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Lifestyle - Hotte D’Or

Mon histoire d’eau

Comme chaque année, je l'ai attendue et espérée, je l'ai appelée et je l'ai suppliée, tellement que lorsqu'elle est arrivée, gargantuesque, j'ai hurlé. De bonheur. C'est la pluie. C'est l'histoire de la pluie et de moi. Je suis la fille de la pluie. La fille de toutes les pluies. Je sais tout d'elle : je sais comment elle tombe, comment elle gifle, comment elle caresse, comment elle prévient et comment elle enveloppe. Comment elle bénit et comment elle lave. Lorsque j'étais petite, déjà toute petite, je disais tout bas que ma vraie mère, c'est la pluie, qu'elle au moins ne me laissait pas seule chaque nuit avec pour unique compagnie des gouvernantes polonaises aussi avenantes qu'une guillotine, qu'elle au moins s'intéressait à moi, ne me laisserait pas tomber. Je lui parlais, à la pluie, elle me répondait, je lui demandais, elle exauçait, je lui racontais, elle comprenait. Et quand j'avais peur, elle me chantait une comptine, la pluie, rien que pour moi : L'araignée du soir / Aime les trous noirs / Celle du matin / Aime le jardin / L'araignée du vent / Aime le beau temps / Celle de la pluie / Dit qu'elle s'ennuie / L'araignée du froid / Se gèle les doigts... Des années plus tard, devenue ce que je suis, c'est-à-dire la reine Margot, je communiais avec la pluie une fois par an, un rituel me liait à ma mère d'eau le jour où elle arrivait en trombes pompeuses. Dimanche dernier, il pleuvait à torrents. J'ai donné sa journée à Louisa et dit à Houssam que j'avais besoin de solitude (sa rapidité à obtempérer et l'anorexie de son bisou juste avant qu'il ne claque la porte me poussent à penser que ce petit a quelqu'un et qu'il va falloir entamer une investigation...). Une fois seule, le rituel pouvait commencer : j'ai tamisé toutes les lumières, fermé tous les rideaux, brûlé des douzaines de petits papiers d'Arménie aux quatre coins du loft et préparé autour de ma baignoire Art déco Marquise de THG tout l'attirail des retrouvailles annuelles mère-fille : Moussorgski et sa Nuit sur le Mont Chauve dans mon i-Pod offert par mon ami Karl L., une Veuve Clicquot Grande Dame cuvée 1988 dans son seau Alessi, mes bougies mauve Alcante et mes sels de bain violette-cardamome. Puis je suis sortie, un pull blanc Ann Demeleumeester, un pantalon de jogging Puma (toujours le même, année après année), des bottes en caoutchouc Hello Kitty et un ciré Jean-Paul Gaultier. Les cheveux lâchés, j'ai marché une heure sous la pluie, une heure avec ma mère, une heure de douceur, chacun la trouve où il peut, sans doute pas où il veut, la suite de la comptine maternelle dans les tympans, L'araignée de l'été / Quitte ses souliers / L'araignée des murs / Mange son pain dur / Celle de la grange / Suce des oranges / L'araignée des mers / Voit tout à l'envers, puis, heureuse, je me suis retrouvée dans mon bain, de la violette, de la cardamome, miam-miam.

margueritek@live.com
Comme chaque année, je l'ai attendue et espérée, je l'ai appelée et je l'ai suppliée, tellement que lorsqu'elle est arrivée, gargantuesque, j'ai hurlé. De bonheur. C'est la pluie. C'est l'histoire de la pluie et de moi. Je suis la fille de la pluie. La fille de toutes les pluies. Je sais tout d'elle : je sais comment elle tombe, comment elle gifle, comment elle caresse, comment elle prévient et comment elle enveloppe. Comment elle bénit et comment elle lave. Lorsque j'étais petite, déjà toute petite, je disais tout bas que ma vraie mère, c'est la pluie, qu'elle au moins ne me laissait pas seule chaque nuit avec pour unique compagnie des gouvernantes polonaises aussi avenantes qu'une guillotine, qu'elle au moins s'intéressait à...
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