Le vice-président américain JD Vance s'exprimant devant la presse sur la base aérienne d'Elmendorf, à Anchorage, en Alaska, le 6 octobre 2026. Photo Jacquelyn Martin/Pool via REUTERS
Le vice-président américain JD Vance a affirmé, dans une interview exclusive accordée à l'agence Reuters, que l’Iran devait réduire de manière « significative » sa capacité d’enrichissement nucléaire pour satisfaire aux exigences américaines et mettre fin à la guerre qui dure depuis sept mois entre les deux pays.
M. Vance, qui fait partie de la frange des sceptiques au sein de l'administration américaine, concernant l'engagement militaire de Washington à l'étranger, joue un rôle de premier plan dans les négociations visant à un règlement du conflit. La guerre a ébranlé les marchés mondiaux de l’énergie et est devenue un handicap politique pour le président Donald Trump et pour le parti républicain à l’approche des élections législatives de mi-mandat prévues en novembre.
Une réduction effective et pas des garanties
S’exprimant lundi après un déplacement de campagne en Alaska, JD Vance a souligné que tout accord avec l'Iran exigerait que ce pays réduise effectivement sa capacité d’enrichissement nucléaire, plutôt que de fournir de simples garanties sur de futures diminutions de son programme nucléaire. « Si vous ne voulez pas d’arme nucléaire, pourquoi avez-vous besoin d’un combustible enrichi à 60 % ? Et si vous souhaitez prouver votre engagement à ne pas construire d’arme nucléaire, alors ne produisez pas de combustible fortement enrichi. C’est simple », a lancé le vice-président. « Je pense que s’ils veulent montrer leur engagement à renoncer à l’arme nucléaire, ils doivent faire un geste significatif sur leur capacité d’enrichissement », a-t-il insisté.
L’Iran et les États-Unis ont échangé ces dernières semaines des propositions visant à mettre fin à la guerre et à rouvrir le détroit d'Ormuz, voie stratégique pour le transport mondial de ressources énergétiques. Donald Trump a rejeté la dernière proposition de Téhéran et averti que des opérations militaires pourraient s’intensifier après les élections de mi-mandat.
M. Vance a encore indiqué que les États-Unis restent ouverts à un accord, mais exigent des concessions concrètes de la part de l’Iran dans le domaine nucléaire : « Nous n’allons pas mettre en application des actions en échange de simples mots » de la part des iraniens.
Washington ignore qui prend les décisions en Iran
Ce qui rend la situation plus complexe, pour les pourparlers, selon le haut responsable américain, c'est que Washington ignore qui prend réellement les décisions à Téhéran. L'administration américaine négocie avec le président iranien Massoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, mais le degré d’autorité dont ils disposent dans la hiérarchie iranienne reste incertain, surtout depuis les frappes américano-israéliennes d'ampleur du début de la guerre, fin février, qui ont tué le Guide suprême, Ali Khamenei. « L’une des choses dont nous nous sommes aperçus, c’est qu’il n’est pas du tout évident de savoir comment leur pays prend ses décisions », a déploré M. Vance, alors que Donald Trump avait affirmé mardi que son « plus gros problème » est que personne ne sait qui dirige l’Iran. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères avait rétorqué dimanche que les responsables américains savent parfaitement qui sont les interlocuteurs iraniens et comment fonctionne le système décisionnel du pays. Des informations faisaient état, mardi, de la volonté de certaines députés iraniens ultraconservateurs de destituer Abbas Araghchi, après ses discussions à New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, avec l'émissaire américain Steve Witkoff, qui auraient eu lieu « sans coordination » avec le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, dont l'état physique n'est toujours pas confirmé, plus de sept mois après la frappe dans laquelle son père Ali Khamenei a été tué et lui blessé, au premier jour de la guerre.
JD Vance a en outre refusé de préciser si lui-même dirigeait les négociations de paix du côté américain, bien qu'il soit fréquemment cité comme le principal négociateur de la Maison Blanche. « Nous sommes assurément impliqués, a-t-il assuré. Mais, au final, c’est le président des États-Unis qui est aux commandes. »
Cet article est une traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'un entretien réalisé en anglais par l'agence Reuters.