Dans la série « trouvons une nouvelle bimbreloque pour amuser la piétaille », un sujet en diamant brut nous est tombé du ciel par la grâce de la loi d’amnistie finalement adoptée, non sans avoir nécessité une césarienne arrachée à la force du poignet par les tribus parlementaires sunnites. Ce qui nous change de l’ordinaire, vu que d’habitude ce sont leurs collègues chiites et chrétiens orangés qui nous gavent. Mais bon, le Châtelain de Baabda a fini par signer le torchon et le Tonton du Sérail en a bavé de joie sur son plastron.
Certes, les détenus qui seront relaxés avec quelques dizaines de leurs camarades en chemise de nuit et barbe frisottée ont mitonné plus d’atteintes aux droits de l’homme que les archives d’Amnesty International ne pourraient en contenir, mais faut bien entreprendre chaque quelque temps une petite ventilation des cachots, ne serait-ce que pour aseptiser les lieux et dégraisser le mammouth de la surpopulation carcérale. Zou, du balai ! On espère seulement que la kalach et les munitions ne seront pas offertes pour la réinsertion sociale des taulards.
Pris pour une fois en flagrant délit d’intelligence, le Basileus s’est empressé de brandir le pet devant les médias et claironné sa volonté de déposer un recours devant le Conseil constitutionnel. Heureusement qu’on l’a, celui-là. Il n’a pas son pareil pour créer de l’animation dans le landernau politique flapi. D’ailleurs, il ne s’est pas trop fait prier pour coller le pataquès sur la tronche du Premier ministre. Demain, il fera porter la casquette par-dessus le crâne luisant du Tondu de Meerab en jurant que les ex-embastillés iront trouver refuge dans sa cave à vin.
Il reste qu’avec cette vidange des cellules, les geôliers auront maintenant de la marge pour y entasser de nouveaux bipèdes. Même si les pandores d’ici n’ont rien à voir avec les frérots d’à côté, où du temps de sa gloire Bachar el-Assad récoltait 100 % des voix, arrachait 100 % des ongles et délivrait 100 % du courant électrique aux gégènes des tortionnaires.
Pour autant, le Liban n’est pas tout à fait verni non plus. Chacun sait que chez nous les poulets sont habilités à entrer bottes premières et toutes dents dehors au domicile du prévenu, lequel est traîné manu militari jusqu’au trou où il sera manu ligaturi. Que dans le secret du confessionnal, il est commun de battre le suspect tant qu’il est chaud dans la limite de la résistance des cartilages de l’enquêteur. Mais en gros, on s’efforce vaille que vaille de rester dans les clous de l’acceptable et l’on s’accorde un délai suffisant pour que l’humanoïde poursuivi ait tout le temps de tourner légume, puis de fermenter doucement à l’ombre des miasmes, avant de se transformer en organisme bio… Bref, la cour de justice passe souvent bien après la basse-cour de police.
Finalement, on ne se refait pas, et les années s’écoulent peinardes comme le sang qui ruisselle d’une bavure policière. Affaires corneculs, fonctionnaires tordus, pays fichu… Quel rebut !
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