Non moins fier de son pays, le Libanais s'est tout de suite demandé : « Et nous ? Les embouteillages sur nos routes ne sont donc pas source d'inspiration suffisante pour les inventeurs d'automobiles ? » Il s'est aussi posé la question de savoir à quoi peuvent servir l'allumage électronique, l'injection directe, le turbocompresseur, les jantes larges et autres ABS aux quatre roues qui permettent d'atteindre 300 kilomètres à l'heure sans difficulté et freiner en quelques mètres, alors que lui-même, dans son nouveau bolide ainsi équipé, n'arrive pas à se déplacer plus vite qu'un piéton. Encore plus inutiles lui paraissent les 4 x 4 tout-terrain, sachant que pour arriver aux dits terrains, qui se trouvent comme par hasard de plus en plus éloignés des villes, il faut d'abord pouvoir se dégager des rues de celles-ci. Non, assurément, l'immobilisation au volant n'a pas encore provoqué dans l'esprit des designers l'étincelle de la découverte.
Le cahier des charges de la voiture idéale qui s'appellera « Beyrouth » est pourtant prêt, on n'attend plus que les offres des fabricants. Ce modèle d'avant-garde sera avant tout fonctionnel. Suffisamment volumineux pour ne donner de complexes à personne, il comprendra tout pour convertir en occupations utiles et loisirs agréables l'oisiveté et l'ennui qui risquent de s'installer pendant les longs séjours en voiture. On y trouvera des postes de télévision satellite et des ordinateurs à chaque coin de l'habitacle qui permettront de tenir à jour son courrier, faire des recherches, jouer aux jeux électroniques, « U-tuber » et « Skyper ». Il y aura des fauteuils pivotants et coulissants, un bar pour snacks et boissons, un tapis de jeux pour les enfants en bas âge et des balançoires pour les gamins plus agités. Sans oublier un sauna, une table de massage, une barre fixe, des barres parallèles et un « tread mill » maintenu horizontal dans n'importe quelle position de la voiture pour ceux qui aiment paraître sveltes en arrivant au bureau. Birgiss, le mari de la Sri Lankaise qui sert madame à la maison, installé à l'avant du véhicule, est chargé de le faire avancer au gré du rythme lent de la circulation.
À quand « Beyrouth », la voiture révolutionnaire ? Il faut dire cependant qu'en matière d'environnement et de pollution, soucis mineurs somme toute, elle se trouvera un peu en retrait par rapport à sa cousine, la camionnette « Damas ». Mais sera-t-elle sûre au moins ? Deux despotes de pays pas trop éloignés du nôtre qui utilisaient des versions de luxe, l'une de « Tunis », l'autre de « Cairo », deux modèles aux caractéristiques somme toute comparables à notre future « Beyrouth », ont mal fini. Tant pis pour eux. Ils ont été imprudents et surtout très peu débrouillards.


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