La visite à Beyrouth de l’adjoint du ministre des Affaires étrangères iranien Saïd Khatibzadeh montre principalement deux choses : l’importance du Liban, et donc forcément du Hezbollah, pour le pouvoir iranien, ainsi que la volonté claire de ce dernier d’améliorer ses relations avec les autorités libanaises, après la crise de Mohammad Riza Chibani. Ce dernier a d’ailleurs assisté à une grande partie des réunions de Khatibzadeh avec des parties libanaises, mais sans être présenté sous le titre d’ambassadeur. Il est clair que les parties libanaise et iranienne ont décidé de laisser le temps régler cette question et de ne pas chercher à en faire un sujet de conflit. Le coup de fil entre le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et le président de la République, qui a précédé cette visite, était déjà un indice de la volonté conjointe des deux parties d’assainir leurs relations. Et, aujourd’hui, alors que les négociations directes avec Israël semblent piétiner en attendant les grandes échéances électorales, l’Iran et le Liban souhaitent visiblement ne pas laisser leurs divergences apparaître au grand jour, dans un contexte aussi complexe.
Dans ce climat d’attente, l’essentiel de la rencontre entre Khatibzadeh et des figures médiatiques a porté sur la situation internationale et régionale et sur les possibilités de déclenchement d’un nouveau round de violence. Saïd Khatibzadeh a reconnu que la situation est compliquée et que, d’après lui, les Américains et les Israéliens souhaitent poursuivre la guerre, mais il a ajouté que cela n’empêche pas l’Iran de vouloir l’éviter tout en se préparant au pire. Se référant à un document élaboré lors du premier mandat de Donald Trump en 2017 et placé sous le titre de la sécurité nationale américaine, il a expliqué que la vision américaine du monde serait hégémonique et elle considère qu’il y a d’un côté les États-Unis et ceux qui évoluent dans son orbite (il place l’Europe sous ce titre) et de l’autre la Russie et la Chine. Dans cette classification, l’Iran et la Corée du Nord sont des ennemis de second rang. Mais il ajoute que, dans son second mandat, Donald Trump a modifié cette approche sous le titre d’« America First », qui définit les menaces qui pèsent sur les États-Unis. Dans cette nouvelle approche, l’Iran est carrément placé dans le camp de la Russie et de la Chine. C’est dans ce cadre qu’il a expliqué ce qu’il a appelé « la guerre américaine contre l’Iran » qui vise en fait à détruire ce pays, avec tous ses alliés, avant de se tourner vers d’autres pour finir dans le combat contre la Chine. Ce n’est donc pas l’Iran qui a commencé la guerre contre les États-Unis, mais ces derniers, souligne-t-il, et c’est donc à eux qu’il faut demander s’il y a un nouveau round de violence prévu. « Le problème avec les États-Unis, a-t-il déclaré, c’est qu’on ne peut pas leur faire confiance, puisque, à deux reprises, les négociations allaient aboutir ( il y avait même eu la signature du mémorandum d’entente dans le cadre du processus d’Islamabad) et, à chaque fois, ce sont eux qui ont décidé de reprendre les attaques », ajoute-t-il. Et de souligner qu’aujourd’hui, il y a peu de chances que les négociations en cours aboutissent, en raison justement des expériences précédentes. Selon lui – et il semble ici répondre aux déclarations de Donald Trump dans lesquelles celui-ci affirme ne pas savoir qui prend actuellement les décisions en Iran –, le pouvoir est divisé aux États-Unis en trois courants, et il est difficile de mener des négociations, car ces trois groupes ont des intérêts contradictoires et ce que fait l’un est saboté par l’autre. « Nous sommes face à une nouvelle phase dont les contours sont imprécis, dit-il. Il faut donc se préparer au pire tout en faisant en sorte qu’il n’ait pas lieu. » Selon lui, l’accord de La Mecque (Pakistan, Arabie saoudite et Turquie) n’est pas une nouvelle alliance qui va changer la région, mais un accord limité qui ne peut pas s’inscrire dans la durée. Et d’estimer que le conflit entre l’Arabie et les houthis au Yémen est un « événement important qu’il faut essayer de régler au plus vite ».
Concernant le Liban, Saïd Khatibzadeh estime que les négociations libano-israéliennes sous parrainage américain ne mènent nulle part. « Mais le Liban n’est pas abandonné, puisque l’Iran cherche à l’aider et exige qu’il fasse partie de tout accord qui pourrait être conclu », affirme-t-il. Et d’insister que pour la République islamique « le Liban est une ligne rouge ». Au sujet de la relation avec le Hezbollah, que certains au Liban considèrent comme une division iranienne, Saïd Khatibzadeh rappelle que le Hezbollah est né à cause de l’occupation israélienne en 1982 et « l’aide que lui a apportée l’Iran s’inscrit dans le cadre du soutien de la République islamique à la cause palestinienne et à celle de la résistance ». Selon lui, il n’y a pas de relations hiérarchiques entre l’Iran et le Hezbollah, et ce dernier prend seul ses décisions conformément à ce qu’il juge être ses intérêts. Il a aussi raconté sa dernière visite au Liban lorsqu’il s’est rendu chez le chef du Hezbollah à l’époque, Hassan Nasrallah, « pour écouter ses conseils et s’informer sur ses orientations et ses intentions ». Une façon de dire que l’Iran ne donne pas ses instructions au Hezbollah, au moment où selon de nombreux témoignages, l’emprise de ce pays sur la formation chiite devient de plus en plus grande. Il a aussi expliqué que les relations de l’Iran avec le Liban pourraient être « un facteur de stabilité interne (pour le Liban) et créer une sorte d’équilibre face à d’autres influences », insistant sur le fait que son pays « ne veut pas être un facteur de déstabilisation ».
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