Un groupe bien enraciné dans la réalité libanaise. Press Photo
Pour Haig Papazian au violon, Carl Gerges à la batterie, Omaya Malaeb au clavier, Ibrahim Badr à la basse, Firas Abou Fakhr et André Chédid à la guitare, et Hamed Sinno (chant), que de chemin parcouru en si peu de temps ! Mi-gitan, mi-rock alternatif, mi-psychédélique et mi-progressif, Mashrou' Leila n'est pas une musique spécifique, une musique à label, mais des harmonies qui embrassent différents genres et cultures. Ni orientales ni occidentales ; ni passéistes, ni futuristes, ni fusion (mot hybride qui ne signifie rien), les compositions de ce groupe sont l'assemblage vécu et culturel de jeunes gens bien trempés dans la vie libanaise, qui se veulent les porte-parole d'une génération. Avec des paroles engagées à la Bob Dylan, chantre de la rébellion, et une musique s'apparentant tantôt à celle de Kusturica, tantôt à la zalghouta libanaise, Mashrou' Leila opère néanmoins une rupture avec les genres et se crée un univers pourtant identitaire. Ainsi, outre les chansons puisées des expériences personnelles comme Shem el-Yasmeen, Mashrou' Leila chante l'amour impossible intercommunautaire (Fasateen), le Hajez qui évoque le barrage des gardes du corps des hommes politiques (clin d'œil adressé gentiment à Hariri), ou encore les blablas des potinières libanaises. Autant d'histoires, mais aussi d'effluves de cuisine du passé et d'images nostalgiques qu'ils évoquent dans une scénographie et un décor très années 70.
Mashrou' Leila est peut-être né il y a un an, mais son professionnalisme sur scène, l'élaboration du spectacle, la théâtralité et les références à des groupes étrangers - comme cet hommage au groupe Gorillaz qui se produira la semaine prochaine à Byblos - ainsi que le lien solide entre les membres du groupe d'une part et celui créé avec le public de l'autre, tout cela fait d'eux un nom prometteur (avec déjà à son actif un album et un autre en création), qui s'inscrira un jour en grandes lettres.

