Puis abordant les problèmes de l'intégration et du danger du communautarisme, il a eu ces mots : « La France ne demande à personne d'oublier son histoire ou sa culture. Mais elle demande à ceux qui veulent lier leur sort au sien de prendre aussi son histoire et sa culture en partage. La France ne se pense pas comme une juxtaposition de communautés... Devenir français, c'est adhérer à une forme de civilisation, à des valeurs, à des mœurs. La France est un pays où les croyances de chacun sont respectées mais... où il n'y a pas de place pour la burka, ou pour l'asservissement de la femme. La France est un pays de tolérance et de respect. Mais elle demande aussi qu'on la respecte. On ne peut pas vouloir tous les avantages de la République si l'on ne respecte aucune de ses lois, aucune de ses valeurs. » Enfin, « pour que la France « cesse de vivre l'ouverture non plus comme une chance mais comme une menace », il a conclu par une vibrante plaidoirie en faveur et du rétablissement de l'autorité de l'État et des valeurs républicaines. Notamment l'égalité des chances, la solidarité et la laïcité.
Cette vision ne fait pas l'unanimité surtout auprès de la gauche qui ne voit pas l'utilité d'un tel débat, bien que Ségolène Royal ait demandé que « les politiques s'adressent aux peurs publiques » . Ainsi pour Michel Rocard « la France est incontestablement l'un des pays occidentaux qui a la plus forte identité nationale et... un cas absolument unique beaucoup moins marqué par le droit du sang et donc privilégiant un choix de culture et de volonté d'un destin commun, largement façonné par la Révolution ». Et il ajoute : « L'idée qu'il faille en rediscuter me stupéfie. Il faut bien voir que cette logique de fabrication et d'ouverture se détruit si on la ferme. Parce que ouvrir le débat, c'est rechercher l'écriture d'une formalisation instantanée de la description de ce qu'est l'identité française. Or elle a été dans l'histoire complètement évolutive ».
Déclaration politiquement correcte ! Mais l'attitude de la gauche consistant à nier le fait que l'assimilation des minorités noires et musulmanes pose problème ou à le réduire à une dimension sociale n'est pas réaliste. Et affirmer que sa solution passe prioritairement par une réaffirmation des fondements de la République et un renforcement de l'autorité de l'État ne signifie pas vouloir faire l'économie de réformes indispensables. Réformes à tous les niveaux, principalement éducatif et social, que le gouvernement actuel entreprend d'ailleurs à un rythme inégalé depuis longtemps. Cela dit, le modèle républicain français est sans doute un des plus exemplaires au monde et le communautarisme serait la pire des solutions. Mais ce modèle est difficilement exportable surtout vers des pays moins homogènes comme la Belgique ou le Liban.
État unitaire ou régime communautariste : le cas du Liban
Au Liban, le questionnement sur l'identité nationale porte beaucoup moins sur l'immigration (le problème de l'implantation des réfugiés palestiniens étant d'une autre nature) que sur les sentiments d'appartenance respectifs des communautés autochtones à la nation libanaise ainsi que sur leur propension à rechercher des protecteurs étrangers dans leur lutte pour le pouvoir. Constitué par la France en 1920 autour du noyau dur de la Montagne libanaise, qui avait déjà une forte conscience nationale, le « Grand Liban » a longtemps été considéré comme une création artificielle par une large frange de sa population musulmane aspirant à se fondre dans une Grande Syrie. D'avantage sunnite que chiite, ces derniers étant minoritaires dans la région, cet irrédentisme a été officiellement rejeté à l'occasion du Pacte national scellant l'indépendance du pays en 1943. Pacte ayant inspiré la formule « deux négations ne font pas une nation », les chrétiens ayant pour leur part renoncé à la protection française. Mais si, depuis le déclin du nationalisme arabe et pansyrien, toutes les communautés considèrent désormais le Liban comme leur patrie définitive, elles sont loin d'avoir la même vision du pays. La montée de l'intégrisme religieux dans le monde. Celle de l'islamisme politique qui a remplacé le nationalisme arabe moribond. L'émergence récente d'un clivage régional entre sunnites et chiites. Le recul de la présence chrétienne. Enfin et surtout le problème du Hezbollah, véritable État dans l'État dont l'armement, l'idéologie et l'allégeance à une puissance étrangère constituent un grave danger pour la paix et la pérennité de la « formule libanaise ». Autant de défis qui font qu'aujourd'hui plus qu'hier aspirer à construire un État unitaire sur le modèle français est une utopie. Et dans un contexte global où un pays comme la Belgique vient de passer d'un régime unitaire à un régime fédéral et où un autre, comme l'Irak, peine à maintenir son intégrité, vouloir abolir le confessionnalisme politique relève au mieux du vœu pieux et au pire de la manœuvre politicienne qui ne peut qu'effrayer les chrétiens. Le mieux étant parfois l'ennemi du bien, le Liban devrait donc à mon sens se contenter de préserver son système imparfait de représentation plus ou moins équilibré entre ses 17 communautés religieuses et de démocratie consensuelle, même s'il risque d'être à nouveau remis en question par des changements démographiques et la montée en puissance du chiisme politique. Certes, un tel système ne saurait constituer une véritable nation, mais il ne fait que refléter l'exceptionnelle diversité culturelle du pays, qui est après tout sa principale richesse.


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