Photo fournie par XFOLIO
À la fin des années 2000, un ancien diplômé de la faculté de gestion de l’Université Saint-Joseph, passé par Saint-Gobain et la holding Bolloré, lançait une start-up proposant une solution innovante en matière de gestion des flux de trésorerie. Après avoir revendu son entreprise à un groupe du Nasdaq en 2021 et pris quelques années de recul, Anis Rahal s’est lancé dans un nouveau projet, toujours dans la fintech, un domaine qu’il ne parvient pas à lâcher. Il se confie à L’Orient-Le Jour.
Anis Rahal, après quelques années de pause, vous avez décidé de lancer une nouvelle start-up, XFOLIO, qui développe une nouvelle plateforme de gestion. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans ce nouveau projet ?
En 2021, au moment du rachat pour 38 millions de dollars de TreasuryXpress, la plateforme de gestion de trésorerie en ligne que nous avions développée depuis 2009, j’ai rejoint le groupe Bottomline Technologies comme directeur de la stratégie pour les activités du département Treasury.
Je suis resté un peu plus d’un an et demi avant de décider de partir, car je sentais que j’avais fait le tour, et j’avais envie de trouver de nouveaux défis et de nouvelles passions.
Bien que j’aie suivi un cursus et un parcours professionnel dans la finance, je n’aime pas vraiment ce domaine même si j’apprécie le fait qu’il offre des opportunités de très bien gagner sa vie. L’ironie, c’est qu’en trois ans, j’ai fini par réaliser que je ne pouvais travailler que dans la fintech, que je n’étais vraiment bon que pour ça.
J’ai donc décidé de remettre le pied à l’étrier avec ma nouvelle start-up, XFOLIO, qui propose une autre solution de gestion financière.
Est-ce que XFOLIO s’inscrit dans le prolongement de TreasuryXpress, ou privilégie-t-il une autre approche ?
C’est une autre approche. L’idée de départ de ma première start-up était de concevoir un outil permettant au directeur financier ou au trésorier d’automatiser le cycle de trésorerie, notamment l’analyse des flux, et de consolider les données de cash (de trésorerie) afin d’avoir une visibilité partout dans le monde. Plus l’entreprise est grande, plus la tâche est difficile.
Avec XFOLIO, on cherche plutôt à démocratiser la connectivité avec les banques en intégrant la technologie API, qui permet à différents logiciels de communiquer automatiquement entre eux. Il s’agit en gros d’un logiciel accessible en ligne, selon le modèle SaaS (« Software as a Service »), avec un tableau de bord axé sur la trésorerie et un module de gestion des paiements. Il est conçu autour de l’IA, ce qui permet un plus haut niveau d’automatisation du traitement des données.
Ensuite, XFOLIO est aussi un outil de gestion de patrimoine. Il permet de suivre les portefeuilles d’actifs des utilisateurs et même d’analyser leur performance en se basant sur les informations des fournisseurs de données de marché auxquels il est connecté.
Même si les clients préfèrent généralement utiliser les calculs fournis directement par leur banque, cette fonction leur permet d’avoir une meilleure vision de l’état de leur patrimoine en temps réel.
Où en est le développement de cette nouvelle plateforme ?
Il avance bien. Enregistrée en 2024 en France, la société a commencé à développer la plateforme l’année suivante.
Nous avons fait une première levée de fonds, un tour de « seed » (c’est-à-dire un financement destiné aux premières phases de développement d’une start-up, NDLR), la même année, au cours de laquelle nous avons pu décrocher deux millions de dollars, financés par le fonds de capital-risque MEVP (Middle East Venture Partners), qui avait déjà investi dans TreasuryXpress.
En juin dernier, nous avons enfin racheté Absolute Payment Solutions (APS), une fintech britannique spécialisée dans les technologies de paiement qui gèrent les prélèvements automatiques. C’est une petite structure, mais dont les actifs nous intéressent pour le développement de la plateforme et avec un portefeuille de clients qui entrait dans notre cible.
Nous préparons une nouvelle levée de fonds pour financer une autre acquisition qui va nous permettre d’accélérer notre développement.
Vous avez repris certaines recettes qui ont marché avec votre précédente start-up ?
Oui. Une en particulier : nos bureaux front-office sont à Paris, mais nos développeurs back-end sont basés au Liban, à Kaslik.
C’est une configuration que j’avais déjà adoptée pour ma précédente start-up et qui présente beaucoup d’avantages lorsqu’on cherche à travailler entre l’Europe et le Moyen-Orient.
Malgré ses problèmes structurels et l’instabilité régionale, le Liban reste un bon endroit pour développer une start-up, que ce soit au niveau géographique – une heure à maximum deux heures de décalage avec l’Europe ou le Golfe – ou sur le plan des acquis culturels, vu que la barrière de la langue ne se pose pas d’un côté comme dans l’autre.
Et c’est sans doute un poncif, mais la qualité des ressources humaines au Liban est un autre atout majeur. Tout le monde sous-estime les informaticiens libanais.
