Liban

Entre Sleiman et l’opposition, une relation difficile, mais pas impossible

Analyse
20/06/2009
Comme dans un jeu infernal de balancier, la tenue des élections législatives a permis de faire baisser la tension entre le Hezbollah d'une part, Saad Hariri et Walid Joumblatt de l'autre, mais celle-ci est montée d'un cran entre les chrétiens du 14 Mars et le parti de Dieu. Partage des rôles ou divergences au sein d'un même camp, les prochaines semaines devraient être déterminantes sur ce sujet. Mais si les indices de cette crise sont visibles au grand jour, une autre, silencieuse celle-là, se déroule entre l'opposition et le président de la République Michel Sleiman. Les deux parties ont choisi de ne pas en parler ouvertement, mais le dossier s'imposera forcément au moment des tractations pour la formation du prochain gouvernement.
La question qui se pose toutefois est la suivante : comment entre le candidat présidentiel le plus proche des thèses de l'opposition et cette dernière les relations ont-elles pu évoluer de cette manière ? Un petit retour en arrière s'impose. Le général Michel Sleiman, alors commandant en chef de l'armée, avait organisé une cérémonie pour remercier les forces armées syriennes avant leur retrait du Liban en avril 2005. Plus tard, en 2006, il avait donné des ordres très clairs à l'armée pour coordonner son action avec la Résistance. Plus important encore, c'est lui qui a trouvé une issue honorable à la crise du 7 mai 2008 en réclamant le maintien à son poste à l'AIB du général Wafic Choucair, ainsi que le retrait de la décision du gouvernement concernant le réseau de télécommunications du Hezbollah. En somme, Michel Sleiman a depuis le début affiché ses convictions sur la nécessité d'établir des relations saines, équilibrées et étroites avec la Syrie, tout comme il n'a jamais hésité à définir Israël comme l'ennemi et à appuyer la Résistance en attendant l'adoption d'une stratégie de défense globale.
En principe, ces éléments auraient dû suffire pour que les relations entre le président et l'opposition soient placées sous le signe de la confiance. Que s'est-il donc passé pour que la méfiance s'installe entre les deux parties ? Tout a commencé lors de la conférence de Doha, qui a défini la formation du premier gouvernement du mandat Sleiman. Au lieu d'obtenir un nombre considérable de portefeuilles, en proportion à l'appui international inhabituel dont il a bénéficié, le président a dû se contenter de trois ministres, avec deux portefeuilles régaliens certes, mais trois ministres seulement. Ensuite, les heurts ont commencé à se multiplier, mais c'est l'échéance législative qui a fait déborder le vase. Pour éviter une réédition de la formation d'un gouvernement dans lequel il n'aurait obtenu que trois portefeuilles, le président a écouté les sirènes qui lui faisaient miroiter l'idée d'obtenir un bloc parlementaire en mesure de peser sur la scène politique et notamment au gouvernement. S'il s'est toujours gardé de déclarer ouvertement son appui à tel ou tel candidat, sur le terrain certains ne se privaient pas de mener leur campagne sous la bannière de la présidence de la République. Le leader de Zghorta, Sleiman Frangié, a ouvertement fait état d'interventions de proches du président en faveur de certains candidats, et une guerre sourde a opposé les chefs de l'opposition au président pendant la période électorale.
Mais les résultats des élections ont fait voler en éclats l'idée du bloc centriste, et si le général Michel Aoun évite de s'en prendre ouvertement au chef de l'État, le malaise reste palpable. De son côté, le président n'aurait pas apprécié l'afflux de voix chiites à Jbeil en faveur de la liste du CPL, au détriment des candidats qui se réclamaient de lui... Des erreurs des deux camps ont sans doute été à l'origine de la multitude de malentendus qui ont marqué les relations entre Michel Sleiman et l'opposition au cours de la période électorale.
Mais maintenant que la tempête législative s'est plus ou moins calmée, le dossier de ces relations doit être traité. Visiblement, les divergences ne portent pas sur les grandes options du régime, mais sur des questions secondaires, voire personnelles. Le 14 Mars a sans doute réussi à susciter la méfiance entre les deux parties, mais le mal n'est pas irréversible. Pour continuer à remplir son rôle d'arbitre et de président d'entente, le chef de l'État doit parvenir à regagner la confiance de l'opposition. Pour cela, lui et Michel Aoun doivent réussir à dépasser cette fameuse problématique : qui représente les chrétiens ? Le président maronite ou le leader qui a obtenu le meilleur score aux élections ? De plus, le test de la formation du gouvernement sera décisif sur cette question. Plusieurs formules circulent actuellement en coulisses. L'une d'elles consiste à donner à la majorité 15 portefeuilles, à l'opposition 10 et au président 5, selon le principe qu'aucun camp n'aura la majorité et aucun autre le tiers de blocage. Cette formule accorde aux « ministres du président » un rôle essentiel au gouvernement, mais pour qu'elle soit adoptée, il faudrait qu'aussi bien l'opposition que la majorité acceptent une telle équation qui leur fait perdre des acquis importants : pour la majorité, seize portefeuilles est un chiffre minimal, et pour l'opposition onze portefeuilles reste une condition essentielle.
C'est donc au président de savoir convaincre les deux camps, mais il faudra d'abord effacer le nuage électoral. Pour cela, le premier test sera sans doute les décisions du Conseil constitutionnel concernant les recours en invalidation qui lui seront présentés. Ayant joué un rôle décisif dans le choix de certains membres de ce conseil, c'est principalement sur lui que rejaillira l'impact des jugements émis, surtout dans un tel climat où aucun camp n'est disposé à lui faciliter la tâche. Le président n'a pas la partie facile, mais ni lui ni l'opposition n'ont intérêt à se chercher querelle.

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