Il est entré sur scène comme on entre dans l'arène. Vêtu d'une longue robe de chambre sur pantalon noir et portant des gants blancs, ledit Gonzales, ou encore Chilly Gonzales, de son vrai nom Jason Beck, auteur-compositeur-interprète canadien, donne dès le premier instant la note. Sa musique électro-pop volontairement cheap et humoristique, un « cabaret dada avec des textes faussement naïfs et remplis d'autodérision, versant parfois dans une parodie du hip hop », revisite néanmoins les grands classiques comme Für Elise de Beethoven, et rappelle à certains moments les morceaux dissonants d'Erik Satie. « Il ya deux genres de musique classique, dira-t-il en s'adressant tout de go à un public résolument jeune et tombé très vite sous le charme : un majeur et un mineur. » Le premier serait selon lui ce genre de « fake happiness », comme les études de piano entreprises en France ou aux États-Unis. Et c'est autour de cette confrontation entre deux grands pôles musicaux que s'articulera son programme. Avec son batteur percussionniste, il a invité le public à monter sur scène, jouant la dérision ; debout sur le piano, martelant les notes de ses mains gantées ou encore de ses pieds... Gonzales, dont la formation classique ne fait pas de doute, reprend des mélodies et, à la manière d'un shaker, en fait un cocktail doublé certainement d'un « shot » d'adrénaline. Avant de se lancer dans un morceau intitulé Professor Long Hair, en hommage au grand homme du blues, il avait demandé au public libanais « Êtes-vous funky ? » Celui-ci, qui avait évidemment adopté le musicien déjanté, lui a répondu par l'affirmative.
Et c'est reparti...
Quinze minutes de pause avant de reprendre sur d'autres sons électroniques. C'était au tour des chanteuses de charme Bianca et Sierra Casady, baptisées CocoRosie, d'entamer plus d'une heure de musique « freak folk », mélange de hip-hop et d'électro, et surtout de bruitage musical qui est leur marque de fabrique. Créant un univers de petite jungle, les CocoRosie brisent toutes les barrières, se libèrent de toutes les étiquettes et jouent les improvisations en entonnant Beautiful Boys, Terrible Angels et Goodbye Tomorrow, entraînant l'audience dans leurs délires.
Enfin, elle apparaît, la tant attendue Yas, dans un halo de nuage vaporeux d'oriental et d'occidental, dans un métissage de sensuel et de charme. Yasmine Hamdan, ex-chanteuse au sein du duo libanais Soap Kills (groupe trip-hop qui présageait l'émergence d'une scène underground dans le monde arabe), tout de noir et de cuir vêtue, a repris des tubes de son album produit par Marwais. Enchaînant Get It Right, Azza ou Yaspop, la chanteuse, avec ses arabesques corporelles comme les volutes de la langue arabe, offrira à ses aficionados, qui l'attendaient depuis longtemps et qui suivaient les nouvelles de sa consécration internationale, un florilège de ses meilleures mélodies.
« Dans ma musique, je n'ai jamais utilisé d'instruments traditionnels, a-t-elle dit un jour. Je n'aime pas les fusions, genre un peu de derbouka, un petit peu techno. Le problème, c'est la perception des autres, toujours à vouloir nous ranger dans la world music. Les gens ont toujours les mêmes clichés ». Des clichés que cette « têtue » de la musique essayera d'effacer dans ce concert fusionnel avec le Liban. Très ancrée dans sa culture et sa langue, Yas manie les déclinaisons de cette dernière selon les régions et tous les dialectes du monde arabe.
Une pop expérimentale, ondulante et fascinante dans une ambiance festive qui rappelle, avec un brin de mélancolie, que l'été du Festival de Byblos tire à sa fin.

