La rentrée ? Quelle rentrée ? Plutôt quelle drôle de saison culturelle : partout, on retire des noms et on annule des hommages. À New York, le Met renonce à sa rétrospective John Galliano, le designer étant rattrapé par d’anciens propos jugés « antisémites et racistes ». Patrick Bruel, mis en examen dans plusieurs affaires de violences sexuelles, conteste les faits et annule sa tournée. Même Miley Cyrus semble vouloir abandonner son nom de famille pour devenir simplement « Miley ». Au Liban, vous imaginez ? Renoncer à son patronyme, c’est perdre son village et la moitié de son carnet d’adresses. Hollywood se fait discret à la Mostra de Venise, trop prudent et trop économe. Nos artistes, eux, partent avec une œuvre dans la valise, un adaptateur et une prière pour que l’aéroport reste ouvert. Ailleurs, on « cancel » pour une controverse ; chez nous, pour un sponsor volatil, un visa en retard ou une soudaine flambée de violence. Cette semaine, nos articles le prouvent : Lara Habib Kobeissi transporte les rites du Sud dans la réalité virtuelle, dix-sept artistes lui redonnent des couleurs sous un même ciel et Cairokee fait exploser les désillusions arabes dans Supernova. Entre le souvenir du « play-boy national » Philippe Duc et la bibliothèque de Marwan Hamadé, de L’Iliade aux SAS, le Liban continue de conjuguer mémoire, panache et joyeux grand écart. Et malgré tout, on crée. Le monde culturel efface des noms ; le nôtre s’obstine à ne pas disparaître.
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