Rappelons-nous qu'il y avait un défi lancé, en 1900, par Pierre Deschamps, à la lumière de son expérience à Madagascar. Il appelait alors de ses vœux à l'engagement de la société civile, qui s'organiserait pour faire hors de France œuvre d'éducation. C'est ainsi qu'il eut l'intuition de créer une « mission laïque ». On vit donc des laïcs, venus de l'Hexagone, entreprendre de réduire l'influence des missionnaires religieux et contribuer à la diffusion de « l'enseignement pour tous », notamment en direction des musulmans.
« Tolérance, égalité, fraternité » constituera le slogan de la Mission laïque française, appelée ultérieurement à jouer un rôle important en formant maintes générations à la vie socio-économique et politique du Liban, après l'ouverture de son premier collège au Liban en 1909.
Il est bien évident aussi que le slogan affiché, « l'enseignement pour tous », va incontestablement bouleverser l'échiquier socioculturel du pays et même former une génération qui se rattache à une société civile et non confessionnelle. La francophonie au Liban dispose alors d'importants atouts. Depuis des siècles, la France maintenait des rapports privilégiés avec le pays du Cèdre. À travers la Mission laïque française, elle va désormais consolider son héritage culturel, qui est aujourd'hui la pierre angulaire de l'éducation nationale libanaise, assurant une seconde place pour la langue française dans notre pays.
Au total, 770 000 élèves suivent aujourd'hui un enseignement en français, public ou privé. Ainsi, le Liban compte plusieurs établissements scolaires relevant de la MLF, notamment à Beyrouth (Verdun et Achrafieh), Tripoli, Nabatiyeh et Nahr Ibrahim. À cela s'ajoutent plusieurs accords de coopération, notamment avec les réseaux des écoles « Élite » et la Fondation Hariri.
L'enjeu voulu à long terme par la MLF au Liban s'inscrit dans le cadre d'une logique stratégique. Le renforcement de la francophonie libanaise, en même temps que la construction d'un système éducatif de qualité, fait du Liban un phare, et même un laboratoire culturel dans la région.
Quoi qu'il en soit, pour la France, il s'agit de faire vivre un héritage et de maintenir un pôle au Moyen-Orient. Pour le Liban, il s'agit de former une génération future qui pourra assurer de nouveaux cadres destinés à se placer au service de l'évolution du pays.
Les deux chemins se croisent, au service aussi de l'être humain.
Walid ARBID
Professeur à l'Université libanaise, avocat à la Cour de Beyrouth, président de l'Association des universitaires libanais diplômésdes universités françaises
(AULUF)


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