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Nos lecteurs ont la parole

III - Axe turco-syrien pour une « union du Levant »

Fabien TABARLY
Ankara voit en Damas la porte d'accès au Levant (voir L'Orient-Le Jour des mercredi 5 et jeudi 6 mai 2010).
Le Levant représente pour Ankara une zone économique en pleine croissance et la Turquie est aussi en recherche de partenaires stratégiques au cas où son entrée dans l'Union européenne ne serait pas solutionnée à moyen terme.
Ankara peut aussi être le catalyseur d'une « Union turco-irano-arabe » (forte des gigantesques ressources humaines, énergétiques et financières de chacun)  élargie,  au mieux politique, au minimum économique, et peut-être militaire comme le montre le dernier incident en date de cette année : Ankara, après avoir refusé l'accès à son territoire aux forces aériennes israéliennes dans le cadre d'entraînements programmés, s'est empressée d'annoncer la tenue d'exercices militaires conjoints avec la Syrie.
Damas voit en Ankara une puissance régionale partageant avec elle des intérêts communs, ayant les moyens d'« aider » à  faire pression sur les dirigeants israéliens afin d'obtenir la restitution des terres occupées, le retour et la sécurité des Palestiniens et la création d'un État indépendant viable.
Ankara sera soutenu, dans toute initiative de règlement de la crise israélo-arabe, par les puissances occidentales qui ne peuvent pas se passer d'un tel allié représentant la plus grande armée professionnelle du continent européen (la deuxième armée de l'OTAN en effectifs après les États-Unis) et qui est aussi un espace laïc né avec la république en 1923, qui a la maturité nécessaire pour organiser une « Union du Levant ». Après soixante années d'échecs successifs et d'hésitations, l'Europe et les États-Unis n'ont pas convaincu quant à leur capacité à régler le conflit israélo-arabe (ils auront réussi à maintenir un statu quo, ce qui est déjà un succès politique, mais une bien maigre compensation pour une colonisation des territoires occupés qui s'accélère).
La Turquie, quant à elle, sait qu'elle pourrait tout gagner en obtenant la relance du processus de paix.

 Perspectives

Parler d'un déplacement du centre de gravité politico-stratégique de la Turquie de l'Europe vers le Levant serait sans doute anticiper sur l'avenir et partiellement faux. En revanche, nous ne pouvons ignorer l'émergence d'un second « pôle d'intérêts stratégiques » dans cette région, l'Europe restant une priorité pour Ankara.
Damas, avec une gouvernance stabilisée et des leviers d'influence dans la plupart des pays de la région, pourrait profiter de l'amélioration de son image auprès de la communauté internationale.
Grâce à sa politique d'apaisement, la Syrie pourrait embrasser le rôle de médiateur dans les nombreuses négociations qui ne manqueront pas d'être générées par la relance d'un processus pour un règlement durable au Proche-Orient.
Si l'Europe, par le biais de la France, souhaite conserver une influence dans cette région en plein bouleversement, elle devra y consacrer un effort significatif et non se contenter de mettre sur pied un « groupe de travail ».
Quelle que soit la voie choisie, elle passera par l'établissement d'un partenariat puissant avec au moins l'un de ces pays afin d'être mécaniquement impliqué dans les futures décisions stratégiques soit pour les appuyer, soit  les bloquer...une forme de dépendance à établir avant que d'autres ne décident de le faire.
Car si la Turquie kémaliste, l'Iran perse et les nations arabes du Levant (auxquelles pourraient se joindrent les pays du Golfe) décident  d'œuvrer de concert, aucun de ces pays au caractère forgé par  l'histoire n'aura pas besoin de l'Europe pour construire une zone de paix et de stabilité.
Cette fois, la Turquie ne serait plus la puissance occupante, mais une des puissances tutélaires pour organiser enfin cette Union arabe dont ont tant rêvé T.E. Lawrence et Fayçal ibn Hussein ibn Ali au début du XXe siècle.
La clef de l'union, c'est le règlement du conflit israélo-arabe. Et ces trois pays savent qu'ils ne résoudront leurs problèmes de développement économique et politique qu'en obtenant la paix.

Fabien TABARLY
Ankara voit en Damas la porte d'accès au Levant (voir L'Orient-Le Jour des mercredi 5 et jeudi 6 mai 2010).Le Levant représente pour Ankara une zone économique en pleine croissance et la Turquie est aussi en recherche de partenaires stratégiques au cas où son entrée dans l'Union européenne ne serait pas solutionnée à moyen terme.Ankara peut aussi être le catalyseur d'une « Union turco-irano-arabe » (forte des gigantesques ressources humaines, énergétiques et financières de chacun)  élargie,  au mieux politique, au minimum économique, et peut-être militaire comme le montre le dernier incident en date de cette année : Ankara, après avoir refusé l'accès à son...
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