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Nos lecteurs ont la parole

II- Malaise dans le monde arabe : pluralisme culturel et pluralisme social

Par Bahjat RIZK
Après les événements traumatisants de Bagdad et d'Alexandrie, la crise de pouvoir toujours non résolue en Côte d'Ivoire, le rapt et la liquidation de deux Français au Niger, choisis au hasard par AQMI, les autorités politiques en France, gouvernement et opposition, ont été très réservées par rapport à la crise tunisienne, alors que le président Obama, soudain très libre et délié, a haut et fort salué le sursaut démocratique (voir L'Orient-Le Jour du mardi 25 janvier 2011).
Chaque partie en Occident (États-Unis et Europe couple franco-allemand) se positionne finalement par rapport à sa culture, son histoire et ses intérêts idéologiques et économiques à travers le monde (Iran, Afghanistan, Pakistan, pays africains, pays sud-américains, Chine, Russie, Corée du Nord, pays arabes, pays francophones...). Un même pays va se prévaloir, selon le cas, du pluralisme culturel ou social, en fonction de ce qui lui semble ponctuellement prioritaire. Une manière d'aménager de manière pragmatique ses idéaux. Nul besoin de porter un jugement de valeur l'absolu de l'homme étant, somme toute, obligatoirement relatif. Le processus d'identification est toujours un processus continu de compensation, de négociation, de priorités conjoncturelles, à partir de constantes de base qui soit s'additionnent, soit se neutralisent ou se rejettent.
Le Liban n'échappe pas, lui non plus, à cette logique. La crise libanaise, après l'assassinat du président Hariri le 14 février 2005 et le retrait forcé des troupes syriennes en avril, sous la pression populaire et mondiale, a fait entrer le Liban dans une nouvelle série d'impasses institutionnelles et de conflits parfois sanglants (série d'assassinats politiques, tous du même bord, entre février 2005 et septembre 2007, guerre contre Israël en juillet 2006, événements de Nahr el-Bared en 2007, contrôle par les d'armes de Beyrouth en mai 2008 puis élection du président Sleiman après les accords de Doha le même mois, élections parlementaires en juin 2009, suivies par la formation du gouvernement d'union nationale de Saad Hariri, qui vient de démissionner, le 12 janvier 2011 après l'interruption successives des tables rondes de dialogue national et des sessions du Conseil des ministres).
Nous ne savons toujours pas si cette crise sera uniquement institutionnelle (comme en Belgique, depuis plus de trois ans et impasse gouvernementale, depuis bientôt plus de sept mois) ou si elle aura des incidences militaires sur le terrain l'opposition, à travers la résistance islamique chiite, disposant d'une force armée constituée avec l'aide de la Syrie et le soutien de l'Iran, sous le mandat Hraoui (1990-1999), renforcée sous le mandat Lahoud (1999-2008) et qui n'a toujours pas été démantelée.
Le Liban, comme les autres pays arabes, - notamment récemment l'Égypte, l'Irak, le Soudan, la Tunisie, l'Algérie et de manière continue depuis plus d'un demi-siècle la Palestine et surtout Jérusalem, ville trois fois sacrée pour les trois monothéismes - vit une crise de pluralisme culturel religieux doublée d'une crise de pluralisme social (démocratique), avec des risques récurrents de guerre civile ou de processus révolutionnaires non aboutis (printemps de Beyrouth, révolution orange...). Le cadre tant identitaire qu'institutionnel n'étant toujours pas défini de manière cohérente. (Toujours expérimental et approximatif). Pour le moment, les lignes rouges sont maintenues : TSL pour l'assassinat du président Hariri et la communauté sunnite, armes de la Résistance pour la communauté chiite, et scission de la communauté maronite à parts quasi égales entre les deux autres communautés, sur fond de lutte pour le présidence de la République, entre les différents leaders de cette communauté. Les trois grandes communautés représentant chacune entre 23 % et 27 %, avec revirement calculé selon le cas, des communautés minoritaires (druze, arménienne, grecque-catholique, grecque-orthodoxe...).
Le monde arabe continue à osciller, entre les crises du pluralisme culturel (minorités) et les soubresauts du pluralisme social (partis politiques). Le Liban est toujours bloqué, entre les deux. L'Occident lui-même hésite car, avec la mondialisation, il expérimente à son tour de nouvelles menaces qui remettent en question son ordre de priorités et son échelle de valeurs.
Après les événements traumatisants de Bagdad et d'Alexandrie, la crise de pouvoir toujours non résolue en Côte d'Ivoire, le rapt et la liquidation de deux Français au Niger, choisis au hasard par AQMI, les autorités politiques en France, gouvernement et opposition, ont été très réservées par rapport à la crise tunisienne, alors que le président Obama, soudain très libre et délié, a haut et fort salué le sursaut démocratique (voir L'Orient-Le Jour du mardi 25 janvier 2011). Chaque partie en Occident (États-Unis et Europe couple franco-allemand) se positionne finalement par rapport à sa culture, son histoire et ses intérêts idéologiques et économiques à travers le monde (Iran, Afghanistan, Pakistan, pays africains, pays sud-américains, Chine, Russie, Corée du Nord, pays arabes, pays francophones...). Un même...
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