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Nos lecteurs ont la parole

Que Dieu nous garde d’un nouveau gouvernement !

Par Percy KEMP
Plus le temps passe sans qu'un accord sur un nouveau gouvernement ne se fasse, et plus les oiseaux de mauvais augure nous prédisent de nouveaux malheurs. Mais est-ce bien vrai ?
On peut certes comprendre que des hommes politiques qui rêvent d'un portefeuille ministériel s'inquiètent du retard pris dans la formation d'un nouveau gouvernement : chaque jour qui passe représente en effet pour ces ministrables un manque à gagner certain tant en prestige qu'en commissions juteuses à empocher sur des contrats que l'État aura alors à signer. On peut aussi comprendre que la presse s'en désole et tire la sonnette d'alarme : les titres alarmistes augmentent en effet les tirages et tiennent les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs en haleine. On peut de même comprendre que telle ou telle capitale étrangère s'impatiente de ne pas voir se mettre en place à Beyrouth un gouvernement qui servirait ses intérêts. Mais s'ensuit-il nécessairement que les Libanais devraient, eux aussi, se lamenter d'être sans aucun gouvernement ? Rien n'est moins sûr.
Lorsqu'on y réfléchit bien, ces derniers mois passés sans gouvernement nous auront été particulièrement bénéfiques : paix, tranquillité, prospérité. Et pourquoi cela ? Eh bien, parce que tous les gouvernements que nous avons connus depuis l'indépendance ont tenu à prendre de « grandes et graves décisions » engageant le pays. Tour à tour, ce furent des décisions pour ou contre Nasser, pour ou contre le pacte de Bagdad, pour ou contre l'OLP, pour ou contre la paix avec Israël, pour ou contre les États-Unis, pour ou contre l'Iran, pour ou contre l'Arabie saoudite, pour ou contre la Syrie, pour ou contre telle ou telle résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, pour ou contre le désarmement du Hezbollah, pour ou contre l'implantation des Palestiniens au Liban, et cætera. Or, du fait de ces « grandes et graves décisions », à chaque fois le pays s'était retrouvé rongé par le ver de la discorde et plongé dans les tourments de guerre civile. À chaque fois, en fait, qu'un gouvernement aura voulu nous faire rentrer dans l'histoire à coups de « grandes et graves décisions », il n'aura réussi qu'à nous sortir un peu plus de la géographie.
S'il en est ainsi, c'est parce que les « grandes et graves décisions » sont antinomiques avec une société pluraliste et segmentée comme la nôtre, laquelle ne saurait tolérer plus qu'un gouvernement chargé d'expédier les simples affaires courantes, sorte de conseil municipal à l'échelle nationale. Le président Michel Sleiman l'a bien compris, lui qui se contente de gérer sagement l'existant, laissant les Libanais vivre tranquillement leur vie.
La pire chose qui pourrait donc nous arriver serait qu'un nouveau gouvernement soit maintenant formé. Et la meilleure serait que les ministres chiites qui avaient jadis quitté l'équipe gouvernementale de Fouad Siniora rejoignent à nouveau ce gouvernement démissionnaire, lequel serait chargé d'expédier uniquement les affaires courantes, sans pour autant jamais prendre quelle que « grande et grave décision » que ce soit. Peut-être qu'alors, connaîtrons-nous la paix.
Plus le temps passe sans qu'un accord sur un nouveau gouvernement ne se fasse, et plus les oiseaux de mauvais augure nous prédisent de nouveaux malheurs. Mais est-ce bien vrai ?On peut certes comprendre que des hommes politiques qui rêvent d'un portefeuille ministériel s'inquiètent du retard pris dans la formation d'un nouveau gouvernement : chaque jour qui passe représente en effet pour ces ministrables un manque à gagner certain tant en prestige qu'en commissions juteuses à empocher sur des contrats que l'État aura alors à signer. On peut aussi comprendre que la presse s'en désole et tire la sonnette d'alarme : les titres alarmistes augmentent en effet les tirages et tiennent les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs en haleine....
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