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Nos lecteurs ont la parole

La présence chrétienne en Orient est une responsabilité musulmane d’abord

Par Par Hyam MALLAT
Le discours du président Obama le 4 juin à l'Université du Caire constitue un événement considérable qui fera date dans le monde arabe, tant du fait de la personnalité même de ce président que des sujets  politiques, sociaux, religieux et humains qui ont été abordés sans ambiguïté. Certes, chacun dans le monde arabe et ailleurs pourra interpréter et commenter ce discours selon ses intérêts et ses passions. Il n'en demeure pas moins que des choses importantes et cruciales ont été dites et qu'il est utile de situer dans notre contexte libanais et arabe.
En 2004, dans un volume spécial de la revue libanaise Histoire des Arabes et du monde sous le titre « Le christianisme et l'islam, message d'amour, de dialogue et de rencontre », j'avais publié une étude sur cette question sous le titre « La présence chrétienne en Orient est une responsabilité musulmane d'abord ». Sous ce titre volontairement provocateur, il s'agissait pour moi de signaler que les chrétiens d'Orient avec les musulmans font partie intégrante de la vie religieuse, politique, sociale, économique traditionnelle de l'Orient. Et cette vérité que les premiers temps de l'islam avaient bien compris restait à mon avis pleine et entière. Certes, la politique internationale et locale, les fureurs des hommes, les intolérances et les incompréhensions réciproques ont bien conduit à des dérapages et des dérèglements sanglants  et malheureux. Et notre génération l'avait bien expérimentée au Liban avec la préparation et l'explosion de la guerre en 1975 où, dans un art consommé, et compte tenu du fait que seule l'excitation confessionnelle était de nature à faire exploser bêtement les chrétiens et les musulmans, les incitateurs et les acteurs ont systématiquement couvert cette guerre politique relative à l'affaire palestinienne par une solide couche d'excitation confessionnelle inconsidérée qui a coûté la chute de l'État et de la société, la mort de dizaines de milliers de personnes et une nouvelle poussée d'émigration libanaise dans le monde.
Mais comme rien n'est dit pour toujours, et après les heureuses interventions des uns et des autres, le discours politique a repris ses droits. Le jeu de la politique locale, régionale et internationale a conduit à une tempérance des passions et à un nouveau compromis historique qu'il y a lieu d'envisager avec l'établissement des relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie, reconnaissance de facto après la reconnaissance de jure, la forte compréhension des pays arabes vis-à-vis de l'originalité  du Liban, les positions des puissances mondiales avec surtout le discours de la France des présidents Chirac et Sarkozy par rapport au Liban ainsi que celui de l'Union européenne, de la Grande-Bretagne, de l'Italie, de la Russie, de la Chine et de tant d'autres nations.
Et voici que le discours du président Obama à l'Université du Caire vient enfoncer le clou et remettre une fois de plus les pendules à l'heure de l'histoire. Ce qu'il faut comprendre de ce discours c'est en tout premier lieu une forte interpellation de la conscience, de la politique et de l'histoire de ces nations d'Orient, pour se redresser, ouvrir de nouvelles pages et avancer. Certes, chaque paragraphe est de nature à susciter une réflexion et une analyse. Je voudrais quand même m'attarder en tant que Libanais chrétien maronite, formé à la culture gréco-latine et occidentale d'une part, fortement convaincu de notre appartenance arabe en dépit des égarements et des trahisons de la politique arabe envers le Liban durant le dernier tiers du XXe siècle, sur l'appel d'Obama pour la sauvegarde de la présence chrétienne en Orient,  pour dire que celle-ci ressort incontestablement de la responsabilité musulmane d'abord, car il s'agit de ne pas désespérer des nouvelles générations en leur fermant les portes, mais de leur assurer une bonne représentativité dans la politique et la fonction publique, de protéger leurs biens, leur patrimoine et de respecter leurs idées et leurs croyances.
Et c'est en quoi la responsabilité musulmane est primordiale et dans leur intérêt, car la richesse et l'intelligence des sociétés multicommunautaires dans le monde est un fait historique qu'il n'est plus nécessaire de justifier. Qu'est-ce donc que le Liban réduit à l'hégémonie définitive d'une seule communauté ? Un malheur que nous avons bien vécu durant les misérables années de cette guerre du Liban qui n'avait de civile que les morts et les assassinats accumulés dans tous les sens. Mais à cette responsabilité musulmane, qui exige incontestablement réforme, renouveau et courage, correspond également l'exigence d'un redressement chrétien, où si les droits de la politique sont évidents, ceux d'un idéal fait de discernement, d'intelligence, de reconnaissance de principes d'existence puissent inscrire cette présence dans la durée de l'histoire, de la civilisation et de la foi.

Par Hyam MALLAT
Avocat et professeur
Ancien président du conseil d'administration de la Caisse nationale de la Sécurité sociale et des Archives nationales
Le discours du président Obama le 4 juin à l'Université du Caire constitue un événement considérable qui fera date dans le monde arabe, tant du fait de la personnalité même de ce président que des sujets  politiques, sociaux, religieux et humains qui ont été abordés sans ambiguïté. Certes, chacun dans le monde arabe et ailleurs pourra interpréter et commenter ce discours selon ses intérêts et ses passions. Il n'en demeure pas moins que des choses importantes et cruciales ont été dites et qu'il est utile de situer dans notre contexte libanais et arabe.En 2004, dans un volume spécial de la revue libanaise Histoire des Arabes et du monde sous le titre « Le christianisme et l'islam, message...
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