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Le patriarche maronite en France, porteur d’un message politique et culturel

Par Bahjat RIZK
Quatre-vingt-dix ans après la visite en France du patriarche Hoayek - mandaté par les communautés libanaises - et la création du Grand Liban, le patriarche Sfeir, né lui-même en 1920, visite la France à l'invitation du président Sarkozy transmise par le président du Sénat Gérard Larcher, grand ami du Liban. Cette visite revêt, encore une fois, une importance politique et culturelle, tant au niveau libanais qu'au niveau français. Certes, le patriarche maronite a déjà rencontré officiellement, à plusieurs reprises, tous les présidents successifs français, mais c'est la première fois qu'il rencontre le président Sarkozy depuis son élection en mai 2007. Le patriarche maronite jouit par ailleurs d'une représentation officielle quasi diplomatique en France (vicariat patriarcal). C'est une occasion de réactualiser dans la continuité les relations millénaires de l'Église maronite et de la France, et à travers elles, celles de la République libanaise et de la République française qui se sont fixées sous leur forme actuelle, il y a quatre-vingt-dix ans, lors de la création du Grand Liban sous mandat français (1920), puis il y a soixante-sept ans , lors de l'indépendance du Liban (1943). C'est également une occasion de reprendre les éléments structurels des deux nations ainsi que leurs discours respectifs.
Pour la France, son histoire officielle s'échelonne entre le baptême de Clovis (496) et l'établissement de la dynastie mérovingienne, les treize siècles de monarchie catholique et leurs conquêtes, jusqu'à la Révolution française (1789), la Restauration, les deux empires et les révolutions industrielles, la défaite française à Sedan, la IIIe République (1871), les deux guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945), la décolonisation, la création de l'Europe des Vingt-Sept et la mondialisation (1990).
Pour le Liban, son histoire officielle en tant qu'entité commence avec l'émirat du Mont-Liban (1516-1842) le caïmacamat et l'autonomie sous tutelle (moutassarifiya) ottomane (1860- 1918), la création du Grand Liban sous mandat français (1920), l'indépendance (1943), le conflit israélo-arabe (1948), la guerre du Liban (1975) et la mondialisation (1990).
Quelle que soit la distance historique parcourue des nations, la nouvelle donne de la mondialisation a amorcé une ancienne nouvelle ère qui couvre toute la planète et qui, en modifiant les contraintes géographiques, redéfinit de nouvelles règles, tant au niveau économique que politique et culturel. Certes, les États conservent leurs acquis d'antan, mais sont obligés de les redéfinir par rapport aux données idéologiques et pratiques actuelles : c'est en ce sens que la notion de diversité culturelle, et de choc des civilisations et des cultures est venue se substituer aux idéologies nationalistes du XIXe siècle et aux idéologies sociales du XXe.
Le pape Jean-Paul II, qui avait beaucoup contribué à la chute des idéologies totalitaires sociales, avait décidé d'un synode pour le Liban (1995) où il s'était rendu en 1997, le qualifiant de pays-message. Son successeur Benoît XVI vient de lancer à partir de l'Église maronite de Chypre (désormais en Europe, mais toujours aux portes de l'Orient) un synode pour le Proche-Orient avec un appel pour conserver le pluralisme religieux entre les trois religions monothéistes, nées sur une période de plus de mille ans dans cette même région du monde, et pratiquement et partiellement sur la même terre sainte (que les trois se disputent depuis des siècles).
Le président Khatami d'Iran avait lancé l'idée du dialogue des civilisations en l'an 2000, aux Nations unies, incarnée, de par son propre aveu, par le Liban. Le roi Abdallah d'Arabie saoudite œuvre sans relâche pour la paix au Proche-Orient afin de contrer la logique du choc des civilisations, mise en action par Oussama Ben Laden en 2001, mais théorisée par Samuel Huntington en 1993. Les présidents Jacques Chirac et Rafic Hariri avaient décidé de tenir le sommet de la francophonie sur le thème du dialogue des cultures, au Liban (reporté de 2001 à 2002 après les évènements du 11 septembre 2001 qui ont fixé cette rupture), le président Obama a lui-même tenté une ouverture culturelle et politique dans son discours au Caire, l'année passée. Après le président Sleiman, le président Saad Hariri s'est lui-même rendu récemment au Vatican pour consacrer la fête de l'Annonciation, première fête nationale libanaise islamo-chrétienne, puis aux Nations unies, en présidant le Conseil de sécurité, pour prôner la diversité culturelle. La Turquie et l'Iran œuvrent à rejouer un rôle radical politique et culturel, régional et international au Proche-Orient face à l'intransigeance d'Israël. Le but de ce bref exposé est de rappeler le parcours idéologique couvrant presque un siècle de 1920 à 2010 et qui nous a fait passer de la notion d'États nations (avec les deux guerres mondiales) à celle des empires idéologiques sociaux (avec la guerre froide et la menace nucléaire), à celle de la mondialisation et de la multipolarité (avec le possible affrontement des civilisations et toujours la menace chimique ou nucléaire).
La France, jadis modèle par excellence de l'État nation, et de l'empire impérial et colonial, a été également le précurseur de la révolution des lumières et des mœurs, des droits de l'homme (1789) et de la laïcité (1905), qui constituèrent des ruptures dans son histoire. Le Liban, État médiateur par excellence, a été, avec l'émirat du Mont-Liban et la République du Grand Liban, le précurseur de la diversité culturelle religieuse. La France, avec les guerres royales, impériales et coloniales à l'extérieur et les guerres civiles à l'intérieur, a connu des conflits sanglants. Le Liban, avec ses guerres internes communautaires et régionales, a également connu et connaît encore des périodes extrêmement douloureuses et incertaines. Le modèle français centralisateur avec la mondialisation semble de plus en plus compromis, le modèle libanais, souvent éclaté et fragmentaire, semble difficile à rassembler et à conceptualiser. Nous oscillons aujourd'hui entre un modèle éprouvé (dépassé) et un modèle non prouvé (dont on n'a pas encore établi l'équation).
Après avoir posé la problématique de manière adéquate, il s'agira, avec les nouvelles données de la mondialisation, d'intégrer ces données, qui semblent contradictoires, et de puiser dans les deux modèles la valeur ajoutée en respectant la marge d'une règle, à géométrie variable, qui puisse à chaque fois concilier les impératifs du réel particulier avec l'exigence de l'idéal général. La grille paramétrique identitaire établie par Hérodote, le père de l'histoire, peut aider par la compensation à passer du singulier à l'universel, et à varier et relativiser le processus d'identification.
La visite officielle du patriarche de la communauté maronite (unique minorité chrétienne jouissant de droits culturels et politiques en Orient, infranational) au président de la République française (promotrice des libertés individuelles universelles en Occident, supranational) repose la question de la diversité culturelle et de l'existence des nations fermées au sein de la mondialisation.
Quatre-vingt-dix ans après la visite en France du patriarche Hoayek - mandaté par les communautés libanaises - et la création du Grand Liban, le patriarche Sfeir, né lui-même en 1920, visite la France à l'invitation du président Sarkozy transmise par le président du Sénat Gérard Larcher, grand ami du Liban. Cette visite revêt, encore une fois, une importance politique et culturelle, tant au niveau libanais qu'au niveau français. Certes, le patriarche maronite a déjà rencontré officiellement, à plusieurs reprises, tous les présidents successifs français, mais c'est la première fois qu'il rencontre le président Sarkozy depuis son élection en mai 2007. Le patriarche maronite jouit par...
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