L'utilisation de ces techniques dans l'industrie automobile et la pollution atmosphérique était au centre du cinquième débat public sur les nanotechnologies organisé dernièrement à Clermont-Ferrand.
Un nanomètre équivaut à un milliardième de mètre : à cette échelle, la matière possède des propriétés particulières qui permettent de transformer, améliorer la qualité d'un produit. Près de 800 produits sur le marché contiennent déjà des éléments issus des nanotechnologies. Ces applications se retrouvent dans des domaines aussi variés que l'informatique, l'aviation, le textile, la cosmétique, la médecine, etc.
L'utilisation des nanomatériaux chez les fabricants de pneus remonte au début du XXe siècle : le noir de carbone permet ainsi, dès 1910, d'améliorer la durée de vie des pneus, a expliqué Francis Peters, responsable normes et règlements matériaux chez le manufacturier clermontois.
Dans les années 1990, Michelin lance son « pneu vert » : la résistance au roulement du pneu, donc la consommation en carburant et l'émission de gaz à effet de serre, est réduite grâce à l'incorporation d'oxyde de silicium (silice).
« Il y a aujourd'hui 800 millions de véhicules dans le monde. Ce chiffre devrait atteindre 1,6 milliard en 2030 », a souligné M. Peters. L'objectif de Michelin est, selon lui, de « diviser encore par deux la résistance au roulement de ses pneus » ainsi que « leur vitesse d'usure ». « L'utilisation de nouveaux nanomatériaux est un des leviers pour y parvenir », a-t-il indiqué.
« On est vraiment à un niveau de recherche pour s'assurer que les développements qu'on fait ne présentent pas de risques sur la santé », a toutefois assuré M. Peters.
Plusieurs participants au débat ont contesté ces affirmations, soulignant que les applications avaient commencé alors même que les résultats des recherches n'étaient pas connus. Relevant « l'énorme déficit de connaissances», Claude Champredon (France Nature Environnement) a estimé que la mise en œuvre de ces nouvelles techniques posait un certain nombre de questions: «Tout cela a un prix. Quel est-il en ce qui concerne l'environnement, notre société, les écosystèmes, la biodiversité et notre santé? C'est quand même une inquiétude », a-t-il lancé.
Pour Philippe Hubert, de l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques), «on sait que la silice est plus dangereuse à l'état nano. La question est beaucoup plus difficile pour d'autres matériaux dont on ne sait pas s'ils deviennent dangereux en changeant d'échelle».
Le vieillissement de produits, comme les pneus « qui s'usent dès leur première utilisation », est également un sujet d'interrogation : « Est-ce qu'un pneu avec une gomme classique va avoir des conséquences très différentes pour la santé qu'un pneu utilisant les nanotechnologies ? », s'est interrogé M. Hubert, sans que le débat ne permette de trancher la question.


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