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Lifestyle - Hotte D'or

Amoureusement

En partant, Inès de la Fressange m'a dit : au début je ne comprenais pas, mais je sais de plus en plus pourquoi tu ne quitteras jamais Beyrouth. Elle est mignonne. En réalité, moi non plus je ne sais pas. Y ai-je seulement déjà pensé d'ailleurs... Aimer Beyrouth ne peut pas être le résultat d'une démonstration scientifique ; un théorème mathématique. C'est un postulat : on l'aime. Point. Ou pas. C'est un peu comme cette ânerie monumentale de on ne naît pas femme, on le devient : on n'apprend pas à aimer Beyrouth ; c'est comme ça, comme Montaigne et La Boétie a, un jour, sorti mon petit Houssam, fier comme Artaban. C'est comme ça, surtout quand tout est là à la base : j'aurais pu m'installer n'importe où, j'ai des racines dans un nombre étrange et impressionnant de nations, de pays, de territoires, de contrées, de régions et de zones. Mais non. C'était Beyrouth. La gémellité est un drôle de concept. Fascinant. Nous sommes jumelles, Beyrouth et moi ; non, peut-être même siamoises. Comme elle, je suis sale. Et d'une hygiène irréprochable. Comme elle, je suis impolie. Et tellement courtoise - urbaine même. Comme elle, je suis attendrissante, une enfant qui obligerait Barbe Bleue, juste en le regardant dans les yeux, à réciter à genoux tout Ignace de Loyola. Mais agaçante aussi, à la fois, agaçante comme jamais, agaçante comme personne. Comme elle, je suis fausse, artificielle, futile, (pré)fabriquée, je suis fake, plâtrée, refaite, outrageusement surmaquillée. Et légitime et naturelle et essentielle et Manon des sources et Perrette et son pot au lait. Comme elle, je suis coléreuse, rageuse, intolérante, mercantile, milicienne. Mais aussi, à la fois, sereine, calmée, prévenante, bénévole, aimante et at peace. Comme elle, je suis sainte infinie. Et putain, une grande putain. Comme elle, je suis tout. Et son contraire. Schizophrène. Et la somme de tous les équilibres. Nous nous sommes choisies. Bien sûr, j'aime Tyr et ses fureurs, Byblos et ses odeurs, Zahlé et ses douceurs, Tripoli et son indolence, Baabdate et ses fraîcheurs, Baalbeck et sa magie, mais je ne suis pas libanaise. Je suis beyrouthine. Beyrouth m'a vampirisée et je suis Beyrouth. Houssam a été accompagner Inès à l'aéroport. J'ai rempli un thermos de Veuve Clicquot rosé que j'ai enfoui dans mon nouveau Miu-Miu, enfilé un slim Galliano, chipé une chemise blanche XXL Martin Margiela que j'avais offerte au petit, chaussé des Louboutin légèrement cloutées et commandé un taxi. Jardins de Sanayeh : je me suis assise sur un banc, le soleil de novembre dans mes cheveux heureux, j'ai bu une gorgée de bulles et en ai répandu trois ou quatre sur le sol, j'ai béni Beyrouth qui me protège. Puis, idem dans le petit jardinet de Saint-Nicolas : le même cérémonial. Inès a raison. Même si elle décide de rompre ce cordon qui nous lie, je ne quitterai jamais Beyrouth. Miam-miam.

margueritek@live.com
En partant, Inès de la Fressange m'a dit : au début je ne comprenais pas, mais je sais de plus en plus pourquoi tu ne quitteras jamais Beyrouth. Elle est mignonne. En réalité, moi non plus je ne sais pas. Y ai-je seulement déjà pensé d'ailleurs... Aimer Beyrouth ne peut pas être le résultat d'une démonstration scientifique ; un théorème mathématique. C'est un postulat : on l'aime. Point. Ou pas. C'est un peu comme cette ânerie monumentale de on ne naît pas femme, on le devient : on n'apprend pas à aimer Beyrouth ; c'est comme ça, comme Montaigne et La Boétie a, un jour, sorti mon petit Houssam, fier comme Artaban. C'est comme ça, surtout quand tout est là à la base :...
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