de vengeance est la première manifestation de la faiblesse. »
Gandhi
Tout le monde est intarissable dès lors qu'il s'agit de déterminer les torts d'Israël et la légitimité de sa riposte disproportionnée contre Gaza.
À qui revient la faute, qui a pris l'initiative des hostilités et pourquoi ?
Des questions taraudent l'esprit des laïcs européens. Ils condamnent la mort de civils palestiniens, mais voient dans cette guerre une lutte, une «croisade » contre le terrorisme incarné par le Hamas.
Accepter qu'un peuple se fasse massacrer sous n'importe quel prétexte n'est pas facile à admettre pour la conscience collective.
Pour expliquer le conflit, un rapide compte rendu des événements qui secouent cette partie du monde s'impose.
Tout commence cent ans avant avec l'arrivée massive de Juifs en terre de Palestine où vivaient depuis des siècles les Philistins, gens de la mer.
En 1917, la promesse Balfour faite aux Juifs par les Britanniques de leur octroyer un foyer national marque le début du projet d'une structure étatique juive. Promesse tenue et respectée, aux dépens des Arabes, sous le mandat britannique. Par la suite, il y aura les massacres des Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale, qui ont accéléré la réalisation de cette promesse. Des décennies auparavant, la communauté juive n'avait pas pardonné à la France la condamnation du capitaine Dreyfus, un scandale qui avait défrayé la chronique et inspiré à Émile Zola son fameux « J'accuse ».
Les Juifs prennent conscience de l'urgence de la création d'un État. Projet chéri par Herzl et illustré dans son livre L'État des Juifs. Le climat politique mondial était donc favorable à une solution favorable à la communauté juive. Ce faisant, l'Occident se rachète et passe sous silence des années de collaboration avec le régime nazi.
Reste à régler le problème du peuple palestinien, peu préparé à se constituer un État à lui, par manque de préparation et de cadres, les mandataires anglais n'ayant pas honoré leurs promesses à l'égard des Arabes.
La diaspora juive arrive des quatre coins du monde, porteuse de tout ce dont un État a besoin pour être viable : l'argent, grâce au fonds national juif crée par Herzl, la matière grise, des structures étatiques sous la houlette et l'appui des Britanniques et le soutien indéfectible du sionisme international.
Les Palestiniens s'opposent à cette invasion massive des immigrés qui les chassent de chez eux et qui auront recours à la violence. Le plus célèbre des massacres reste celui de Deir Yassine. Il a été perpétré par 120 combattants juifs de l'Irgoun et du Lehi. Menahem Begin était à la tête de l'Irgoun. Deir Yassine sera rasé à coups de bulldozer et rayé de la carte. C'est ce premier massacre des Palestiniens qui a favorisé l'exode.
C'est l'année de la « nakba », un mot traduit par catastrophe, une traduction infidèle car le sens véritable est « sinistre ». Les années qui s'ensuivent en expliquent davantage la signification : des millions de sinistrés palestiniens sans patrie sont déplacés, entassés dans des camps de réfugiés comme du bétail. Après cela, il y aura les guerres préventives, qui se succèdent à un rythme infernal : une guerre tous les trois ans.
Aujourd'hui, les choses sont compliquées par le fait que la bande de Gaza, un territoire palestinien occupé par Israël de 1967 à 2005 et l'un des plus densément peuplés au monde, se retrouve isolée depuis par un blocus.
Quelques années auparavant, en 1982, Israël lance l'opération « Paix en Galilée », officiellement dans le but de faire cesser les attaques palestiniennes de l'OLP basée au Liban-Sud. Une punition collective est en marche et presque tout le Liban est envahi. Les chars israéliens arrivent jusqu'à la capitale libanaise, Beyrouth. Malgré tout ce déploiement militaire, le président libanais, fraîchement élu, perd la vie dans un attentat meurtrier. S'ensuivra, alors que les Israéliens maintiennent le Liban sous leur joug, le massacre de Sabra et Chatila exécuté sous leurs yeux. Toutes les victimes étaient des civils (entre 1 000 et 3 000). Quelques semaines avant cette boucherie, le 21 août 1982, les combattants palestiniens étaient évacués du Liban.
De Deir Yassine, en passant par Cana 1996 puis Cana 2006, nous n'avons cessé d'être témoins d'une succession de massacres dont sont victimes essentiellement des civils.
Aujourd'hui encore, ces pratiques ne cessent pas. Bien pire, elles prennent de l'ampleur et leur auteurs cherchent à se doter d'une légitimité. Sous prétexte que des combattants du Hamas lancent des roquettes à proximité des écoles et des immeubles abritant des civils, ces sites sont bombardés et détruits alors qu'ils abritent des civils !
Al-Jazira, l'unique télévision à avoir bravé l'interdiction d'accès des médias imposée par Israël, filme Gaza sous les bombes et passe en boucle des scènes où l'on voit des cadavres d'enfants calcinés. Israël prétend que le Hamas utilise les civils comme boucliers humains, ce qui justifierait la mort de civils ! Ainsi donc la fin justifierait les moyens ?
En réalité, les Gazaouis sont pris en otages.
Étrangement, ces violations des droits de l'homme font penser à la prise d'otages de Neuilly-sur-Seine, alors que le président Sarkozy était le maire de cette banlieue chic de Paris. En bon responsable, il avait engagé des pourparlers avec le ravisseur pour sauver la vie des civils. Et après des heures de tractations, le forcené était neutralisé et les enfants échappaient au pire.
Les enfants palestiniens depuis six générations vivent un drame terrible. Pour s'en sortir, ils pactisent avec le diable, se suicident, se transforment en bombes humaines. Comme le noyé qui s'accroche à une pitoyable planche en attendant le salut.
Toutes les guerres menées contre les pays arabes ont été remportées par Israël sans pour autant que les objectifs soient atteints. Les tirs sporadiques sur les colonies juives continuent, la résistance locale n'est pas dissoute, le Hezbollah est plus fort que jamais, le Hamas malgré ses alliances douteuse reste un acteur non négligeable dans la vie politique régionale, d'autant plus qu'il est élu démocratiquement.
Cessons de construire des cloisons entre deux peuples qui ont intérêt à vivre en bonne intelligence. Arrêtons le mur de la honte, cette barrière de séparation construite par Israël. Et cessons surtout de croire qu'exterminer l'autre est la seule solution envisageable. La violence est la loi de l'animal, et la sagesse et le bon sens exigent des parties en conflit une paix durable et saine, au nom des valeurs humaines.
Les Palestiniens ont commis des erreurs dans la conduite de leur politique, des erreurs d'appréciation aussi, mais n'est-ce pas compréhensible venant d'êtres victimes des pires injustices et par ailleurs sans attaches ?
Soixante ans après, nous assistons aux mêmes problèmes. Des civils continuent à tomber des deux côtés, même si on déplore beaucoup plus de morts côté palestinien.
Vouloir régler la violence par la violence est un crime contre l'humanité et indigne d'un peuple qui a connu la même injustice. On dit que l'histoire n'est pas un éternel recommencement : elle se renouvelle infiniment, sauf que les rôles et les victimes changent.
Comment ne pas alerter l'opinion publique sur les conditions extrêmement difficiles des Palestiniens, privés d'eau, d'électricité, de médicaments, de nourriture et pilonnés à coups de bombes au phosphore interdites par la convention de Genève.
Aucune paix n'est possible sans l'acceptation de l'autre.
Depuis la création d'Israël, les réfugiés ou les déplacés se comptent par millions, les morts par milliers, et c'est loin d'être fini.
Le conflit israélo-arabe s'exporte partout dans le monde et fait perdre l'espoir d'une vie meilleure pour les belligérants.
À titre d'information, cette situation coûte aux États-Unis la bagatelle de deux milliards d'euros, somme versée à Israël pour assurer la protection et la survie de ses citoyens.
La politique israélienne fait étrangement penser au syndrome de Silverman ou syndrome des enfants battus. Souvent, ces enfants, devenus parents à leur tour, vont faire subir à leur progéniture, par fatalisme social, éducatif et psychologique, le même type d'éducation, faite de violence et de haine.
Pour conclure, un vœu sincère serait le bienvenu dans cette partie du monde où la haine a pris le dessus : que la paix habite les cœurs des Palestiniens et des Juifs, pour faire de cette région du Moyen-Orient la terre promise pour tous les justes : chrétiens, athées, laïques, musulmans, agnostiques.
C'est Gandhi, encore lui, qui le dit : « Une erreur ne devient pas vérité parce que tout le monde y croit, pas plus qu'une vérité ne peut devenir erreur lorsque personne n'y adhère. »
Myriam FARHOUD
Tout le monde est intarissable dès lors qu'il s'agit de déterminer les torts d'Israël et la légitimité de sa riposte disproportionnée contre Gaza. À qui revient la faute, qui a pris l'initiative des hostilités et pourquoi ?Des questions taraudent l'esprit des laïcs européens. Ils condamnent la mort de civils palestiniens, mais voient dans cette guerre une lutte, une «croisade » contre le terrorisme incarné par le Hamas.Accepter qu'un peuple se fasse massacrer sous n'importe quel prétexte n'est pas facile à...


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