L’équipe de Promofair posant à l'entrée du Salon, le 8 octobre 2026. Photo Promofair
Youmna Nahas fait partie de l’équipe de Promofair qui a été au cœur du Salon Experia, une plateforme de rencontre entre les différents acteurs de la tech et de l’innovation au Liban, leurs futurs partenaires et leur public. Elle revient pour L’Orient-Le Jour sur le bilan de l’événement, dans un contexte où, en dépit de l’instabilité sécuritaire et politique, l’innovation technologique poursuit sa marche en avant, au Liban comme à l’international.
Le Salon Experia, consacré à la tech et à l’innovation libanaise, qui s’est tenu au Forum de Beyrouth du 8 au 10 octobre, a-t-il atteint les objectifs que s’était fixés Promofair ?
Alors que nous attendons encore certains résultats, je peux d’ores et déjà dire oui. Nous avons attiré plus de 7 000 visiteurs en trois jours et plus de 100 exposants : start-up et incubateurs, PME et grandes entreprises, universités et institutions publiques, tous engagés dans l’innovation et la tech. Les retours ont été très positifs dans les médias, sur les réseaux sociaux et à travers de nombreux messages de nos clients, de nos partenaires et des intervenants de la quarantaine de sessions, qui réunissaient hauts responsables, chefs d’entreprise et experts reconnus.
Côté compétitions, parmi plus de 55 start-up, Alpha Lab a remporté le concours de pitch organisé avec Endeavor et le Lebanese Angel Investor Network (LAIN), assorti d’un prix de 100 000 dollars en prise de participation au capital. Consacrés à la santé et à l’éducation, les deux hackathons, menés aux côtés de SmartESA, de l’Université de Balamand et de 42 Beirut, ont réuni plus de 80 participants autour de 21 projets développés en moins de 72 h. En parallèle, plus de 66 000 votes ont été comptabilisés pour les Live Love Awards, qui récompensaient des organisations et des personnes pour leur impact culturel, social et environnemental.
Au Central Hub, des sessions de reverse matchmaking (rencontres où les entreprises identifient des partenaires potentiels, NDLR), organisées avec le Lebanese Private Sector Network (LPSN), ont permis à des entreprises de toutes tailles d’identifier des opportunités de collaboration. Enfin, le Salon s’est ouvert à l’international, avec entre autres un pavillon organisé par la Chambre de commerce franco-libanaise (CCFL), qui a réuni une dizaine d’acteurs de la tech venus de l’Hexagone.
Ces résultats sont le fruit d’un effort collectif : l’engagement de toute l’équipe de Promofair à chaque étape, et l’enthousiasme et la créativité des exposants, partenaires et sponsors, qui ont donné vie au Salon. Je tiens aussi à remercier le ministère de la Technologie et de l’Intelligence artificielle, et en particulier Kamal Shehadi, pour leur précieux soutien et leur collaboration active tout au long du projet.

Vous avez été au cœur de l’organisation de cet événement qui se voulait plus interactif qu’un Salon professionnel classique. Pourquoi ce choix ?
Le projet Experia a commencé à prendre forme fin 2025. Le point de départ : rendre la technologie et l’innovation plus accessibles, alors que le rythme et l’ampleur de leurs évolutions peuvent sembler intimidants, y compris au Liban. Le Salon s’articulait autour de quatre univers pour montrer concrètement comment la technologie transforme notre quotidien, notre travail, notre environnement et nos services publics.
J’ai toujours été passionnée par l’apprentissage par le jeu, un intérêt que j’ai notamment développé lorsque je travaillais pour le groupe LEGO. Des Salons internationaux comme VivaTech, GITEX, CES ou ChangeNOW m’ont aussi inspirée et m’ont donné envie d’explorer d’autres façons de vivre l’innovation. Ils m’ont convaincue de défendre un format plus interactif et ludique. C’est tout le sens du nom Experia, pensé pour créer un monde d’expériences, et de son sous-titre, « Innovation Playground ».
Je voulais aussi donner à Experia une identité bien à lui. De la scénographie à l’aménagement des stands, tout a été pensé pour créer cette atmosphère engageante et interactive. Il fallait que le Salon parle autant aux acteurs du secteur qu’au grand public, tout en offrant aux entreprises l’occasion de nouer des partenariats, de développer leur réseau et d’obtenir un retour sur investissement.
Ce Salon Experia est-il le premier d’une série ?
Nous avons l’ambition de ne pas nous arrêter à cette première édition, d’autant que beaucoup de participants nous ont confié que le Salon leur avait redonné espoir en l’avenir du pays. Le succès de ce lancement et la qualité de la collaboration avec les différents acteurs nous ont confortés dans l’idée qu’une deuxième édition était envisageable.

Je pense aussi qu’il y a un vrai besoin pour ce type de manifestations, parce que les évolutions technologiques sont de plus en plus rapides et qu’il n’est pas toujours facile de comprendre ce qu’elles impliquent concrètement dans nos vies. Il faut aussi créer davantage d’occasions pour que les jeunes, les entrepreneurs, les investisseurs et les décideurs puissent se rencontrer, échanger et trouver des pistes de collaboration et d’accompagnement. L’enjeu est de ne pas parler uniquement des technologies de demain, mais aussi de ce qu’elles peuvent apporter dès aujourd’hui.
En quelques années, l’IA est passée de simple curiosité à outil omniprésent, s’imposant dans presque toutes les start-up et les innovations des grandes entreprises. Ses possibilités fascinent autant que la dépendance qu’elle crée inquiète. Faut-il freiner ou prendre le train en marche ?
C’est une bonne question et ce n’est pas évident de se projeter trop loin, compte tenu de la vitesse à laquelle tout cela progresse depuis quelques années. Je pense que la clé est de ne pas ignorer ni combattre cette tendance, puisqu’elle touchera la plupart des secteurs, certains plus que d’autres, mais de garder un esprit critique et de prendre le temps d’intégrer les changements apportés.
L’objectif est de trouver un équilibre : confier certaines tâches à l’IA sans perdre le savoir-faire humain qui a permis de la concevoir. Au fond, l’enjeu tient moins à l’IA elle-même qu’à la manière dont on l’adopte : prendre le temps de la comprendre plutôt que de céder à la précipitation. C’est ce que nous avons voulu proposer avec Experia : un espace pour découvrir ces technologies, les expérimenter et s’en faire une opinion éclairée. Enfin, il est essentiel de renforcer la responsabilité des acteurs et l’encadrement réglementaire, pour protéger les personnes comme les organisations.
À une échelle plus globale, le Liban, petit pays riche de ses talents, a tout intérêt à saisir la dynamique actuelle pour trouver sa place dans le paysage que l’IA est en train de redessiner.
