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Nos lecteurs ont la parole

La démagogie, ou l’appât des walkyries

Par Marwan HARB
Voici que les hommes politiques reprennent de plus belle leurs discours creux dans le but de faire naître dans le cœur de leurs sympathisants l'instinct défensif contre l'Autre, l'Ennemi. Il est certain qu'ils ont tous comme livre de chevet La Notion de politique de Carl Schmitt. Et pour mener à bien la besogne, quoi de plus efficace que la démagogie ?
Les grands sophistes de la Grèce antique, Antifon, Gorgias, Protagoras, passés maîtres dans l'art de parler pour ne rien dire, se sont réincarnés et posent désormais derrière des légions de microphones arc-en-ciel pour sonner le cor.
Les sophistes utilisaient le discours non pas tant comme moyen laborieux pour parvenir à la vérité - ils s'en moquaient royalement - que  comme méthode de persuasion sur les gens, comme une forme de poésie, quelque chose qui emporte l'adhésion, et non comme quelque chose qui argumente et qui démontre. Et quand un grand sophiste racontait par exemple le mythe de Prométhée, en se pavanant et en plastronnant devant un public emporté par son éloquence, saisi par la puissance d'un discours magnifique et merveilleux, Socrate - qui faisait exprès d'arriver en retard - demandait à ce sophiste de résumer ce qu'il venait de dire. Évidemment, c'est comme si on demandait de résumer Le Dormeur du val de Rimbaud ou Green de Verlaine. Et dès que ce sophiste se laissait prendre au jeu de Socrate, il se surprenait à avoir mauvaise conscience et  se sentait coupable car, au fond, il n'avait rien dit.
Et si on jouait au jeu de Socrate avec les ténors de notre scène politique, se sentiraient-ils coupables ?
Coupables d'avoir cherché à convaincre les Libanais que l'homme est un loup pour l'homme ; que celui qui pense différemment est un ennemi juré qu'il faudrait éliminer, à titre préventif ; que chacun est tenu d'expier les crimes de ses ancêtres ; que la loi de la jungle est le plus beau chef-d'œuvre de la pensée humaine ; que leur personne est une hiérophanie bénie par les cieux et gardée par les séraphins, et donc que la critiquer serait une hérésie, et la glorifier serait une source de grâce ; que les facultés universitaires sont des champs de bataille dignes de Waterloo et de Verdun, dirigés par des généraux qui ne se rendent jamais même à l'évidence.
Coupables des victimes de la politique de l'art pour l'art ; des victimes touchées par les balles d'allégresse et d'hystérie suite à leur apparition à la télévision ; des victimes attaquées à cause d'un drapeau levé ou d'une affiche collée ; victimes pour avoir appelé Dieu d'un nom différent, victimes du hasard, victimes de l'intériorisation et de la banalisation de la mise à mort...
Charles Péguy avait dit que  « le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ». Ainsi donc, toute accalmie n'empêche pas les walkyries de roder dans nos ruelles qui dégagent toujours des odeurs de mort.
Voici que les hommes politiques reprennent de plus belle leurs discours creux dans le but de faire naître dans le cœur de leurs sympathisants l'instinct défensif contre l'Autre, l'Ennemi. Il est certain qu'ils ont tous comme livre de chevet La Notion de politique de Carl Schmitt. Et pour mener à bien la besogne, quoi de plus efficace que la démagogie ?Les grands sophistes de la Grèce antique, Antifon, Gorgias, Protagoras, passés maîtres dans l'art de parler pour ne rien dire, se sont réincarnés et posent désormais derrière des légions de microphones arc-en-ciel pour sonner le cor.Les sophistes utilisaient le discours non pas tant comme moyen laborieux pour parvenir à la vérité - ils s'en moquaient royalement - que  comme...
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