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Actualités - Opinion

Les pièges redoutables de la métathèse Pr Antoine COURBAN

La métathèse est un événement phonétique qui consiste à modifier la position d’une lettre dans un mot. En général, une telle transposition s’opère par commodité comme dans le cas de «?fromage?» qui est issu du terme «?formage?». Parfois, cela engendre deux termes au sens différent malgré la parenté phonétique. C’est justement le cas du fameux vocable arabe kanaf dont la classe politique nous gargarise depuis que le ministre Nassib Lahoud a livré bataille pour que la déclaration ministérielle dise clairement «?au sein de l’État?», ou «?kanaf al-dawlat?». Cette déclaration a fini par «?rendre justice à la Résistance?», selon sayyed Hassan Nasrallah, et l’expression «?kanaf al-dawlat?» a été supprimée du document officiel. Il est regrettable qu’on ait renoncé au kanaf qui, en arabe, signifie «?havre protecteur fourni par un fort à un plus faible?», ce que la traduction par «?sein?» indique tant au premier que dans les autres degrés sémantiques. On peut trouver mille et une raisons pour expliquer cette lacune inattendue. Il est probable que les rédacteurs du document ont dû se rendre compte du fait que, par métathèse, kanaf (sein) devient kafan (linceul). Dès lors, ils se seraient trouvés devant la quadrature du cercle pour bien distinguer «?kanaf al-dawlat?» (le sein de l’État) et «?kafan al-douwaylat?» (le linceul du contre-État ou de l’état-au-sein-de-l’État). Le «?sein contre le linceul?»?? Il n’y a rien de répréhensible à une telle expression d’ailleurs fort sympathique. Le tout est de pouvoir bien discerner dans quel sens s’opère cette promiscuité du kafan et du kanaf. En termes de registres du sens, nous sommes en présence de plusieurs cas de figure?: • Un sens polémique où le kanaf al-dawlat se trouve dans une lutte au corps-à-corps avec le kafan al-douwaylat. • Un sens globalisant où le kanaf al-dawlat voudrait tendrement englober, comme une mère berce son enfant sur sa poitrine, le kafan al-douwaylat. Mais là, on se trouverait face à une situation des plus inattendues car cela équivaudrait à imaginer qu’on puisse ingurgiter ses propres vêtements. • Un sens allégorique mais qui n’en reflète pas moins la justesse de la situation réelle des deux protagonistes kanaf et kafan. En effet, il est beaucoup plus naturel d’imaginer un linceul (kafan) recouvrant paisiblement un sein (kanaf). Ainsi, l’absence de la référence au kanaf al-dawlat indiquerait tout simplement l’absence définitive de la dawlat (l’État) en tant que corps vivant. Guéri de tous ses maux, ce corps repose enfin en douceur, inerte et apaisé, recouvert du linceul que constitue pour lui la douwaylat (le contre-État). Article paru le vendredi 22 août 2008
La métathèse est un événement phonétique qui consiste à modifier la position d’une lettre dans un mot. En général, une telle transposition s’opère par commodité comme dans le cas de «?fromage?» qui est issu du terme «?formage?». Parfois, cela engendre deux termes au sens différent malgré la parenté phonétique. C’est justement le cas du fameux vocable arabe kanaf dont la classe politique nous gargarise depuis que le ministre Nassib Lahoud a livré bataille pour que la déclaration ministérielle dise clairement «?au sein de l’État?», ou «?kanaf al-dawlat?». Cette déclaration a fini par «?rendre justice à la Résistance?», selon sayyed Hassan Nasrallah, et l’expression «?kanaf al-dawlat?» a été supprimée du document officiel.
Il est regrettable qu’on ait renoncé au kanaf qui, en arabe,...