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Lifestyle - Hotte D’Or

Inès me fête

Louisa m'a réveillée avant-hier lundi aux aurores ; il était environ 11h45. J'ai glapi. Mais madame Margot, c'est Madame Inès au téléphone, elle insiste. Inès de la Fressange est ce que l'on appelle vulgairement une meilleure amie. Ma meilleure amie. Inès est en fait cette sœur dont j'ai toujours rêvé : ma mère, qui m'a eue par erreur et qui a dû m'embrasser trois fois dans sa vie et toujours sans que ses lèvres ne touchent mes joues, n'a jamais voulu rajouter fût-ce un gramme de charge pondérale supplémentaire à ses immuables 51 kilos. J'ai pris le téléphone. Moi : J'espère que tu as une bonne raison d'interrompre mon sommeil profond. Inès : Tais-toi chérie, je prends l'avion dans 2 heures et je serai à Beyrouth vers les 17h00, envoie-moi un taxi. Moi : Ah. Inès : Cache ta joie. Moi : Tu aurais pu me prévenir un peu plus tôt ; je t'envoie Houssam. Inès : J'adore ton délicieux babyman, à tout à l'heure. Je ne comprends rien à cette visite inopinée. Je me rendors. Je suis prête vers 17h00, habillée de la tête aux pieds, ou presque, en Vera Wang qu'Inès déteste, juste pour la bisquer. Étendue sur mon canapé chocolat Steiner, je les attends. Ils arrivent, précédés du rire tonitruant de l'Inès sans doute agrippée au biceps d'un très complaisant Houssam. Je souris. Elle entre comme un ouragan, ma belle de jour, et exige immédiatement de Louisa, avant même qu'elle ne me dise bonjour, une bouteille de Veuve Clicquot rosé. Nous avons nos habitudes depuis trois décennies. Moi : Que me vaut cet honneur ? Inès ne répond pas et sort de son baise-en-ville Marc Jacobs un premier sac-cadeau, un deuxième, un troisième, puis un quatrième. Moi : Ce n'est pas mon anniversaire, idiote adorée. Houssam se marre. Inès : Ouvre. J'ouvre. D'abord le plus gros : c'est l'intégrale en reliure d'or et cuir véritable des œuvres de Marguerite Yourcenar. Je fronce un sourcil. J'ouvre le second paquet : le manuscrit annoté de Yeux bleus cheveux noirs, mon roman préféré de Marguerite Duras. Le troisième est un coffret DVD luxueux dédicacé par Jeanne Moreau et Isabelle Adjani des deux La Reine Margot, celle de 1954 de Jean Dréville et celle de 1994 de Patrice Chéreau. Le quatrième paquet, je l'ouvre avec les deux sourcils froncés et mes cils qui frémissent. C'est un exemplaire en russe du Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov, plus une étude sur le personnage de Marguerite dans l'œuvre de Goethe. Moi : Tu fais une fixette sur mon prénom, ma douce ? Tu as fait Paris-Beyrouth pour ça ? Il faut consulter. Inès : Tu as le QI d'un sac Gucci. Bonne fête ma petite vampirette transylvanienne. Moi : Comment ça, bonne fête ? Inès : C'est la sainte Marguerite aujourd'hui. J'ai éclaté de rire : Tu as fait 4 000 km pour me souhaiter la sainte Margot ? Tu es géante. Inès : Tu me manquais. Houssam et moi t'emmenons dîner ce soir, une côte de bœuf presque crue à La Centrale, puis nous irons faire la fête derrière ta porte rose. Moi : Verte. Elle est verte, la porte. Inès : Cette couleur messied à mon teint. Moi : Ce n'est pas grave, habille-toi en rouge. Houssam : Je te fêterai cette nuit. Inès : Pas du tout, tu dormiras dans la chambre d'amis, j'ai des tonnes d'histoires à raconter à Margot. Je me tais. Inès : Tu ne dis pas miam-miam ? Moi : Si. Inès : Eh bien, dis-le. Houssam : Oui, dis-le. Moi, bonne fille : C'est ma fête... Miam-miam.
Louisa m'a réveillée avant-hier lundi aux aurores ; il était environ 11h45. J'ai glapi. Mais madame Margot, c'est Madame Inès au téléphone, elle insiste. Inès de la Fressange est ce que l'on appelle vulgairement une meilleure amie. Ma meilleure amie. Inès est en fait cette sœur dont j'ai toujours rêvé : ma mère, qui m'a eue par erreur et qui a dû m'embrasser trois fois dans sa vie et toujours sans que ses lèvres ne touchent mes joues, n'a jamais voulu rajouter fût-ce un gramme de charge pondérale supplémentaire à ses immuables 51 kilos. J'ai pris le téléphone. Moi : J'espère que tu as une bonne raison d'interrompre mon sommeil profond. Inès : Tais-toi chérie, je...
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