Il y a des chiffres qui leurrent. Par exemple, le ministère des Finances, commentant les chiffres du budget pour le mois de juillet 2006 qu’il vient de sortir, indique que le déficit a atteint 33 % des dépenses. Ce qu’il ne dit pas, par contre, c’est que ceci veut dire que ce même déficit représente 50 % des recettes. Simple calcul arithmétique. Or ce dernier pourcentage est beaucoup plus éloquent car il souligne de manière plus réaliste la gravité de la situation. En effet, si on dépense plus qu’on ne gagne, il est important de comparer le dépassement à ce que l’on gagne et non pas à ce que l’on dépense. C’est comme cela que fait tout bon père de famille, c’est comme cela que raisonne n’importe quelle banque pour consentir un crédit : « Qu’est-ce que vous gagnez ? » demande-t-elle, et non pas « Qu’est-ce que vous dépensez ? ».
Il y a aussi des notions qui leurrent. Par exemple, ce que l’on appelle le déficit primaire. Tout le monde est content de savoir que depuis quelque temps, les efforts du ministère pour augmenter les recettes et contrôler les dépenses ont transformé le déficit primaire en surplus. Efforts louables certes, mais... en quoi consiste au juste le déficit (ou le surplus) primaire ? C’est tout simplement la différence entre les dépenses et les recettes, avant de prendre en compte le montant des intérêts que l’État paie chaque année parce qu’il est endetté. C’est donc le résultat des comptes de l’État s’il n’y avait pas de dette ! Quand ce résultat est excédentaire, c’est bien, un certificat de bonne conduite en quelque sorte. Pas plus !
Mais malheureusement, la dette est bien là, réelle. Et il faut absolument honorer nos engagements envers nos créanciers. Donc payer les intérêts de la dette. Sans oublier bien sûr de rembourser le principal de la dette à son échéance, mais ceci est une autre histoire car le repaiement du principal est traité... hors budget.
La structure du budget libanais n’est pas transparente. Pour rendre le budget plus clair et plus efficace en tant qu’instrument de politique financière et économique, il faudra commencer par le diviser en deux : le budget courant et le budget d’investissement. Le budget courant, comme son nom l’indique, comprend les recettes normales (impôts directs, TVA, droits de douane et autres taxes et revenus) et toutes les dépenses de fonctionnement et de gestion. Le budget d’investissement comprend les dépenses en capital (reconstruction, équipements, etc.) et leur financement. Le financement provient de l’excédent du budget courant s’il existe, mais surtout des aides et des prêts consentis par la communauté internationale pour la reconstruction ainsi que des prêts contractés par l’État à des fins d’investissement.
Cette distinction entre les deux budgets est primordiale, car s’il est totalement justifié d’emprunter pour reconstruire et investir, il est absolument injustifié d’emprunter pour payer des salaires ou des loyers ou des facteurs d’électricité (les recettes propres de l’État doivent suffire à régler tout cela).
Il faudrait donc revoir d’urgence la structure actuelle du budget afin de faire apparaître le déficit du budget courant. Une politique éclairée se doit d’œuvrer à réduire progressivement le déficit courant en vue de le transformer à terme en un excédent qui servira à financer, du moins en partie, le budget d’investissement. C’est l’excédent courant, et non pas l’excédent primaire, qui servira en dernière analyse à réduire la dette publique.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a des chiffres qui leurrent. Par exemple, le ministère des Finances, commentant les chiffres du budget pour le mois de juillet 2006 qu’il vient de sortir, indique que le déficit a atteint 33 % des dépenses. Ce qu’il ne dit pas, par contre, c’est que ceci veut dire que ce même déficit représente 50 % des recettes. Simple calcul arithmétique. Or ce dernier pourcentage est beaucoup plus éloquent car il souligne de manière plus réaliste la gravité de la situation. En effet, si on dépense plus qu’on ne gagne, il est important de comparer le dépassement à ce que l’on gagne et non pas à ce que l’on dépense. C’est comme cela que fait tout bon père de famille, c’est comme cela que raisonne n’importe quelle banque pour consentir un crédit : « Qu’est-ce que vous gagnez ? » demande-t-elle, et non pas «...