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Points de vue - Diplomatie

UE–Liban : un nouveau chapitre, de l’assistance au partenariat

Lamia Moubayed Bissat, Présidente de l’Institut des finances Basil Fuleihan, revient pour « L'Orient-Le Jour » sur la première réunion du Comité conjoint de suivi du partenariat UE–Liban, tenue à Beyrouth les 3 et 4 septembre.

UE–Liban : un nouveau chapitre, de l’assistance au partenariat

Des drapeaux de l’Union européenne. Photo AFP

Et si la question n’était plus de savoir combien l’Europe peut encore faire pour le Liban, mais ce que le Liban et l’Europe peuvent désormais construire ensemble ? C’est peut-être la meilleure manière de comprendre l’importance de la première réunion du Comité conjoint de suivi du partenariat UE–Liban, tenue à Beyrouth les 3 et 4 septembre.

Depuis 2011, l’Union européenne et ses États membres ont mobilisé plus de 3,5 milliards d’euros en faveur du Liban : pour répondre aux crises, soutenir les réfugiés et les communautés d’accueil, préserver les services essentiels et accompagner les institutions. Cette solidarité a été indispensable, mais elle a aussi souvent compensé les fragilités de l’État.

Une nouvelle phase devient possible

Le neuvième Conseil d’association UE–Liban, réuni à Bruxelles en décembre 2025 après huit années d’interruption, a ouvert une nouvelle dynamique. L’enveloppe européenne de près de 500 millions d’euros pour 2026-2027 offre l’occasion de repenser l’architecture de la coopération : continuer à protéger les populations vulnérables et les réfugiés, mais placer davantage la relance, les réformes et le renforcement de l’État au cœur du partenariat.

La question n’est plus seulement : combien l’Europe soutiendra-t-elle le Liban ? Mais : quel Liban ce soutien contribuera-t-il à construire ?

De l’assistance à la capacité

Pendant des années, les partenaires ont financé des services, soutenu des communautés, répondu aux urgences et, lorsque nécessaire, mis en place des mécanismes parallèles de fourniture de services. Cette assistance a sauvé des vies et préservé la stabilité sociale.

Mais la nécessité peut devenir un modèle, et un modèle peut devenir un piège.Lorsque l’aide internationale se substitue trop longtemps aux capacités de l’État, elle peut, involontairement, retarder leur reconstruction. La prochaine étape doit donc être celle du passage de la substitution au renforcement des institutions.

L’État libanais doit retrouver sa place au cœur du développement, non comme simple bénéficiaire d’une assistance technique, mais comme l’institution responsable des politiques publiques, de la régulation, de la prestation des services et de la reddition des comptes.

Le soutien européen peut y contribuer en renforçant l’administration publique, la gestion des finances publiques, la commande publique, la mobilisation des recettes, l’investissement public, la justice, les autorités de régulation, le gouvernement numérique et la gouvernance des entreprises publiques.

Le renforcement des capacités doit changer de nature. Le Liban doit reconstruire des institutions capables d’attirer, de retenir et de responsabiliser les compétences : mérite, parcours professionnels, responsabilités claires et culture de la performance.

Même logique pour les services essentiels. Dans l’énergie, l’eau, les transports ou la santé, l’objectif ne peut être de financer indéfiniment les déficits opérationnels de systèmes financièrement et institutionnellement non viables. Le soutien extérieur doit aider à réformer ces systèmes, améliorer leur gouvernance et créer les conditions d’un investissement durable.

Des subventions à l’investissement

Le deuxième changement est de passer des subventions à l’investissement. Le secteur privé libanais a fait preuve d’une résilience remarquable, mais ne peut continuer à compenser les infrastructures défaillantes, les pénuries d’électricité, l’imprévisibilité réglementaire, l’inefficacité des douanes ou les insuffisances de la justice commerciale. La prochaine génération du soutien européen devrait donc viser de plus en plus à mobiliser l’investissement plutôt qu’à s’y substituer.

Global Gateway ouvre ici un changement d’échelle. Depuis 2021, l’Équipe Europe a mobilisé plus de 306 milliards d’euros pour attirer davantage de capitaux privés vers des infrastructures et connexions durables, notamment dans le numérique, l’énergie et les transports.

L’EFSD+ dispose à lui seul d’une capacité pouvant aller jusqu’à 40 milliards d’euros d’instruments de partage des risques, avec l’objectif de mobiliser jusqu’à 135 milliards d’euros de financements publics et privés. Pour le Liban, un projet d’énergie renouvelable, d’infrastructure numérique, d’eau ou de transport pourrait ainsi associer subventions, garanties, prêts et capitaux privés.

Mais ces instruments ne sont pas automatiques. Ils exigent des projets bancables, des institutions crédibles, une réglementation solide, des procédures transparentes et un environnement prévisible. C’est précisément pourquoi réformes et investissement doivent avancer ensemble. L’enjeu n’est pas simplement que le Liban puisse accéder à de nouveaux instruments européens. Il est qu’il devienne capable de les utiliser.

Le gouvernement doit identifier ses priorités, constituer des portefeuilles de projets, financer les études de faisabilité, sécuriser les cadres réglementaires, améliorer la commande publique et suivre les résultats. Un Liban plus apte à attirer l’investissement devient aussi un partenaire plus solide pour les entreprises européennes.

Des systèmes parallèles à l’appropriation nationale

Le troisième changement est le passage des systèmes parallèles à l’appropriation nationale. La protection sociale doit rester au cœur du partenariat. L’aide humanitaire restera indispensable tant que les crises et les déplacements se poursuivront, mais ne peut constituer un modèle permanent de développement. L’objectif doit être de construire progressivement des systèmes libanais capables de financer, d’administrer et de fournir la protection sociale, tout en recherchant des solutions durables pour les plus vulnérables et en protégeant les communautés d’accueil.

L’évolution du soutien européen au ministère des Affaires sociales va dans ce sens. En avril 2026, l’Union européenne a annoncé 45 millions d’euros, acheminés directement à travers une institution gouvernementale libanaise, notamment pour le programme AMAN et les réformes institutionnelles du ministère. La coopération doit donc évoluer vers des institutions libanaises plus fortes, et non des mécanismes parallèles permanents.

Une transformation qui doit aussi venir du Liban

Cette évolution ne peut être demandée à l’Europe seule. Le guvernement libanais doit en être co-architecte : définir des priorités claires, les traduire en réformes crédibles et en projets mûrs pour mobiliser les instruments européens et internationaux.

Il doit mieux coordonner l’aide afin que les ressources européennes, des États membres, des institutions financières internationales et du secteur privé convergent autour des mêmes priorités. Des initiatives sont notamment en cours dans le secteur des finances publiques, sous l’impulsion du ministère des Finances.

Enfin, il doit créer les conditions de l’investissement : stabilité réglementaire, transparence, concurrence équitable, réforme bancaire, justice efficace et prévisibilité fiscale. Le meilleur signal envoyé aux partenaires européens ne sera donc pas une nouvelle demande de financement. Ce sera la capacité du Liban à présenter des réformes crédibles, des projets prêts à être financés et des institutions capables de les exécuter.

Faire du Comité conjoint un instrument stratégique

C’est précisément ici que le Comité conjoint de suivi peut prendre toute sa valeur. Il ne devrait pas être seulement un mécanisme de revue des programmes, mais l’espace où priorités libanaises et ressources européennes sont alignées, actions coordonnées et progrès mesurés par des résultats concrets. Il peut ainsi devenir le lieu où l’on passe de la gestion des programmes à la construction d’une stratégie commune.

Pourquoi cette transformation compte

Le Liban tente de reconstruire son économie et ses institutions alors que le Sud demeure exposé à l’insécurité. L’accord-cadre n’a pas encore apporté la stabilité nécessaire et les conditions d’une paix durable restent à consolider.

Pour le Liban, sécurité, souveraineté et développement sont indissociables. Aucun pays ne peut reconstruire durablement lorsque des populations restent exposées à la violence ou au déplacement ou lorsque l’État ne peut exercer pleinement son autorité.

À la croisée de la Méditerranée, du Moyen-Orient et du voisinage européen, un Liban stable, souverain et prospère est aussi un intérêt stratégique pour l’Europe : sécurité régionale, échanges, connectivité, migrations et résilience.

Un Liban plus fort n’est donc pas seulement un intérêt libanais. C’est aussi un intérêt européen.

Au fond, une nouvelle approche du partenariat ne se mesurera ni aux financements mobilisés ni au nombre de programmes, mais à une question plus exigeante : aurons-nous rendu le Liban plus capable de planifier, de décider, de financer, d’exécuter et de rendre des comptes ?

Le Liban doit prendre sa part : réformer, prioriser, renforcer ses institutions et préparer des projets crédibles dans un environnement propice à l’investissement. L’Europe, de son côté, peut investir davantage dans les institutions, les infrastructures et le secteur privé. C’est cette réciprocité qui peut donner au partenariat sa nouvelle force. Moins de substitution, davantage de capacité. Moins de fragmentation, davantage de stratégie. Moins de gestion de la crise, davantage de préparation de l’avenir.

Le premier Comité conjoint de suivi peut ainsi marquer plus qu’une nouvelle étape du dialogue UE–Liban : le point de départ d’une relation où l’Europe ne se contente plus d’aider le Liban à traverser ses crises, mais contribue avec lui à construire stabilité, souveraineté et prospérité. Et où le Liban ne se définit plus seulement par les besoins auxquels ses partenaires répondent, mais par les capacités qu’il reconstruit, les réformes qu’il accomplit et les perspectives qu’il ouvre.

Par Lamia MOUBAYED BISSAT

Présidente de l’Institut des finances Basil Fuleihan

Et si la question n’était plus de savoir combien l’Europe peut encore faire pour le Liban, mais ce que le Liban et l’Europe peuvent désormais construire ensemble ? C’est peut-être la meilleure manière de comprendre l’importance de la première réunion du Comité conjoint de suivi du partenariat UE–Liban, tenue à Beyrouth les 3 et 4 septembre.Depuis 2011, l’Union européenne et ses États membres ont mobilisé plus de 3,5 milliards d’euros en faveur du Liban : pour répondre aux crises, soutenir les réfugiés et les communautés d’accueil, préserver les services essentiels et accompagner les institutions. Cette solidarité a été indispensable, mais elle a aussi souvent compensé les fragilités de l’État.Une nouvelle phase devient possibleLe neuvième Conseil d’association UE–Liban, réuni à Bruxelles...
commentaires (1)

Un concept qui détaille complètement la situation économique au Liban. Un grand MAIS !!!! Pour arriver à réaliser une telle architecture économique , financière et sociale, il faut commencer par un changement complet des nos responsables, nos politiciens qui sont complètement corrompus. Des dirigeants qui ne font malheureusement rien que de remplir leurs propres POCHES. Pour un nouveau Liban, il faut changer entièrement les institutions: politiques, juridiques . Pour un nouveau Liban, il faut des grands hommes honnêtes, corrects et qui aiment leur pays et travailler pour nouvelle génération.

Elias

16 h 05, le 15 septembre 2026

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Commentaires (1)

  • Un concept qui détaille complètement la situation économique au Liban. Un grand MAIS !!!! Pour arriver à réaliser une telle architecture économique , financière et sociale, il faut commencer par un changement complet des nos responsables, nos politiciens qui sont complètement corrompus. Des dirigeants qui ne font malheureusement rien que de remplir leurs propres POCHES. Pour un nouveau Liban, il faut changer entièrement les institutions: politiques, juridiques . Pour un nouveau Liban, il faut des grands hommes honnêtes, corrects et qui aiment leur pays et travailler pour nouvelle génération.

    Elias

    16 h 05, le 15 septembre 2026

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