Il y a quatre ans, les électeurs chrétiens du caza de Jbeil, qui formait avec le Kesrouan une circonscription unique, avaient massivement voté en faveur de la liste du CPL. Les candidats présentés par le général Michel Aoun avaient recueilli à l'époque 62,77 % des suffrages chrétiens, en très grande majorité maronites, contre 37,23 % seulement à leurs adversaires du 14 Mars.
Le principal enseignement du scrutin de 2009 dans cette circonscription est que cette vague orange a reflué, le rapport de forces (toujours chez les chrétiens) sorti des urnes le 7 juin dernier s'établissant désormais à 50,99 % pour le CPL et 49,01 % pour le 14 Mars et ses alliés indépendants.
Conforme à la tendance nationale, cet impressionnant recul du aounisme n'est pourtant pas allé jusqu'au point de barrer la route de la Chambre aux trois candidats du Bloc du changement et de la réforme (les deux députés sortants Walid Khoury et Abbas Hachem et le candidat Simon Abiramia, qui remplaçait le sortant Chamel Mouzaya). D'autant qu'aux 51 % de votes favorables enregistrés dans les urnes chrétiennes, s'ajoutent les suffrages de la minorité chiite, qui s'est prononcée à 93,45 % pour la liste aouniste, contre seulement 6,55 % à ses adversaires.
La hausse spectaculaire de la participation de l'électorat chiite d'un scrutin à l'autre - 8 183 voix répertoriées dans les urnes définies comme chiites en 2009 contre 4 857 en 2005 - témoigne d'une volonté manifeste de faire gagner le général Aoun. Cette tendance transparaît dans les chiffres de localités telles que Lassa, Afqa, Almat, Hjoula et Ras Osta, dont le poids des résultats est d'autant plus amplifié que l'un des deux protagonistes y est pratiquement inexistant.
Le deuxième enseignement que l'on peut tirer de ce scrutin est bien entendu l'échec du centrisme dans une circonscription qui était censée devenir sa patrie. Les circonstances aidant, le général Aoun a manifestement réussi sa campagne menée tambour battant depuis plusieurs mois et visant à dénigrer le centre en l'assimilant au 14 Mars. Jouant à fond la carte du binôme 14 Mars/8 Mars, il a pris le risque de voir ses adversaires renforcer leurs positions, mais pas au point d'envahir ses rangs, comme l'aurait probablement fait un centrisme libéré, aux yeux des partisans du CPL, de l'emprise quatorze-marsiste.
Certes, Nazem Khoury enregistre des scores personnels plus qu'honorables dans son fief de la région de Amchit, enfonçant dans plusieurs villages les lignes adversaires dominantes. Cependant, il est battu (de près) dans sa propre ville par son cousin CPL, Walid Khoury, et, dans le reste de la circonscription, il se laisse le plus souvent distancer par le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid.
Ce dernier, en revanche, se révèle imbattable dans sa région de Qartaba-Aqoura, à l'autre bout du caza. Toutes les localités chrétiennes de ce secteur le placent en tête et sont confortablement acquises au 14 Mars.
Ailleurs, les résultats sont plus contrastés. Sur le littoral, la ville de Jbeil, qui comprend une importante minorité arménienne, se prononce logiquement en faveur du CPL, alors que Halate et, surtout, Fidar donnent leur préférence à la majorité.
Dans le centre de la circonscription, où il n'existe pas de localités importantes sur le plan démographique, les deux camps sont au coude-à-coude, sauf dans les villages totalement ou partiellement chiites.
Dans le nord, la Qornet el-Roum (comprenant les villages de Mounsef, Berbara, Chikhane, Gharzouz, Bekhaaz, etc.) se prononce globalement pour la liste aouniste. Mais plus dans la montagne, les chiffres basculent d'une extrémité à l'autre, selon les localités. Ainsi, Ehmej et Jaj votent massivement pour le CPL, alors que Mayfouq et Tartij plébiscitent leurs adversaires. En revanche, à Michmich et à Bejjé, l'opposition ne parvient à engranger que de très timides majorités.

