Dossiers

À Beyrouth, le Salon du livre retrouve une langue commune


À Beyrouth, le Salon du livre retrouve une langue commune

Du 9 au 18 octobre, la 67e édition du Salon du livre de Beyrouth réunira, à la Seaside Arena (BIEL), romanciers, essayistes, poètes, éditeurs, illustrateurs et chercheurs.

Sous le patronage du Premier ministre, Nawaf Salam, les différents salons, organisés jadis séparément selon les langues et les institutions, vont s’unir enfin sous un même toit. Organisée par le Club culturel arabe et portée par le Syndicat des éditeurs libanais et le Syndicat des importateurs de livres, avec la collaboration de l’Institut français du Liban, l’édition inédite de 2026 a pour ambition de retrouver la force d’attraction d’un grand salon, avec ses stands, ses éditeurs et ses libraires. Parallèlement, les manifestations francophones continueront de faire vivre l’esprit de Beyrouth Livres, festival conçu par l’IFL en 2022 et ouvert sur la ville et les régions.

Le programme du 67e Salon arabe international du livre de Beyrouth et celui de la quatrième édition de Beyrouth Livres ont chacun leur ampleur et leur personnalité, et leur voisinage donne à cette édition une richesse particulière.

Parmi les nombreuses rencontres annoncées, L’Orient littéraire a retenu quelques rendez-vous à suivre.



Beyrouth, objet d’enquête et de récit


L’un des parcours les plus féconds de cette édition passe par la ville elle-même. Le dimanche 11 octobre, une rencontre consacrée au Horse Shoe reviendra, à 15h, sur la mémoire du café et de la rue Hamra ; le vendredi 16, à 15h, une discussion sur l’histoire orale de Ras Beyrouth cherchera, à partir des témoignages, ce que les récits officiels laissent souvent hors champ. À ces rencontres répondent, sur le stand de l’Institut français du Liban et de l’Institut français du Proche-Orient, les livres de Manal Salamé, Habibi Beyrouth, présenté le samedi 10 à 17h30, et de David Hury, Beyrouth Paradise, le jeudi 15 à 17h. Chloé Domat, Kamal Hakim et Sophie Guignon se pencheront, le samedi 17 à 15h, sur la bande dessinée Beyrouth malgré tout.


La mémoire de la ville conduit inévitablement à celle de la guerre et du pays. Le samedi 10 octobre à 15h, l’archéologue Mathilde Jean proposera, sur le stand IFL/IFPO, une remontée vers les premières cités du Liban à partir de son Atlas historique du Proche-Orient ancien. Deux heures plus tard, dans la salle de conférences A, Marwan Hamadé racontera son itinéraire dans le journalisme et la vie politique, à l’occasion de la parution de ses mémoires, Liban de miel et de sang. Le lendemain, à 12h15, une rencontre intitulée « Les gens de l’eau et du feu » sera consacrée à Tarek el-Ariss et à son écriture de la guerre. Les allées du Salon mèneront ainsi des premières cités du Liban aux décisions et aux conflits qui ont façonné son présent.


Écrivains, penseurs et figures du Liban


D’autres propositions élargissent cette exploration de la mémoire, et le patrimoine littéraire du Liban aura également sa place : le lundi 12 octobre à 17h, Carmen Boustani reviendra sur sa biographie May Ziadé. La passion d’écrire sur le stand IFL/IFPO ; le jeudi 15 à 16h15, dans la salle de conférences A, une rencontre autour d’Amine Rihani explorera les multiples facettes de son œuvre ; et le dimanche 18 à 17h30, Désirée Sadek lira des extraits de sa nouvelle traduction de Jésus le fils de l’homme, de Gibran Khalil Gibran, dans le pavillon francophone.

Le programme annonce, par ailleurs, des rencontres autour de l’ouvrage Kamal Joumblatt, le visionnaire de Michel Kaadi, des réformes de Fouad Chéhab, du système bancaire, de la gauche au Liban, des années écoulées depuis l’effondrement économique et de l’éducation à la citoyenneté. Il prévoit également des hommages à Ahmad Kaabour (vendredi 16 octobre à 17h30), à Ghassan Tuéni (samedi 17 à 17h) et au penseur cheikh Sobhi Saleh (dimanche 18 à 17h30).


Les livres face aux questions d’actualité


La programmation invitera également le public à réfléchir aux grands débats qui traversent l’actualité. Le corps des femmes sera au cœur de deux rendez-vous avec Gracia Bejjani : une sobhiyé sur le stand de l’IFL/IFPO autour de son ouvrage Corps de femmes, le samedi 10 octobre à 11h, puis l’enregistrement public du podcast L’Orient-La Nuit, « À qui appartient le corps des femmes ? », avec Manal Salamé et une intervention musicale de Fred Nevché, le lundi 12 octobre à 20h à la Fondation Charles Corm. Le mardi 13, une table ronde réunira à 18h Carole Dagher, Alexandre Najjar et Sami Richa autour de la double appartenance franco-libanaise et des questions identitaires ; elle sera suivie à 19h d’une réflexion sur l’intelligence artificielle à l’aune de la culture, des sciences et du droit, avec Rawan Abou Nader, Annie Eulry, Alexandre Najjar et Norhan Sobeh. Puis, le vendredi 16 à 17h30, Raymond Araygi, Suzy Hakimian, Sarkis al-Khoury, Christophe Musitelli et Georges Youssef interrogeront les rapports entre archéologie et diplomatie, de l’influence à la coopération.


Les crises contemporaines en débat


L’Institut français du Proche-Orient proposera par ailleurs plusieurs rencontres autour de ses publications : Gaza inédite avec Abaher el-Sakka, le samedi 10 à 18h45 ; Camps: Genealogies of Refugee Spaces avec Ayham Dalal, Kamel Doraï et Michel Tabet, mercredi 14 à 18h ; Syrians in the Shadow of War avec Lina Khoutouk, Anna Poujeau et Alex Simon, jeudi 15 à 19h ; The Social History of Amman through Photography avec Myriam Ababsa et Falestin Naïli, vendredi 16 à 17h30 ; et La Police dans les villes et les campagnes de l’Iraq abbasside avec Eugénie Rébillard et Pierre Moukarzel, dimanche 18 à 11h.


Dans les salles de conférence, d’autres débats prolongeront ces interrogations. Le mercredi 14 à 17h30, un échange sera consacré à l’ouvrage d’Assaad Rizk sur le projet du « Grand Israël ». Le vendredi 16 à 16h, les facteurs qui façonnent la personnalité violente des groupes extrémistes et terroristes seront examinés sous la loupe de Tarek Mitri, Abbas Ibrahim et Youssef Salloum, avant une discussion sur « la crise de l’intellectuel arabe » à 18h45. Le lendemain à 15h, Jad Tabet, David Sassine et Ali Badawi aborderont la préservation du patrimoine culturel face à l’agression israélienne ; à 18h, une rencontre s’intéressera au patrimoine culturel du Jabal Amel. Autant de rendez-vous où les livres donneront prise à des questions politiques et patrimoniales qui dépassent leurs pages.


Les écrivains au rendez-vous


Les écrivains seront nombreux à prendre part à la conversation. Le samedi 10 octobre à 11h, une rencontre sera consacrée à la réinvention du mythe dans la dernière trilogie de Rachid el-Daïf. À 16h, Waciny Laredj interrogera les rapports entre histoire et fiction ; le lendemain à 11h, il participera avec Jalal Barjas à un débat sur l’effet des prix littéraires sur la littérature. Najwa Barakat parlera de l’écriture romanesque le lundi 12 à 16h15, avant une rencontre avec Tarek Bakari sur l’identité à 17h30. Le jeudi 15 à 16h15, Youssef Mouawad reviendra sur son roman historique Haiym ou le destin des inégaux.


Sur le stand de l’IFL/IFPO, Blandine Rinkel présentera La Faille le samedi 10 à 18h30. Le vendredi 16 octobre, Hoda Rizk Hanna parlera, à 18h30, de son ouvrage Lire Dominique Eddé. Approche critique de son œuvre, en présence de l’écrivaine. Le samedi 17 sera notamment marqué par trois rencontres : avec Hella Feki autour d’Une reine sans royaume à 14h, avec Elisa Shua Dusapin autour de Sauf la frontière à 17h et avec Alexandre Lenot autour de Cette vieille chanson qui brûle à 18h. Le dimanche 18, Walid Hajar Rachedi et Raphaël Meltz rencontreront les lecteurs, respectivement autour de Nos destins sont liés à 13h30, et d’Après à 15h30.


Les multiples vies du livre


Dans un Salon où l’arabe, le français et même l’anglais se côtoient, la traduction est souvent mise en valeur, notamment sur le stand de l’IFL/IFPO. Le dimanche 11 octobre à 18h, Franck Mermier et Khaled Ziadé discuteront, en arabe, de la traduction française de La Ville arabe et la Modernité ; le lundi 12 à 18h, Marwan Chahine présentera la traduction arabe de son ouvrage Beyrouth, 13 avril 1975. Autopsie d’une étincelle ; le mercredi 14 à 17h, Rana Idris et Stéphanie Dujols évoqueront la traduction française de Je suis ma liberté, de Nasser Abu Srour ; et le samedi 17 à 16h, Barbara Polla dialoguera avec Rami Tawil autour de la traduction du Chapeau de Beethoven.


Dans les coulisses des métiers du livre


Le Salon permettra aussi d’entrer dans les coulisses de l’édition. Le dimanche 11 octobre à 16h15, Rana Idris reviendra sur l’histoire et la mémoire de Dar al-Adab ; le mardi 13 à 17h, Hala Moughanie et son éditrice Élisabeth Daldoul, des éditions Elyzad, suivront le parcours d’un texte, de l’écriture à la publication. Et cette plongée dans le monde du livre sera aussi l’occasion de célébrer les vingt ans de L’Orient littéraire, le dimanche 11 octobre à 19h, avec Rima Abdul-Malak, Alexandre Najjar, Antoine Boulad et Abdo Wazen.


Les jeunes lecteurs à l’honneur


Les plus jeunes auront de nombreuses raisons de fréquenter le Salon. Lectures animées, contes, jeux, ateliers de dessin et de manga, initiation à l’écriture phénicienne : le programme propose de faire entrer les enfants dans les livres par la voix, l’image et le geste. Sur le stand IFL/IFPO, ils pourront rencontrer Ralph Doumit, Carole Awit, Caroline Torbey, Sandra Aboujaoudé et Nathalie Saoud, Blandine Yazbeck, Karl Soued ou encore Jul, auteur de Lucky Luke, lors d’un atelier le vendredi 16 octobre à 16h. Éric Veillé animera, quant à lui, un grand atelier jeunesse le samedi 17 à 16h15, à la salle de conférences B.


Un salon extra muros


Poursuivant son objectif de décentraliser la culture et d’investir les régions du Liban, le festival Beyrouth Livres rayonnera, encore une fois, bien au-delà du chapiteau. Le mardi 13 octobre à 19h, au Campus des sciences humaines de l’USJ, Catherine Cattaruzza, Marwan Chahine, David Hury et Stéphanie Dujols participeront à une table ronde intitulée « Le droit à la fiction » ; ensuite, à 20h, Ryoko Sekiguchi proposera à Gemmayzé une expérience gastronomique singulière, intitulée « Savourer Beyrouth » et inspirée de 961 heures à Beyrouth. La soirée littéraire et artistique « Que peut la littérature ? » au musée Sursock réunira le vendredi 16 dès 19h30 Marwan Chahine, Laure Ibrahim, Barbara Polla et Nayla Tamraz pour des lectures croisées et dessinées, puis Walid Hajar Rachedi, Charif Majdalani, Raphaël Meltz et Elisa Shua Dusapin pour une table ronde à 20h30. Charles Berberian et Michèle Standjofski clôtureront la manifestation le dimanche 18 à 19h, à la Salle Montaigne de l’Institut français du Liban, avec le concert dessiné Et toi, comment ça va ?, accompagné par la musique de Shifo Keefo.


Les antennes de l’Institut français prolongeront cette programmation en région : elles proposeront, entre autres, un atelier de dessin avec Jul et une rencontre avec Manal Salamé à Jounieh ; une rencontre avec Ryoko Sekiguchi à Tripoli ; un atelier d’écriture animé par Elisa Shua Dusapin à Deir el-Qamar et un autre animé par Hella Feki à Zahlé…


Pour finir en poésie…


La poésie sortira, elle aussi, des seules pages. Dans le cadre de Beyrouth Livres, dès le vendredi 9 octobre à 20h, le spectacle Loghofète ou le prénom perdu, avec Diala Lteif et Fred Nevché, mêlera, à la Bibliothèque orientale de l’USJ, musique, poésie, récits et matières documentaires ; la création sera reprise le lendemain, à 19h, à Tripoli, à la Foire internationale Rachid Karamé. Le dimanche 11 à 20h30, « États d’âmes », une soirée poétique open mic au Cafébrairie 33, réunira Rima Abdul-Malak, Rita Bassil, Gracia Bejjani, Joumana Haddad, Malena Kadi, Blandine Rinkel, Mahmoud Wehbé...


Reste enfin aux lecteurs à choisir leurs itinéraires. Certains viendront retrouver un écrivain ; d’autres s’arrêteront devant un titre inconnu, passeront d’une rencontre en arabe à une lecture en français, ou accompagneront un enfant à son premier atelier. Le programme est assez vaste pour que personne ne le suive entièrement. Et c’est peut-être la meilleure manière d’habiter un Salon du livre : y tracer son chemin, puis accepter qu’un livre, une voix ou une conversation le fasse dévier.


Du 9 au 18 octobre, la 67e édition du Salon du livre de Beyrouth réunira, à la Seaside Arena (BIEL), romanciers, essayistes, poètes, éditeurs, illustrateurs et chercheurs.Sous le patronage du Premier ministre, Nawaf Salam, les différents salons, organisés jadis séparément selon les langues et les institutions, vont s’unir enfin sous un même toit. Organisée par le Club culturel arabe et portée par le Syndicat des éditeurs libanais et le Syndicat des importateurs de livres, avec la collaboration de l’Institut français du Liban, l’édition inédite de 2026 a pour ambition de retrouver la force d’attraction d’un grand salon, avec ses stands, ses éditeurs et ses libraires. Parallèlement, les manifestations francophones continueront de faire vivre l’esprit de Beyrouth Livres, festival conçu par l’IFL en 2022 et...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut