendue des dégâts, notamment sur l'étanchéité de l'enceinte, restait incertaine hier soir. Selon l'AIEA, les enceintes de confinement des réacteurs n° 1 et 3 semblent intactes, mais celle qui protège le cœur du réacteur n° 2 a peut-être été touchée. Une autre explosion a déclenché un incendie dans le réacteur 4, qui était à l'arrêt pour maintenance lorsque le séisme s'est produit. L'agence de sûreté nucléaire japonaise a annoncé aujourd'hui à l'aube que la toiture de ce réacteur est fissurée. Une hausse de la température a, par ailleurs, été relevée dans les deux autres réacteurs, 5 et 6, hier après-midi. Ces explosions sont la conséquence des opérations d'urgence lancées après la panne des systèmes de refroidissement des réacteurs provoquée par le tsunami ayant suivi le séisme de magnitude 9, le plus puissant jamais enregistré au Japon.
L'accident de Fukushima pourrait être le deuxième le plus grave dans l'histoire après Tchernobyl puisqu'il atteindrait un niveau de gravité 6 sur l'échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques qui en compte 7, selon le président de l'Autorité française de sûreté nucléaire (ASN), André-Claude Lacoste. Le commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, a, pour sa part, parlé d' « apocalypse » et estimé que les autorités locales avaient pratiquement perdu le contrôle de la situation à Fukushima. « Pratiquement tout est hors de contrôle », a-t-il dit, ajoutant : « Je n'exclus pas le pire dans les heures et les jours à venir. »
Le Premier ministre japonais était, quant à lui, furieux hier contre les dirigeants de Tepco, opérateur de centrales nucléaires dans le pays, qu'il accuse d'avoir trop tardé à l'informer des nouvelles explosions. « Mais que se passe-t-il donc ? » a demandé à la direction de la Tokyo Electric Power Co le chef du gouvernement, très remonté car il n'avait toujours pas été contacté une heure après l'annonce de l'une des explosions par la télévision, a rapporté hier l'agence de presse Kyodo.
Outre le nucléaire, l'autre priorité des autorités japonaises est de porter secours aux plus de 500 000 sinistrés accueillis dans des écoles ou des salles municipales. Les 100 000 soldats mobilisés, épaulés par de nombreux secouristes étrangers, ont été chargés de répondre aux énormes besoins en eau potable et en vivres, et de remettre en état de marche les infrastructures (routes, téléphone...).
Aucun trouble à l'ordre public n'a été signalé dans la zone dévastée, où les sinistrés font preuve de stoïcisme et de solidarité. « Dans les films catastrophe, on voit toujours des gens hystériques courir partout. Mais ici, c'est vraiment très calme », a témoigné une étudiante canadienne, Jouvon Evans, qui était en vacances lorsque le drame s'est produit. Les sauveteurs ont connu la joie de retrouver deux survivants, une femme de 70 ans et un homme, sous des décombres quatre jours après le séisme.
Les nombreuses répliques qui continuent de secouer l'archipel ralentissent toutefois le travail des secouristes. Hier, une réplique de magnitude 6 s'est produite au sud-ouest de Tokyo, où les immeubles ont tremblé. Les autorités ont toutefois écarté l'hypothèse d'un nouveau tsunami.
(Source : agences)


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