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Lifestyle - Insolite

Beyrouth, mode d’emploi

Il a sillonné les rues de Beyrouth, plongé dans ses entrailles, erré dans ses dédales sans en connaître les noms, comme la plupart des intrépides piétons locaux. Bahi Ghubril a ramené de ces promenades de précieuses informations, des cartes, des plans, les noms des rues et des histoires, réunis sous le label de Zawarib Beirut*.

Les huit versions de « Zawarib Beirut Road Atlas On The Go ».

Zawarib Beirut, c'est charmant et tellement intraduisible, autant dans la forme que dans le fond. Les ruelles de Beyrouth ne ressemblent à rien, n'ont d'équivalent nulle part ailleurs dans le monde, sont tortueuses, perdues, emmêlées, anonymes, pas, peu ou mal indiquées. Le citoyen s'y retrouve par instinct ou par habitude. Lorsqu'on lui demande où il habite, où il va, l'adresse est toujours reliée à un magasin, à l'épicier ou à la pharmacie du coin, à une enseigne célèbre dans le quartier, à l'église ou à la mosquée la plus proche. Tellement que l'on vient à se demander si ces rues ont un nom, si elles n'en ont jamais eu, ou, lorsqu'elles en ont, si c'est leur « vrai » nom ! Car, dans bien des cas, un événement, un détail, qui remonte souvent à très loin, lui a donné une nouvelle identité. Saviez-vous que la montée Accaoui s'appelle en fait rue Michel Bustros, et que, dit-on, un vendeur de glaces du nom de Accaoui, en vendant ses gourmandises aux passagers du tram, aurait associé son nom à la rue ? Que la rue Sodeco est en fait la rue Petro Trad, que Snoubra, Gemmayzé, Aïn el-Tineh, Karm el-Zaytoun et Ghabi sont des noms d'arbres, dans ces rues où l'on ne recense aucun jardin public. Et qu'enfin les noms les plus utilisés sont Camille Chamoun, Émile Lahoud et Fouad Chéhab...

Détermination
Alors, pour Bahi Ghubril, cartésien sentimental évoluant à Londres dans la finance et la gestion de portfolios de sociétés ou d'individus, se retrouver dans ce capharnaüm, lors de ses fréquents passages au Liban, relevait de l'aventure. « Personne, dit-il, ne réussissait à m'indiquer un itinéraire pour arriver à destination. Les gens savent aller où ils ont déjà été, sinon, les choses deviennent plus compliquées. » Pas d'indications, ou alors très discrètes petites plaques bleues rouillées par le temps, clouées aux murs délabrés, que certains nostalgiques courageux dérobent en souvenir d'un passé révolu. Pas de cartes récentes à la disposition du citoyen ou du touriste pour pouvoir circuler. Le Libanais, roi de la débrouille, réussit par sa seule habileté à se sortir de toutes ces impasses.
Bahi Ghubril, qui aime à se définir comme un « entrepreneur social », se fixe alors une mission : rendre Beyrouth plus accessible, sur un plan pratique mais aussi esthétique et culturel. Réconcilier les gens avec cette ville désordonnée qui rengorge d'histoires actuelles et de charme. Pour le faire, il la parcourt durant 11 mois, une carte des années 70 comme seul repère, interpelle les habitants des quartiers, prend des notes, contacte les municipalités, commande des photos satellites, collectionne les informations et divise la ville en districts et secteurs. Il dresse des cartes claires, simples, qu'il réunit dans un premier guide baptisé Zawarib Beirut. Paru en 2005, le guide devient très vite un best-seller et un outil indispensable.
Depuis, le projet de Ghubril, dont l'énergie reste intacte et la vision pointue, a pris d'autres proportions. Une nouvelle édition, Zawarib Beirut and Beyond vient de sortir. Plus fournie, elle propose une cartographie d'un Grand Beyrouth qui s'étend même jusqu'à Tabarja, Bchemoun, Aley, Broumana, ainsi qu'un plan de bus et des petites histoires « contemporaines » en marge des pages. Depuis trois mois, une « mini-édition » de poche, Zawarib on the Go est vendue dans 250 points de vente, dans les librairies, les kiosques et autres artisanats. « Nous avons demandé à huit artistes d'univers différents, musiciens, architectes, réalisateurs et designers, de concevoir une couverture, pour le même contenu, qui résume leur vision de Beyrouth. » Rana Salam, Achekman, Nadim Karam, Carol Mansour, Shankaboot, Nada Debs, Fouad Mezher et Omar Khoury ont répondu présents. Leur regard sur la ville, tout comme ce miniguide, est contemporaine, décalée, colorée et graphique. « Il ne s'agit pas uniquement de tracer des chemins, précise Bahi Ghubril. Mais de montrer les trésors cachés de Beyrouth, pas seulement nostalgiques, mais récents. Et de répertorier les musées, les jardins publics, les numéros utiles, les petits restaurants sympas et différents, les terrains de basket et les espaces peu connus où ont lieu des événements insolites. »
Avec ce guide, se perdre en se retrouvant dans les Zawarib de Beyrouth devient enfin un plaisir... Et des histoires à partager sur la page facebook de Zawarib, chacun devenant un hakawati, témoin et porte-parole d'une ville riche en surprises.

* Zawarib Beirut and Beyond (18 000LL)
* Zawarib on the Go (10 000LL).
Zawarib Beirut, c'est charmant et tellement intraduisible, autant dans la forme que dans le fond. Les ruelles de Beyrouth ne ressemblent à rien, n'ont d'équivalent nulle part ailleurs dans le monde, sont tortueuses, perdues, emmêlées, anonymes, pas, peu ou mal indiquées. Le citoyen s'y retrouve par instinct ou par habitude. Lorsqu'on lui demande où il habite, où il va, l'adresse est toujours reliée à un magasin, à l'épicier ou à la pharmacie du coin, à une enseigne célèbre dans le quartier, à l'église ou à la mosquée la plus proche. Tellement que l'on vient à se demander si ces rues ont un nom, si elles n'en ont jamais eu, ou, lorsqu'elles en ont, si c'est leur « vrai » nom ! Car, dans bien des cas, un événement, un détail, qui remonte souvent à très loin, lui a donné une nouvelle identité. Saviez-vous que...
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