L'énoncé du jugement entamé hier devrait prendre plusieurs jours avant que les deux accusés ne soient fixés sur leur sort. Les audiences reprendront aujourd'hui, a annoncé le juge.
MM. Khodorkovski et Lebedev étaient jugés depuis mars 2009 pour le vol de 218 millions de tonnes de pétrole, une accusation que des ministres du gouvernement de l'époque, convoqués pour témoigner au procès, ont mise en doute. Emprisonnés depuis 2003 et condamnés en 2005 à 8 ans de prison pour escroquerie à grande échelle et évasion fiscale dans un premier procès, MM. Khodorkovski et Lebedev encourent cette fois 14 ans de camp, requis par l'accusation.
Les deux accusés, dans une cabine vitrée dans la salle du tribunal, sont restés impassibles, l'un examinant ses dossiers, l'autre lisant un livre. La défense a déjà déclaré qu'elle interjetterait appel et demanderait au chef de l'État d'intervenir. « C'est une décision injuste, celle d'un tribunal aux ordres. C'est une honte pour le pays », a déclaré Me Vadim Kliouvgant, principal avocat de M. Khodorkovski. « Nous en appellerons au président », a-t-il poursuivi.
Les États-Unis et l'Allemagne ont fermement critiqué le jugement. « Cette affaire et d'autres du même genre ont un impact négatif sur la réputation de la Russie s'agissant du respect de ses obligations internationales en matière de droits de l'homme et d'amélioration du climat des affaires », a déclaré la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton. Pour le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, « la façon dont ce procès a été mené est particulièrement préoccupante et constitue un pas en arrière sur la route de la modernisation du pays. » Le ministère français des Affaires étrangères a estimé que « la consolidation de l'État de droit est une condition nécessaire à la réussite du processus de modernisation de la Russie ». « L'Union européenne attend de la Russie le respect de ses engagements internationaux dans le domaine des droits de l'homme et de la primauté du droit », a déclaré pour sa part Catherine Ashton, la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères.
« Liberté aux prisonniers politiques ! », « La Russie sans Poutine ! », scandaient les manifestants devant le tribunal alors que les poursuites à l'encontre de M. Khodorkovski ont de plus en plus pris le tour d'une affaire personnelle pour l'actuel Premier ministre, Vladimir Poutine. L'affaire Ioukos est très largement considérée comme orchestrée par le pouvoir russe pour briser un homme d'affaires trop indépendant, qui finançait l'opposition et n'hésitait pas à contredire le président de l'époque, M. Poutine, resté de l'avis de nombreux observateurs l'homme fort du pays. Le groupe de M. Khodorkovski, Ioukos, ex-fleuron de l'industrie pétrolière russe, a été démantelé lors du premier procès au profit d'entreprises proches du pouvoir. « Il y a des motifs politiques dans cette affaire, et une ingérence qui a rendu difficile une décision judiciaire équitable », a souligné Amnesty dans un communiqué.
De nombreux observateurs avaient estimé que le jugement allait être un test pour les promesses du ton plus libéral affiché par le président Dmitri Medvedev, et enverrait un signal aux élites et aux investisseurs étrangers.


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