Le quai du terminal conteneurs du port de Beyrouth, le 10 septembre 2026. Photo Philippe Hage Boutros/L’Orient-Le Jour
Depuis mardi, les ports de Beyrouth et de Tripoli font officiellement partie du Club des ports de l’IMEC, acronyme désignant le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe.
Partis pour la capitale indienne cette semaine, les présidents des conseils d’administration des deux infrastructures, Marwan Naffi – qui est en même temps directeur général du port de la capitale – et Iskandar Bandali, ont signé la déclaration commune du Club, qui réunit déjà plus d’une dizaine de zones portuaires. Ils ont aussi participé à son premier atelier aux côtés des autres participants de cette organisation créée à l’initiative du grand port maritime de Marseille (Marseille Fos) et du premier opérateur portuaire indien, Adani Ports.
« Le Club des ports de l’IMEC veut mettre en place un corridor commercial plus fluide, fiable, résilient et durable », selon le communiqué publié par le port de Beyrouth après la signature. « Cela englobe non seulement le transport maritime et la logistique, mais aussi les télécoms et le transport d’hydrocarbures », explique à L’Orient-Le Jour Marwan Naffi. En bref, l’adhésion du Liban au Club ne va pas se traduire subitement par un accroissement du trafic maritime de fret au Liban, mais va cependant mettre les deux ports libanais sur la carte des voies de transport qui devraient se développer dans le cadre du corridor IMEC. Explications.
Différence de niveau, mais un même but
Le corridor IMEC et son Club des ports sont deux instances bien différentes, au service d’un même projet.
Le corridor a été lancé en 2023 lors du G20 à New Delhi par un protocole d’accord au niveau étatique, qui traduit un engagement politique et non des obligations, comme le ferait un traité. Selon son texte fondateur, il vise la création d’un corridor reliant l’Inde à l’Europe via le Golfe arabe, combinant transport maritime et terrestre avec une liaison ferroviaire, ainsi que des câbles électriques et internet et des canalisations destinées au transport d’hydrogène, un carburant moins polluant dont plusieurs États cherchent à généraliser l’utilisation. Le transport d’hydrocarbures n’est pas inclus dans l’accord initial, mais entre dans les discussions qui ont suivi.
Les huit signataires sont l’Inde, les États-Unis, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Lors d’un échange avec la presse mardi, l’envoyé spécial de la présidence française qui suit le projet, Gérard Mestrallet, a indiqué que l’Égypte, le Liban, Oman, la Grèce et Chypre avaient aussi exprimé leur intérêt à rejoindre l’organisation. « Le président Joseph Aoun avait transmis au président français Emmanuel Macron, à travers Gérard Mestrallet, la volonté du Liban de rejoindre le projet », a rappelé Marwan Naffi. Dans la version du protocole publié dans les archives de l’American Presidency Project, Israël et la Jordanie sont explicitement mentionnés comme faisant partie du tracé.
Le projet revêt plusieurs intérêts géostratégiques. Il pourrait potentiellement concurrencer d’autres projets similaires, comme les Nouvelles routes de la soie, par lesquelles Pékin ambitionne de relier la Chine, l’Europe et l’Afrique. Dans la version du protocole publiée dans les archives de l’American Presidency Project, Israël et la Jordanie sont explicitement mentionnés parmi les pays par lesquels les marchandises et services doivent transiter. Une particularité qui peut être interprétée comme un moyen d’encourager l’extension de la normalisation des relations des pays arabes avec l’État hébreu, en premier lieu avec l’Arabie saoudite, même si, à ce stade, ni Tel-Aviv ni Amman ne figurent parmi les huit parties prenantes au protocole ou même au Club.

Le Club des ports de l’IMEC a, lui, été créé courant 2026 par des autorités portuaires pour justement faire la promotion du corridor de 6 000 km, favoriser les échanges techniques et les formations afin de développer la numérisation des ports participants et de renforcer la cybersécurité, d’après les termes du mémorandum signé en février dernier entre Adani Ports & SEZ et le port de Marseille Fos. Marwan Naffi explique que le Club doit faciliter le développement de voies de transport alternatives, dans un contexte de perturbation de celles existantes en raison des conflits régionaux qui déchirent la région depuis trois ans. « La première réunion, prévue dans quelques semaines, doit être consacrée à l’interopérabilité », assure Marwan Naffi, ajoutant que les ports de Beyrouth et de Tripoli – dont les terminaux à conteneurs sont gérés par le géant français CMA CGM – sont parés.
Outre les ports de Beyrouth et de Tripoli, la déclaration commune a été signée mardi par huit entités : Marseille Fos (Hervé Martel), Adani Ports and SEZ (Ashwani Gupta), Duqm à Oman (Reggy Vermeulen), les autorités portuaires de Chypre (Michalis Lartidis) et de Trieste (Vittorio Torbianelli, au nom du président Marco Consalvo), ainsi que Hellenic Ports en Grèce (Andrey Tokarev). L’opérateur DP World, basé à Dubaï, la Saudi Ports Authority, Abu Dhabi Ports Group (Khalifa Port, Zayed Port, Fujairah) ont participé à l’atelier à New Delhi , mais ne sont pas encore membres du Club.
