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ASSOCIATIONS - Élu président de l’AILF, il a également reçu la médaille de chevalier des Arts et des Lettres Michel Choueiri?: «Les libraires, ces passeurs de culture»

CHRONOLOGIE
03/04/2008
L’un de ses objectifs prioritaires est de défendre les intérêts et de promouvoir l’image de la librairie francophone, maillon indispensable pour la diffusion de la culture française. Avec ses 150 adhérents du monde entier, l’Association internationale des libraires francophones (AILF) organise pour cela des formations, facilite l’accès aux outils de travail du libraire, informe et rassemble. Michel Choueiri, directeur de la librairie al-Bourj, vient d’en être élu le président. Ce dynamique libraire, qui œuvre en silence et avec une grande modestie, a également reçu la médaille de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres du ministère français de la Culture (voir encadré). L’AILF a été lancée officiellement le 27?mars 2002, lors du Salon du livre de Paris, dans le prolongement du colloque qui avait réuni à Beyrouth, en marge du sommet de la francophonie, en octobre 2001, une trentaine de libraires invités par l’Agence intergouvernementale de la francophonie et le BIEF. Quelle est l’importance de créer une telle association?? «?Tout d’abord, pour contribuer à la sauvegarde de la francophonie, note Michel Choueiri. Et, ensuite, pour renforcer le réseau de la librairie francophone partout dans le monde, en instaurant des mécanismes de solidarité et de partage des compétences, dans une optique multilatérale.?» Et de préciser?: «?Notre association s’intéresse à toute la chaîne professionnelle de la librairie, du contact avec les éditeurs, en passant par les achats, le transport, la gestion du stock, jusqu’à la formation des libraires et l’aménagement de leurs magasins. Car une librairie est attractive si les fournisseurs respectent les échéances afin que les derniers titres parus parviennent sur les étalages à temps. De plus, le pouvoir d’achat étant moindre dans les pays du Sud, il est important de favoriser la coédition avec des maisons françaises. Au Liban, par exemple, Acte-Sud nous fait bénéficier de réductions de 35 % sur tous les auteurs arabes.?» Plus précisément, l’AILF entend poursuivre les buts suivants?: sortir les libraires francophones de leur isolement, particulièrement ceux qui sont installés dans des pays du Sud où leur nombre restreint ne leur permet pas de se regrouper?; recenser les besoins des libraires francophones dans leurs rapports «?centre/périphérie?», collecter, filtrer et diffuser l’information susceptible d’intéresser ses membres. Elle vise également à développer les liens de solidarité entre libraires du Nord et du Sud, comme entre libraires Sud-Sud et Nord-Nord, à défendre les intérêts et promouvoir l’image de la librairie francophone, maillon indispensable pour la diffusion de la culture française (au sens large, y compris les spécificités nationales) et du livre comme vecteur de cette culture. Et, bien sûr, fournir à ses membres les moyens par lesquels des standards professionnels du métier de libraire peuvent être développés et améliorés au niveau de la francophonie. «?Le Bureau international de l’édition française, dépendant lui-même du ministère français de la Culture, nous soutient autant que l’Organisation intergouvernementale pour la francophonie, ajoute Choueiri. Nous formons surtout, autour de 250 librairies, une seule voix, car nous sommes dispersés géographiquement. Nous nous entraidons en organisant des stages et formations pour mieux connaître le monde de l’édition.?» L’AILF œuvre pour étendre dans tout l’espace francophone un réseau de librairies professionnelles de qualité. Forte aujourd’hui de 150 librairies réparties dans toute la sphère francophone, l’AILF engage des partenariats et axe ses actions sur les pôles prioritaires qui sont?: la formation de ses membres en partenariat avec le BIEF, l’appui technique à la professionnalisation par l’acquisition d’outils bibliographiques et par l’informatisation, la communication en réseau, l’engagement dans des actions collectives de promotion du livre et de la lecture. Par exemple, chaque année, en novembre, une formation est dispensée aux libraires des régions du Proche et du Moyen-Orient. «?Nous ne voulons pas en faire des importateurs du livre. Mais il est important qu’ils sachent gérer leur stock, faire leur choix, répondre aux besoins de leurs clients. Être libraire ne se limite pas à la vente de livres scolaires pour deux ou trois mois et le reste du temps vendre de la papeterie et de la gadgeterie.?» Les conditions?pour devenir membre de l’AILF ? Avoir une section francophone dans sa librairie et assurer une cotisation annuelle de 75 euros. Les avantages sont à l’évidence nombreux. «?Outre les stages de formation (auxquels les membres ont un accès libre), l’AILF tente d’assurer les meilleures conditions de transport et négocie pour réduire le prix du livre. L’association organise également des expositions, participe aux Salons, organise des jumelages, accompagne les libraires dans l’aménagement et la gestion du stock?», résume Choueiri qui compte poursuivre le chemin tracé par ses précurseurs. «?Mes deux prédécesseurs, Agnes Debiage et Philippe Goffe, ont fait un très bon travail. Je m’engage à maintenir les acquis. À développer les projets en cours et à en créer d’autres.?» Parmi ses priorités?: développer les livres francophones Sud-Sud et Sud-Nord. «?La plus grande partie des livres importés ici est distribuée par la France (même ceux qui sont à l’origine belges, suisses ou africains). Mais il existe beaucoup d’ouvrages qui ne sont pas connus chez les uns et les autres?», indique le nouveau président de l’AILF. Solidarité et partage des compétences. Voilà donc les deux piliers sur lesquels l’AILF base son action. «?Mais le libraire n’est pas seulement un commerçant, il est aussi un passeur de culture. C’est également cet aspect du métier que nous voulons développer?», conclut Michel Choueiri. La cérémonie C’est au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée au Centre national du livre à Paris que Benoît Yvert, directeur du Livre et de la lecture et président du CNL, a remis à Michel Choueiri la médaille de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres du ministère français de la Culture. «?Je suis vraiment très honoré et ému par cette décoration », a noté Michel Choueiri dans un mot de circonstance prononcé au cours de la réception. Il a également tenu à remercier, du fond du cœur, ceux qui lui ont octroyé cette médaille, à savoir la ministre française de la Culture, Christine Albanel, Benoît Yvert et son équipe, ainsi que l’État français. Mais aussi «?ceux sans qui je ne serais pas libraire aujourd’hui, et fier de l’être : mes parents libraires, ma mère qui nous a quittés trop tôt, et mon père, ici présent ; mon oncle Adib Choueiri, lui aussi libraire... et mes associés, Ghassan, Chadia et Rhéa Tuéni, qui ont cru en moi et qui me donnent toute la confiance et, bien entendu, ma femme et mes deux enfants. » Choueiri a également souhaité partager cette médaille avec celui qui a été son principal concurrent puis son collègue et maintenant son ami et complice, Nadim Tarazi. «?Bien entendu, je n’oublierais jamais le soutien que j’ai eu, dans mes moments les plus difficiles, des éditeurs et distributeurs français de la centrale de l’édition en la personne d’Hervé Gruénais…?» «?Notre métier de libraire ne se limite pas au commerce du livre et de la diffusion de l’écrit et de la culture, a-t-il poursuivi. C’est faire aussi du militantisme et de la politique. Au Liban, c’est aussi de la résistance face à l’occupation étrangère, de la résistance face à l’occupation de nos esprits par nos politiciens, tous nos politiciens. Plus un libraire fait son travail, plus un peuple lit. Donc plus il s’enrichit, plus il est capable de juger, de dialoguer et de s’ouvrir aux autres en partageant avec eux. Nous, libraires, tenons des armes redoutables et indestructibles. Elles défient les guerres, les conflits, le racisme, le confessionnalisme, la violence... L’AILF en est la preuve. » Michel Choueiri a conclu en estimant que «?cette médaille n’est pas tant une reconnaissance pour son travail accompli qu’un encouragement à persévérer en espérant être à la hauteur. » Maya GHANDOUR HERT

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