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Culture - Exposition

« Under One Sky » : dix-sept artistes rassemblés autour du Sud à Beyrouth

À l’espace No Chef in the Kitchen, ils se sont tous réunis autour d’un même geste : créer, se retrouver et panser collectivement les blessures d’un territoire libanais meurtri par la guerre.

« Under One Sky » : dix-sept artistes rassemblés autour du Sud à Beyrouth

Une palette d’œuvres et de couleurs évoquant le Sud. Photo Mowie Aoun

Que reste-t-il lorsque les lieux où l’on créait ont disparu ? Lorsque les ateliers sont devenus inaccessibles et que l’on a dû quitter sa terre ? L’art sait éclore ailleurs, là où les mains se tendent. Née de cette réalité, l’exposition « Under One Sky » met le cap sur Beyrouth, offrant aux artistes déplacés du Liban-Sud un espace pour retrouver leur pratique, renouer avec une communauté et, peut-être, entrevoir une forme de stabilité. Pendant deux semaines, les locaux de No Chef in the Kitchen ont ainsi ouvert leurs portes à sept artistes venus du Sud, leur offrant un lieu où travailler, expérimenter et créer. Ils rejoignent une sélection de dix autres artistes pour former une exposition de dix-sept regards, réunis sous un même ciel malgré les écarts, les pertes et les bouleversements.

Un appel à l’unité

Cette initiative ne se veut pas uniquement solidaire. Elle se veut « fédératrice ». Face à l’isolement produit par la guerre, elle défend la nécessité de revenir à l’autre, au rassemblement, à la rencontre.

Dans l’adversité, elle puise dans ce qu’il y a de plus fondamentalement humain : le besoin de se retrouver et de faire communauté lorsque tout semble concourir à nous séparer. Cette volonté trouve un ancrage particulier à Dar Zefta, fondée en 2017 et première fondation culturelle du Liban-Sud à travers Zefta Art House. Pensée comme un lieu dédié à la création, mais aussi aux discussions et aux rencontres, cette structure s’inscrit dans une dynamique qui dépasse le seul champ artistique : faire de la culture un espace vivant, capable d’accueillir les voix d’un territoire et de préserver ses liens.

Une peinture de l’exposition intitulée « Sit With Me », mixed media, 30 x 40 cm, 2026. Photo Mowie Aoun
Une peinture de l’exposition intitulée « Sit With Me », mixed media, 30 x 40 cm, 2026. Photo Mowie Aoun

Dans les coulisses de ce projet, le curateur Mowie Aoun, qui a quitté la capitale pour revenir en 2025 dans son Sud natal, entend justement « redonner une perspective à celles et ceux pour qui l’avenir s’est brutalement rétréci ». Soutenu par l’Union européenne, Expertise France et Live Love Lebanon, le projet cherche à offrir aux artistes une matrice créatrice, mais aussi quelque chose de plus difficile à mesurer : une possibilité de se projeter à nouveau. L’exposition accorde également une attention particulière à la place des femmes dans ce paysage artistique. « Près de 60 % des artistes sélectionnés sont des femmes », raconte Mowie Aoun, un choix destiné à soutenir leur pratique et à leur offrir une visibilité et un espace de création dans un contexte où les possibilités professionnelles et artistiques sont profondément fragilisées.

Une palette de Suds

Dans la galerie, les œuvres, exposées jusqu’au 30 août, interpellent d’abord par leurs couleurs. Teintes chatoyantes, paysages champêtres, horizons carminés, silhouettes et figures féminines composent un ensemble qui semble parfois relever de la projection mentale. Comme si les artistes reconstruisaient, par l’image, un Sud dont ils portent encore la mémoire : un territoire rêvé autant que vécu, tel qu’il fut autrefois connu et tel qu’il pourrait un jour redevenir. Il y a ainsi, dans ces œuvres, quelque chose qui dépasse la représentation. Elles ne documentent pas directement la guerre ; elles cherchent plutôt à réinventer ou préserver ce que la guerre menace de faire disparaître. Le paysage devient souvenir, désir et promesse.

Une peinture de l’exposition intitulée « The House on the Hill », acrylique sur toile, 50 x 50 cm, 2026. Photo Mowie Aoun
Une peinture de l’exposition intitulée « The House on the Hill », acrylique sur toile, 50 x 50 cm, 2026. Photo Mowie Aoun

La couleur devient une manière de résister à l’effacement. Chez Amal Matar, le paysage surgit presque instinctivement. « Sans réfléchir devant ma toile, je trace des collines, des montagnes, la mer… surtout celle du Liban-Sud », raconte-t-elle. Face à la guerre et à l’éloignement, ces paysages deviennent les vecteurs d’une « intense nostalgie », une manière de retrouver, par la peinture, un territoire dont ils sont aujourd’hui privés. Pour Ali el-Housseini, la peinture est d’abord une manière de regarder. « Aujourd’hui, mon travail reflète ce que mes yeux voient », explique l’artiste, dont les œuvres puisent largement dans les paysages qui l’ont vu grandir. « En tant qu’artiste originaire du Liban-Sud, je vois le Sud comme une beauté en soi : sa nature, ses montagnes, ses maisons. » Le territoire natal devient ainsi source d’inspiration autant qu’espace de mémoire, où persistent, bien après les départs, la tiédeur enveloppante des étés et le goût des tablées libanaises.

Sous un même ciel, les artistes d’« Under One Sky » ne proposent donc pas seulement une exposition. Ils proposent une étreinte où l’on se retrouve, pour créer et pour espérer. Un univers où le Sud n’est plus uniquement envisagé à travers ce qu’il a perdu, mais à travers ce qu’il peut encore faire naître.

« Under One Sky », jusqu’au 30 août, à la galerie No Chef in the Kitchen, rue Pasteur.

Que reste-t-il lorsque les lieux où l’on créait ont disparu ? Lorsque les ateliers sont devenus inaccessibles et que l’on a dû quitter sa terre ? L’art sait éclore ailleurs, là où les mains se tendent. Née de cette réalité, l’exposition « Under One Sky » met le cap sur Beyrouth, offrant aux artistes déplacés du Liban-Sud un espace pour retrouver leur pratique, renouer avec une communauté et, peut-être, entrevoir une forme de stabilité. Pendant deux semaines, les locaux de No Chef in the Kitchen ont ainsi ouvert leurs portes à sept artistes venus du Sud, leur offrant un lieu où travailler, expérimenter et créer. Ils rejoignent une sélection de dix autres artistes pour former une exposition de dix-sept regards, réunis sous un même ciel malgré les écarts, les pertes et les bouleversements.Un appel à...
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