Et pourtant, des professionnels du journalisme, comme Christophe Barbier (L'Express nº 3084 du 11 au 17 août 2010), s'acharnent à vouloir déconfessionnaliser la formule de cohabitation intercommunautaire du Liban alors qu'il est le seul pays de la région à ne pas avoir de religion d'État et en dépit du fait que cette formule a préservé tous les éléments de la mosaïque socio-confessionnelle du pays et du fait que, contrairement aux cas cités plus haut, elle a permis à ces communautés de trouver des solutions aux aspects de leurs diversités en s'appuyant sur leurs valeurs communes plutôt que de recourir à cette solution facile et injuste qu'est la ségrégation. Nous lisons encore ces lignes alors que des symboles de la lutte pour la démocratie et les libertés, comme Lech Walesa, ex-président polonais et Prix Nobel de la paix 1983, viennent ici exprimer leur souhait de s'inspirer du modèle libanais pour envisager de l'adapter aux besoins européens (rencontre islamo-chrétienne autour de Marie le 25 mars 2010, jour de l'Annonciation). Car contrairement aux critiques, le Liban reste une démocratie, mais elle est adaptée aux contraintes du pays ; donc avec deux composantes, l'une communautaire et l'autre individuelle ; une formule qui - malgré ses imperfections - a eu le mérite de garantir toute communauté contre l'exclusion. Ce n'est qu'en démocratie conventionnelle (possibilité de la loi du nombre exclusivement) que la laïcité absolue produit ses effets sans risques pour l'une ou l'autre des communautés.
Le plus frappant contraste avec la théorie de Monsieur Barbier est le cas d'Israël qui boude depuis 1948 la résolution 194 de l'ONU consacrant aux Palestiniens le droit au retour, et qui réclame d'être reconnu comme État juif entre autres conditions relatives aux négociations en cours avec les Palestiniens, dans le but évident de barrer à jamais la route à la revendication palestinienne du droit au retour. Curieux raisonnement si l'histoire a voulu que la Terre Sainte soit le berceau du christianisme.
Cerise sur le gâteau : après que le Liban eut accordé aux Palestiniens le droit de travailler, Dany Ayalon, vice-ministre israélien des Affaires étrangères, a déclaré que « ce n'est qu'un petit pas tant attendu sur le chemin qui doit mener à l'octroi de la nationalité aux réfugiés et leur implantation au Liban et ailleurs dans le monde » (voir OLJ 19/08/10, p.4).
Voilà donc un tableau de chasse brillant de clarté : d'un côté la ségrégation et la colonisation (bulldozers à l'appui), de l'autre l'implantation d'une société hors de son espace de vie ; un contre-exemple de justice, à ajouter bien sûr au palmarès des violations de droit international.
Le regretté président Charles Hélou s'en retournerait dans sa tombe, lui qui mettait en valeur l'intérêt du Liban comme carrefour de religions et de cultures en disant : « Si le Liban n'existait pas, les grandes puissances l'auraient créé. » Paix à la mémoire de ce grand visionnaire !


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