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Nos lecteurs ont la parole

« Que faire quand la confiance dans les élites est ruinée ? »

Salim F. DAHDAH
C'est en lisant ces derniers jours l'article de Karl Muller paru dans la revue Horizons et débats (n° 33 du 24 août 2009), sous le titre « Que faire quand la confiance dans les " élites " est ruinée ? », que j'ai compris l'une des causes essentielles du mal qui gangrène et empoisonne la vie de notre société nationale. J'ai donc pensé qu'il serait utile et pertinent d'en reproduire certains passages afin d'essayer de faire participer des citoyens, comme moi, à un décryptage de cette soif permanente depuis l'indépendance de 1943, de paix, de stabilité et de justice, de souveraineté nationale et de respect de l'État et de ses institutions, et enfin d'égalité, de solidarité et de cohésion sociale. Les quelques idées qui vont suivre pourraient apporter un diagnostic à cet état de fait qui, aujourd'hui plus qu'hier, continue à miner la vie et l'avenir de notre peuple et de sa jeunesse :
« ... Un des points fondamentaux de l'encyclique "Caritas in veritate"  se trouve dans la thèse selon laquelle le développement de l'être humain est freiné par une absence d'"amour de la vérité", une absence de moralité foncière.
En vérité, bien des maux dont nous souffrons aujourd'hui nous viennent d'une absence de volonté éthique touchant notre sensibilité, notre pensée et nos actions. Ce fait ne provient pas d'une absence de fondements éthiques, mais bien de ce qu'ils ne sont pas pris en compte, ce qui incite à poser quelques questions, telles que :
  • Pourquoi ces fondements ne sont-ils pas respectés?
  • Pourquoi n'exige-t-on pas avec plus d'insistance le respect de ces fondements?
  • Que faut-il faire pour que ces fondements ne soient pas seulement consignés par écrit, mais respectés dans notre vie en société?»
« Donner une réponse à ces trois questions est une nécessité vitale pour la société. Et il faut s'y mettre d'urgence car l'humanité est confrontée de plus en plus au fait que les comportements criminels ne sont pas propres aux milieux criminels poursuivis par les organes de l'État, mais qu'on les trouve chez nos "élites" en politique, dans l'économie et dans la finance, et aussi chez les militaires, dans les médias et les milieux culturels, sans qu'ils soient pour autant poursuivis par les organes étatiques alors qu'ils sont devenus, pour parler comme saint Augustin, des "bandes de brigands" foulant aux pieds la justice. Une des tristes conséquences de ce phénomène est que tous ces mensonges officiels de nos "élites" détruisent la confiance si nécessaire à la vie en société, garante d'un comportement honnête. ... Pour qu'il y ait amélioration, il faut certainement se fonder sur une éthique de la compassion. »
« Quelques exemples récents nous montrent à quel point la confiance est détruite :
  • De nombreuses enquêtes ont montré que les conséquences désastreuses de la crise financière mondiale sont dues notamment à une crise de confiance. On n'agit plus cartes sur table, si bien que nombreux sont ceux qui ont perdu tout crédit. Ce qui est vrai pour le monde de la finance l'est aussi pour d'autres domaines: d'autres "élites" ont perdu leur crédit, sans toutefois en tirer les conséquences. En Allemagne, par exemple, la campagne pour les élections législatives donne l'impression que les politiciens de premier plan n'ont toujours rien compris, qu'ils ne pensent qu'à conserver le pouvoir...
  • Selon le Neue Zürcher Zeitung du 8 août, le conseiller du président Obama pour les questions de terrorisme a recommandé de ne plus parler de "guerre contre le terrorisme". En effet, la politique du prédécesseur d'Obama, Bush, a eu pour conséquence que l'on reproche aux USA de vouloir précipiter les populations dans la misère et l'absence de droits. Il s'agit donc maintenant de prendre des mesures politiques, économiques et sociales de façon que les populations qui sont encore des terreaux de terrorisme ne manquent plus de sécurité, d'éducation, de travail et de revenus, ni non plus d'estime de soi et de dignité....
  • La plainte déposée par la journaliste Jane Burgermeister montre qu'en politique de la santé, nous avons également affaire à une violation flagrante du droit, à une atteinte au droit des peuples à la vie et à la santé. Il s'agit en outre d'une violation de la confiance au niveau mondial car sous prétexte de protéger la santé, on s'efforce de lui porter atteinte.
Toutefois, le fait que cela apparaisse publiquement, que les gens ne se taisent plus face à ces manigances mais les révèlent est un bon signe. Un autre signe de changement est le fait qu'une institution au rayonnement universel telle que l'Église catholique romaine puisse présenter un texte comme l'encyclique dont il est question au début de cet article. Les bandes de brigands dominatrices ont exagéré, et on peut entrevoir qu'elles sont au bout de l'impasse. La nature humaine n'est pas éternellement malléable. Citons un propos devenu célèbre : "On peut tromper un peuple tout entier pendant un certain temps, on peut tromper une partie du peuple tout le temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps."
Comment éviter que le chemin menant à un monde meilleur ne fasse autant de victimes que celui qui nous a conduits dans l'impasse ? L'humanité a aussi pour tâche de trouver une réponse à cette question et chacun peut y contribuer. Le grand philosophe Emmanuel Kant a dit, il y a deux cents ans : "Aie le courage d'utiliser ta raison !" Nous pouvons ajouter aujourd'hui, forts de notre expérience: "Aie le courage d'affirmer ta dignité d'être humain et de vivre selon ta conscience." Et encore : "Cherche à savoir quelles voies ont suivies les peuples dans leur volonté de liberté, d'égalité, de solidarité, d'autodétermination et de souveraineté." »
En espérant que ces quelques observations serviront de sujets de réflexion à tous les citoyens dignes de leur citoyenneté ainsi qu'à tous les décideurs tous secteurs confondus, et qu'ils pourront en tirer, à cette étape cruciale de notre vie nationale, les conséquences nécessaires et adéquates pour protéger et défendre la formule de coexistence historique du Liban, reconstruire la République en réhabilitant la confiance entre le peuple, ses élites et nombre de ses chefs politiques, et rétablir enfin la primauté de l'État et de ses institutions. Pour ce faire, il faut que les politiques changent profondément et prennent conscience des défis énormes qu'ils ont à surmonter. Au lieu donc de se confiner à être des intermédiaires « simples » où du « croire » pour des puissances étrangères, il devraient se transformer en visionnaires, architectes et entrepreneurs de la cause nationale et républicaine, et agir dans une course contre la montre pour que cette terre message conserve son droit à la vie malgré tous les enjeux, et intérêts stratégiques régionaux et internationaux.

Salim F. DAHDAH
C'est en lisant ces derniers jours l'article de Karl Muller paru dans la revue Horizons et débats (n° 33 du 24 août 2009), sous le titre « Que faire quand la confiance dans les " élites " est ruinée ? », que j'ai compris l'une des causes essentielles du mal qui gangrène et empoisonne la vie de notre société nationale. J'ai donc pensé qu'il serait utile et pertinent d'en reproduire certains passages afin d'essayer de faire participer des citoyens, comme moi, à un décryptage de cette soif permanente depuis l'indépendance de 1943, de paix, de stabilité et de justice, de souveraineté nationale et de respect de l'État et de ses institutions, et enfin d'égalité, de solidarité et de...
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