Le Premier ministre libanais Nawaf Salam reçu par le président syrien Ahmad el-Chareh, à Damas, le 9 mai 2026. Photo tirée du compte X de la présidence du Conseil
C’est dans une dizaine de jours que le Conseil constitutionnel devrait se prononcer sur le recours en invalidation de l’amnistie générale (adoptée en août dernier), présenté il y a quelques semaines par le Courant patriotique libre. Mais en plus de la tension qui monte au Liban, notamment à Tripoli, où le retard dans la libération des détenus pourrait pousser leurs proches à recourir à la rue, un enjeu syrien s’ajoute au dossier. La remise en liberté des ressortissants syriens devant profiter de l'amnistie est en effet au menu des contacts entre Beyrouth et Damas, dont le gouvernement est, lui aussi, sous une importante pression populaire.
Le processus enclenché lors de la visite en février dernier du ministre syrien de la Justice, Mazhar al-Wais, suivie de celle du chef de la diplomatie, Assaad al-Chaïbani, en juillet, s’est poursuivi récemment, apprend-on de sources concordantes. Dans les milieux gouvernementaux, on indique qu’un « échange d’informations » a eu lieu entre les autorités libanaises et syriennes, celles-ci voulant récupérer un certain nombre de ressortissants détenus au Liban, notamment à la prison centrale de Roumié. D'autant que le pouvoir du président Ahmad el-Chareh doit composer avec la colère des parents des détenus, qui manifestent pour la remise en liberté de leurs proches. Parallèlement, les détenus de Roumié (libanais comme syriens) poursuivent une grève de la faim entamée il y a plus de trois semaines pour faire pression sur le pouvoir en place en vue d'accélérer l'application de l'amnistie.
Quoi qu’il en soit, tout indique que le Liban entend répondre favorablement à la requête syrienne. D’autant plus que plusieurs Syriens ont déjà été rapatriés, conformément à l’accord signé en février dernier entre Beyrouth et Damas à ce sujet. Selon une source judiciaire, certains prisonniers purgeant leur peine en Syrie depuis la signature de cet accord pourraient également bénéficier d'une réduction de leur peine si l'amnistie entre en vigueur. De son côté, un député tripolitain rappelle que quelque 300 Syriens, encore derrière les barreaux au Liban, attendent d'être libérés. Le ministère syrien de la Justice n'a pas répondu aux sollicitations de L’Orient-Le Jour.
« Nous ne pouvons rien faire à ce stade. Tout dépendra du CC », appuie Tarek Mitri, vice-président du Conseil, et qui est aux commandes du dossier de la relation avec le pouvoir syrien. « Ceux qui pourront bénéficier de la loi seront remis aux autorités syriennes, après le verdict du Conseil constitutionnel », commente pour sa part une autre source gouvernementale. Ce processus devrait, selon les informations de L’OLJ, être le fruit d’une coordination entre les ministères de la Justice et de l’Intérieur, ainsi qu’avec les Forces de sécurité intérieure.
Le Liban se prépare
C’est dans ce même cadre qu’il conviendrait de placer les efforts déployés par le procureur général près de la Cour de cassation, Ahmad Rami el-Hage, sur ce plan. Le procureur général a travaillé sur les mécanismes de mise en œuvre de ce texte », commente le ministre de la Justice, Adel Nassar, qui insiste pour dire qu’il avait « une autre approche de la loi d’amnistie ». Une source judiciaire confie que les « mécanismes en question s’articulent principalement autour de la préparation des dossiers complets des détenus (libanais, syriens ou autres) qui pourraient être concernés par l’amnistie.
« Nous préparons notamment les carnets judiciaires des intéressés pour vérifier certains points dont le fait qu’ils ne font pas l’objet de nouveaux verdicts ou qu’ils n’ont pas récidivé », dit la source. Car, dans ce cas, ils risquent de ne pas pouvoir bénéficier de l’amnistie. « C’est un processus qui prend du temps et les Syriens en sont conscients », commente Tarek Mitri, comme pour faire comprendre que le retard pris dans la résolution de ce problème ne devrait pas laisser d’incidence négative sur les relations entre les deux pays.
