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Nos lecteurs ont la parole

Lettre ouverte à Antoun Sehnaoui

Monsieur,

Il arrive qu’une photographie en dise davantage que mille discours.

La vôtre, attablé avec Benjamin Netanyahu à Washington, n’est pas un simple cliché mondain. C’est un symbole. Le symbole d’un mépris assumé pour la mémoire des victimes libanaises, pour les lois de votre propre pays et pour les principes les plus élémentaires de responsabilité morale.

Des milliers de Libanais ont été tués, blessés ou déplacés au fil des guerres menées par Israël contre le Liban. Des villages entiers ont été rayés de la carte. Des infrastructures civiles ont été détruites. Des familles vivent encore aujourd’hui avec les cicatrices laissées par les bombardements, les occupations et les violations répétées de notre souveraineté.

Et pourtant, vous avez choisi de partager un dîner avec celui qui incarne, aux yeux d’une grande partie du monde, cette politique de guerre.

Benjamin Netanyahu n’est pas un chef de gouvernement comme les autres.

Il est aujourd’hui visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés, notamment pour avoir utilisé la famine comme méthode de guerre, dirigé des attaques contre des populations civiles et privé délibérément des civils de biens indispensables à leur survie dans le conflit à Gaza.

Son gouvernement est accusé par de nombreuses organisations internationales d’avoir mené des bombardements indiscriminés, provoqué des destructions massives d’infrastructures civiles, d’hôpitaux, d’écoles et de camps de réfugiés, ainsi que d’avoir imposé un blocus ayant entraîné une catastrophe humanitaire sans précédent.

Des organisations telles qu’Amnesty International, Human Rights Watch et plusieurs experts des Nations unies ont également dénoncé de graves violations du droit international humanitaire et formulé des accusations extrêmement sévères concernant la conduite de la guerre.

Que l’on partage ou non toutes ces analyses, une réalité demeure incontestable : Benjamin Netanyahu est aujourd’hui l’un des dirigeants les plus contestés de la planète et fait l’objet de poursuites internationales d’une gravité exceptionnelle.

Et c’est avec cet homme que vous avez choisi de dîner.

Votre liberté personnelle ne vous autorise pas à ignorer les lois de votre pays.

Le Liban demeure juridiquement en état de guerre avec Israël. La législation libanaise interdit, sauf exceptions prévues par l’État, tout contact ou toute relation avec des responsables israéliens. Cette loi ne distingue ni les puissants des anonymes ni les milliardaires des citoyens ordinaires.

À moins que certains Libanais ne bénéficient d’une immunité dont le reste de la population est privé.

Dans un véritable État de droit, la fortune n’efface pas les lois. L’influence n’efface pas les responsabilités. Les relations internationales ne remplacent pas la justice.

Vous n’étiez mandaté ni par la République libanaise, ni par son gouvernement, ni par son armée. Vous ne représentiez que vous-même. Vous avez donc pris, seul, la décision d’afficher publiquement une proximité avec un dirigeant poursuivi par la justice internationale et considéré par une grande partie de la communauté internationale comme responsable d’une tragédie humaine sans précédent.

Vous devez désormais en assumer les conséquences politiques, morales et, le cas échéant, juridiques.

L’indignation que suscite votre geste ne procède ni de la haine ni de l’esprit de revanche. Elle procède d’une exigence simple : l’égalité devant la loi.

Depuis trop longtemps, le Liban souffre d’une justice à deux vitesses : une pour les citoyens ordinaires, une autre pour les puissants.

Si un simple Libanais avait été photographié dans les mêmes circonstances, combien de temps aurait-il fallu avant qu’il ne soit convoqué, interrogé ou poursuivi ?

Pourquoi votre nom devrait-il bénéficier d’un traitement différent ?

La véritable question n’est donc pas seulement celle de votre dîner. Elle est celle de l’impunité.

Aucun homme, aussi influent soit-il, ne devrait pouvoir se placer au-dessus des lois de la République.

Car lorsqu’une nation cesse d’appliquer ses lois aux plus puissants, elle cesse progressivement d’être un État de droit.

Et c’est alors que la confiance du peuple disparaît.

L’histoire jugera chacun selon ses actes.

La vôtre retiendra qu’au moment où le Liban pansait encore ses blessures et où le monde dénonçait les ravages de la guerre sur notre territoire, vous avez choisi de prendre place à la table de Benjamin Netanyahu.

Ce choix vous appartient.

Le jugement des Libanais leur appartient également.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Monsieur,Il arrive qu’une photographie en dise davantage que mille discours.La vôtre, attablé avec Benjamin Netanyahu à Washington, n’est pas un simple cliché mondain. C’est un symbole. Le symbole d’un mépris assumé pour la mémoire des victimes libanaises, pour les lois de votre propre pays et pour les principes les plus élémentaires de responsabilité morale.Des milliers de Libanais ont été tués, blessés ou déplacés au fil des guerres menées par Israël contre le Liban. Des villages entiers ont été rayés de la carte. Des infrastructures civiles ont été détruites. Des familles vivent encore aujourd’hui avec les cicatrices laissées par les bombardements, les occupations et les violations répétées de notre souveraineté.Et pourtant, vous avez choisi de partager un dîner avec celui qui incarne, aux yeux...
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