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PORTRAIT - Le nouveau président du bureau de la faculté de droit de l’USJ Marwan Maalouf: Le changement, dans la continuité des mêmes causes(photo)

REPORTAGE
12/11/2004
Il a été élu d’office président du bureau de la faculté de droit au sein de l’amicale estudiantine de l’Université Saint-Joseph, une première depuis la reprise des activités de l’amicale durant l’année 1999-2000 (son adversaire, Nemr Farhat, a finalement renoncé à se porter candidat). On le dit «de gauche». Marwan Maalouf ne désapprouve pas, même s’il juge que les temps ne sont pas vraiment propices à mettre en place des lignes de démarcations politiques et idéologiques entre des courants qui sont, à l’heure actuelle, mobilisés pour une multitude de causes similaires. Marwan Maalouf (21 ans) a fait ses études au Collège Notre-Dame de Jamhour (sciences de la vie et de la terre, option biologie). À contresens, il a ensuite choisi de devenir juriste. Pourquoi? « J’ai envie de devenir diplomate ou bien de militer dans le cadre d’une organisation internationale, et le droit représente pour moi la formation idéale pour atteindre ces objectifs», dit-il. En quête de justice, au sens universel du terme? «Oui, c’est vrai. Je refuse toutes les injustices. Mieux encore, je refuse cette banalisation de l’injustice au fil des siècles qui a, dans un certain sens, asservi l’homme, l’a conduit à tolérer, à accepter, de manière systématique, une renonciation sans cesse renouvelée de cette justice qui lui revient de droit», répond-il. Depuis son entrée à l’Université Saint-Joseph, dans le cadre de l’année universitaire 2001-2002, Marwan Maalouf n’a cessé de militer, de différentes manières, à plus d’un niveau. Avant même de faire ses premiers pas sur les campus, il adhère à Offre-Joie, l’association fondée par l’avocat Melhem Khalaf. Pourquoi Offre-Joie? «À dix-huit ans, l’action politique tient encore du rêve. D’autant qu’au Liban, pour faire de la “politique”, au sens traditionnel du terme, quand on est jeune, il faut appartenir à une famille politique ou à un parti conservateur. Les partis au Liban sont quasiment tous conservateurs, qu’ils soient de “gauche ou de droite”. D’ailleurs j’aimerais bien que l’on m’explique la teneur de ce classement ubuesque entre gauche et droite. Cela ne veut absolument rien dire. De toute façon, cette politique traditionnelle ne m’intéressait pas. J’avais hâte de vouloir changer les choses», affirme le nouveau président. Et de poursuivre: «Offre-Joie est une association laïque, créée durant la guerre pour dire “non” à la guerre, “non” au confessionnalisme et à tout projet autre que le Liban unitaire. Pour moi, il y a actuellement deux luttes à mener. La première est d’ordre social. Je suis conscient du rôle important que les élites sont amenées à jouer à l’avenir. Mais j’ai tendance à penser qu’il faut diffuser la culture autant que possible dans les milieux populaires. Si le pacte de 1943 a échoué au Liban, dans le sens où il a débouché sur une guerre, c’est parce qu’il a été conclu entre des élites qui n’étaient pas suffisamment représentatives de leurs milieux populaires. L’idéal serait d’éviter une reproduction d’un tel cas de figure et d’agir pour créer une adéquation entre les classes populaires et leurs élites. Par conséquent, il est nécessaire de mener une action pour diffuser autant que possible des valeurs socioculturelles et politiques, comme les valeurs démocratiques, les droits de l’homme, les libertés publiques, la justice sociale... Cela passe nécessairement, cela va de pair, avec une deuxième sorte de lutte: la résistance culturelle. Il est important d’inciter, par le biais de la culture, les jeunes à se mobiliser dans les universités pour qu’ils deviennent des vecteurs de changement au sein de leur environnement. Offre-Joie constitue une école de formation qui mène, à travers des projets concrets, à la réalisation de toutes ces idées.» Retrait syrien, résistance culturelle et modernité Durant ses quatre années de militantisme sur les campus, Marwan Maalouf est élu deux fois membre de l’amicale. Il s’associe à des noms qui auront marqué la scène politique estudiantine: Marc Makary (2001-2002), puis Rami Azzam (2002-2003) et, enfin, Hanna Chalhoub (2003-2004). «Le parcours que j’ai suivi est cohérent. Ces trois personnes, si elles proviennent de milieux et de sensibilités politiques différents, ont néanmoins une cause commune: créer un mouvement estudiantin efficace et transparent, qui puisse représenter tous les étudiants et non pas quelques leaders traditionnels, et qui puisse jouer le rôle de catalyseur en vue de faire émerger de nouvelles idées, loin de tous les clichés du désert intellectuel et politique de l’après-guerre», affirme-t-il. Et d’ajouter: «Durant ces quatre dernières années, ce courant a été très combattu par certains courants traditionnels. Il a même été diabolisé. Nous voulons dire que nous aussi sommes des opposants. Nous aussi nous voulons, en priorité, le retrait syrien, le rétablissement de la souveraineté, la fin de l’État sécuritaire, la recomposition du tissu social libanais et le retour de l’État de droit. La seule différence se situe au niveau des moyens à employer pour y aboutir. Nous sommes persuadés, à la lumière de plusieurs années d’expérience, qu’une série de projets concrets, portant sur des sujets fondamentaux qui touchent de près les Libanais, sont plus efficaces que les slogans. À titre d’exemple: l’abolition ou la réforme du service militaire constitue pour les jeunes une préoccupation majeure. Il en est de même pour la carte d’étudiant. La renaissance de l’agriculture et de l’enseignement supérieur au Liban est une cause importante pour nous. Notre but, à court terme, est de fédérer les étudiants, dans le respect de leurs appartenances et de leurs sensibilités politiques diverses, autour de causes communes: elles sont certes d’ordre politique, mais aussi d’ordre social et culturel. À long terme, nous voulons créer un mouvement qui puisse orienter définitivement le Liban vers la modernité . La jeunesse du Liban aspire avant toute chose à vivre dans un État moderne», souligne-t-il. Quel doit-être le rôle de l’Université Saint-Joseph dans le cadre de la renaissance de ce mouvement estudiantin? Pour Maalouf, la réponse est claire: «Il y a certainement des différences, pour ce qui a trait au style de lutte, dans les rangs des étudiants à l’USJ. L’important est de savoir comment la nouvelle amicale assumera son rôle de jonction entre les étudiants et l’administration. Si les étudiants ne commencent pas à avoir un sentiment réel d’appartenance à leur faculté, ils ne se sentiront probablement pas mobilisés par nos luttes nationales. L’université est le terrain d’éveil au politique, au sens civique du terme. Par ailleurs, l’USJ est une université résistante. Mais elle ne doit plus être la seule à résister. Il faut s’ouvrir aux autres campus, favoriser un échange d’idées, relancer le débat interuniversitaire. C’est le seul moyen d’aboutir à un front estudiantin démocratique, pluriel et solidaire des mêmes causes ». M.H.G.

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