Écoutons cette référence de Mark Fitzpatrick, porte-parole de l'International Institute for Strategic Studies : « La technologie pour l'enrichissement est, pour l'essentiel, la même, quel qu'en soit le degré. » En clair, cela peut signifier tout aussi bien que, dès le départ, les scientifiques opérant à Natanz préparaient la bombe capable de réduire en particules poussiéreuses des villes entières ou bien qu'en tout état de cause le pourcentage atteint importe peu si l'objectif final visé est d'ordre militaire. Auquel cas, l'irascible Premier ministre israélien ferait bien de commencer à faire tourner les réacteurs de ses F-18.
Les Occidentaux, eux, Américains en tête, n'en sont pas là, pas encore du moins. Hillary Clinton, en visite au Qatar : « Ce que nous essayons de faire, c'est d'envoyer un message à la République islamique, un message très clair, disant que nous restons ouverts au dialogue, convaincus que Téhéran peut s'engager sur une autre voie. » Il est vrai qu'elle dit aussi ceci : « Mais nous voulons que la communauté internationale unie lui adresse un message sans équivoque, à savoir que nous ne resterons pas les bras croisés pendant que vous poursuivez l'exécution d'un plan susceptible de représenter une menace pour vos voisins, voire d'autres États. Nous espérons toujours que les Iraniens renonceront aux ambitions qui sont présentement les leurs, mais nous ne pouvons pas nous contenter d'espérer. »
La tournée entreprise dans la région par la secrétaire d'État aura été l'occasion de s'adresser aux participants au Forum mondial Islam-États-Unis et surtout de faire prendre conscience aux dirigeants du Golfe du danger représenté, aux yeux de l'Amérique, par un Iran sur le point de devenir membre d'un cercle de moins en moins restreint, tout en leur rappelant l'existence d'une ombrelle protectrice US. Il est permis de douter qu'un objectif aussi ambitieux ait été atteint. C'est que les appréhensions suscitées par les visées prêtées au régime des mollahs sont aussi grandes que la crainte de voir se produire, en cas de blitzkrieg (israélien ou autre), une réaction en chaîne qui embraserait l'ensemble de la région.
À tout le moins la responsable de la diplomatie américaine aura-t-elle réussi à faire prendre conscience à ses hôtes du danger incarné par la montée en puissance des pasdarans. Pour elle, la soudaine irruption sur la scène locale de ceux qui, hier encore, passaient pour être le principal bouclier du pouvoir en place ne fait pas de doute et que l'on s'achemine vers une dictature militaire appelée petit à petit à supplanter le gouvernement. L'image d'une administration démocrate défendant l'autorité de Mahmoud Ahmadinejad a de quoi faire sourire ; il n'en demeure pas moins que, l'une après l'autre, les digues du régime sont en train de céder sous la pression des 125 000 combattants qui constituent le corps des gardiens de la révolution, véritable centre parallèle de décision, devenu également, au fil du temps, un gigantesque complexe économique et, à ce double titre, la véritable bombe dont il importerait de se méfier.
L'horizon apparaîtrait désespérément sombre si un semblant de sourire ne venait l'éclairer. Celui qu'inspire ce cri du cœur lancé par un certain Mohammad Jabad Larijani, secrétaire général du Conseil supérieur des droits de l'homme d'Iran, devant ses pairs des Nations unies : « Notre société est un modèle de coexistence amicale et fraternelle. »
Où l'on voit que les héritiers de Ruhollah Khomeyni savent à l'occasion manier l'humour.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef