Un vent de changement souffle sur les organismes économiques à l'approche des élections à la tête de la Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIAB), et un peu plus tard à la tête de l'Association des industriels.
C'est un coup de jeune que les organismes économiques semblent vouloir prendre. Même s'ils auraient, dans certains cas, les mêmes affinités politiques, les candidats effectifs et candidats potentiels sont des quadragénaires avec à leur actif des « success stories » dans le monde des affaires. Ce qui est de nature à briser le paysage auquel l'opinion publique s'était habituée et à modifier le profil du président de la Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture, habituellement un septuagénaire à la retraite.
D'ailleurs, ces quadragénaires actifs dans la vie économique seraient plus proches des problèmes d'ordre socio-économique qui assombrissent le quotidien de leur base électorale. Le plus important reste le fait que le principe de l'alternance à la direction des Chambres de commerce et d'industrie semble désormais acquis et que le phénomène des candidats à vie, un usage familier dans tous les domaines au Liban, semble devenir caduc. Adnane Kassar est demeuré trente-trois ans à la tête de la CCIAB, Edmond Jreïssati, Mohammad Zaatari et feu Abdallah Ghandour, respectivement président de la Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture de Zahlé, de Saïda et Tripoli, ont plusieurs mandats à leur actif.
Dans les faits, le premier round des élections à la présidence de la CCIAB est prévu le 1er novembre prochain. Le quorum requis est de la moitié plus un des membres de l'assemblée plénière qui compte plus de 6 500 membres. Un quorum difficile à atteindre si l'on prend en compte les expériences des scrutins précédents. Un second tour est fixé au 6 décembre prochain. Le quorum est à ce moment-là atteint quel que soit le nombre des présents à la séance.
Le président sortant de la CCIAB, Ghazi Koraytem (réputé proche du Courant du futur), ne se présente pas pour un second mandat. Même si sa présidence avait été marquée par une intense activité traduite par un ballet diplomatique continu à la CCIAB, plus d'une interrogation demeure sur son échec à désigner un directeur général à la Chambre. Depuis trois ans, le poste est vacant. Par conséquent, il a dû cumuler les prérogatives et gérer la CCIAB en tant que président exécutif.
Selon des sources de la CCIAB qui ont requis l'anonymat, près de huit personnes auraient présenté des demandes de candidature pour la présidence, mais une seule jusqu'à présent l'a annoncée. Il s'agit de Mohammad Schoucair, directeur général de Patchi et ancien vice-président de l'Association libanaise de la franchise. Les mêmes sources ont affirmé que la CCIAB rendra publique la liste des candidats mardi prochain à la clôture du délai de la présentation des candidatures, le 27 du mois en cours.
Pas d'ingérence politique
Mohammad Schoucair (41 ans), dans la vie sociale un ami du Premier ministre désigné Saad Hariri, se présente à la tête d'une liste complète de seize candidats. Le conseil d'administration de la CCIAB, rappelle-t-on, est formé de 24 membres. Seize sont élus et huit autres sont désignés par décret pris en Conseil des ministres.
Les sièges sont répartis à égalité entre chrétiens et musulmans, mais la présidence revient à un sunnite comme c'est le cas dans les autres Chambres de commerce, à l'exception de celle de Zahlé où la présidence revient à un grec-catholique.
Mohammad Schoucair affirme que sa liste n'a pas de couleur politique et qu'il n'y a pas eu d'ingérence politique au niveau de sa formation. « Les membres de la liste représentent tous les secteurs économiques, et le poids des sociétés qu'ils représentent a été pris en compte », dit-il.
En réponse à une question de L'Orient-Le Jour, il déclare qu'il a eu peut-être de la chance du fait que les politiques dans le contexte présent sont plus préoccupés par la formation du gouvernement que par ce qui se passe au niveau des organismes économiques. Parmi les seize membres de sa liste figurent quatre femmes, dont notamment Joumana Bassil Chelala (Byblos Bank), Michèle Gharzouzi (Medco), Tania Eid (Careers).
Parmi les anciennes figures à la CCIAB, on reconnaît dans la liste de M. Schoucair Mohammad Lamah, Gaby Tamer, Nabil Fahd et Nagi Mouzannar. Priée de préciser quelles sont les allégeances politiques de la liste, Joumana Bassil Chelala déclare qu'elle est « à cent pour cent libanaise » et qu'elle a pour seul objectif de servir la communauté des affaires au Liban.
L'opposition indifférente
L'opposition ne semble pas s'impliquer outre mesure dans ces élections, qu'il s'agisse du Courant patriotique libre, du Hezbollah ou d'Amal. Ce camp semble se contenter de la part qu'on lui attribue au sein du conseil d'administration.
Cela serait-il dû au fait que les organismes économiques ont perdu depuis quelque temps tout leur poids et toute leur influence sur la scène publique ? En fait, depuis des années, les organismes économiques se réunissent tous les quinze jours à un mois pour publier un communiqué des plus traditionnels, appelant à l'élection dans les meilleurs délais d'un président de la République ou à la formation d'un gouvernement d'union nationale, soit tout simplement invitant les responsables à établir les bases d'un dialogue fructueux.
Pour leur part, les médias se contentaient de relayer le communiqué dans les brèves de leurs pages économiques, considérant qu'il n'y avait pas de position subtile méritant une manchette ou une mention en page une. Quelles que soient les tendances ou affinités politiques de la nouvelle caste dirigeante des organismes économiques, la base attend des réformes structurelles au niveau des institutions et surtout un nouveau style dans la gestion de la chose publique. Une présence plus importante et surtout plus tangible sur la scène locale qui dépasserait le cadre d'entretiens bilatéraux avec des diplomates arabes et occidentaux.

